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La défense française prépare les logiciels de ses futurs ordinateurs quantiques

Les futurs calculateurs quantiques militaires auront besoin de logiciels capables de fonctionner en environnement classifié. Avec ALIQUANTE, la France prépare cette couche décisive avant l’arrivée des machines.

Le ministère français des Armées et des Anciens combattants annonce le lancement d’ALIQUANTE, un projet de cinq ans consacré aux outils de programmation quantique. Porté par l’Agence de l’innovation de défense (AID) avec l’appui de la Direction générale de l’armement (DGA), il complète PROQCIMA, programme centré sur le développement des machines. Une plateforme souveraine devra permettre d’émuler des calculateurs, de préparer des programmes pour différentes technologies de qubits et de répartir certains traitements entre calcul haute performance et processeur quantique. Confié à Thales research & technology, BULL SAS et au Commissariat à l’énergie atomique, le projet doit aussi explorer des applications intéressant la défense, notamment sur des données classifiées.

Du calculateur au programme exploitable

Construire un ordinateur quantique ne suffit pas à le rendre utilisable par les armées. Encore faut-il disposer d’outils pour écrire les programmes, les adapter au processeur disponible et déterminer quelles opérations peuvent réellement lui être confiées. C’est l’objet d’ALIQUANTE, annoncé le 24 septembre 2026 par le ministère des Armées et des Anciens combattants.

Le projet intervient en parallèle de PROQCIMA, qui soutient le développement du volet matériel dans le cadre de la stratégie nationale quantique. Cette distinction compte : ALIQUANTE porte sur les logiciels nécessaires pour préparer l’usage des futures machines, sans annoncer qu’un ordinateur quantique militaire opérationnel est déjà disponible.

L’AID conduit ce Projet de technologies de défense avec le concours de la DGA. Sa réalisation, prévue sur cinq ans, revient à un consortium réunissant Thales research & technology (TRT), BULL SAS et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Leur mission consiste à développer une plateforme souveraine de programmation des processeurs quantiques, ou QPU.

Cette plateforme doit pouvoir émuler des calculateurs quantiques dans un environnement classifié. L’émulation permettra de travailler sur les programmes et d’évaluer leur comportement avant leur exécution sur une machine. Les outils recherchés devront aussi être communs aux différentes technologies de qubits. Pour les futurs utilisateurs, l’enjeu est de préparer des méthodes de travail qui ne dépendent pas entièrement d’une seule architecture matérielle.

Le communiqué cite notamment la compilation d’un programme en circuits quantiques à portes. Il prévoit également des outils capables de répartir l’exécution entre un calculateur de haute performance, dit HPC, et un QPU. Cette articulation doit aider à identifier ce qui relève du calcul classique et ce qui pourrait être confié à un processeur quantique.

Autre objectif annoncé : estimer les ressources nécessaires au passage à l’échelle. Il s’agit de mesurer ce qu’exigeraient des programmes plus ambitieux pour atteindre, à terme, un avantage quantique. Le ministère présente cette étape comme une perspective de recherche et de développement.

Des usages de défense à éprouver

La dimension classifiée donne à ALIQUANTE une portée particulière. Selon le ministère, les outils développés devront permettre de traiter des données protégées et de préparer l’intégration d’une future capacité quantique par les forces armées et les industriels de la défense. Le communiqué ne détaille ni les données concernées ni les missions précises auxquelles la plateforme sera affectée.

Le projet comprend aussi le développement et l’évaluation d’algorithmes pour plusieurs cas d’usage présentant un intérêt militaire. Ce travail pourra être mené par l’industrie ou par le ministère, notamment au sein du laboratoire quantique de défense rattaché à l’AID. À ce stade, l’annonce décrit un programme d’expérimentation : elle ne présente pas ces algorithmes comme des capacités déjà déployées.

ALIQUANTE s’inscrit dans une politique plus large. Le ministère indique que le calcul et les capteurs quantiques figurent parmi les priorités de la loi de programmation militaire 2024-2030. En juin 2025, lors de l’événement France Quantum, un plan quantique ministériel a été annoncé afin d’orienter les recherches vers les applications de défense.

Ce plan prévoit deux structures rattachées à l’AID. Le campus quantique défense doit réunir les acteurs publics et privés intéressés par ces usages. Le laboratoire quantique défense a pour rôle d’explorer concrètement les applications possibles. ALIQUANTE apporte à cet ensemble un chantier logiciel : les outils avec lesquels les équipes pourront concevoir, tester et évaluer leurs programmes.

Créée en 2018, l’AID a pour mission de repérer, financer et accompagner les innovations susceptibles de procurer un avantage stratégique aux forces armées. Dans le domaine quantique, le calendrier annoncé montre que la préparation des usages commence pendant que les machines sont encore en développement.

Pour la cyber intelligence, le point à suivre sera la capacité d’ALIQUANTE à faire passer des travaux de programmation et d’évaluation à des usages vérifiables dans un environnement classifié.