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WindRelay et SpyNote, le relais NFC passe à l’attaque

Un malware Android inédit combine contrôle à distance, fraude au crédit et relais NFC, permettant à des escrocs de détourner une carte bancaire pendant un appel.

WindRelay, un malware Android conçu pour transmettre en temps réel les échanges NFC d’une carte bancaire. Associé au cheval de Troie d’accès distant SpyNote, il s’intègre dans une fraude mêlant ingénierie sociale, prise de contrôle du smartphone, usurpation d’identité et paiement sans contact détourné. Dans un cas analysé, l’opération complète s’est déroulée durant un appel de seulement 13 minutes. Les chercheurs ont relié 23 échantillons de WindRelay, soumis entre novembre 2025 et juillet 2026, à plusieurs campagnes observées notamment en Tchéquie, Slovaquie et Slovénie. L’étendue réelle des victimes reste inconnue.

Treize minutes pour prendre le contrôle du téléphone

Le scénario étudié par la société russe Group-IB illustre l’intégration croissante entre manipulation téléphonique et outils malveillants Android. L’attaque commence par un appel frauduleux destiné à gagner la confiance de la cible. La victime est ensuite conduite à installer SpyNote, dans une version personnalisée portant son propre nom. Cette personnalisation constitue un indice important sur la préparation de l’opération. Les fraudeurs disposaient au minimum d’informations permettant d’identifier précisément leur cible, notamment son nom et son numéro de téléphone. Les éléments disponibles ne permettent toutefois pas de déterminer l’origine de ces données personnelles. Il suffit de voir les alertes de ZATAZ pour comprendre la problématique de la fuite de données, aujourd’hui.

Une fois SpyNote installé, les attaquants obtiennent un accès à distance au terminal Android. Dans le cas documenté, cette compromission leur permet d’installer un second programme, WindRelay, puis d’accéder à l’environnement bancaire de la victime.

La fraude ne s’arrête pas à la prise de contrôle du smartphone. Les opérateurs utilisent l’accès obtenu pour souscrire un crédit au nom de la personne ciblée. Celle-ci peut ainsi se retrouver avec une dette contractée frauduleusement avant même que la phase NFC ne débute.

L’étape suivante exploite directement la carte bancaire physique. Toujours guidée pendant l’appel, la victime est invitée à approcher sa carte de son téléphone. WindRelay transmet alors en temps réel les communications NFC vers une infrastructure contrôlée par les escrocs. Ceux-ci peuvent exploiter le relais depuis un autre terminal afin de réaliser une transaction.

L’ensemble de cette séquence, installation du RAT, déploiement du second malware, accès bancaire, crédit frauduleux et relais NFC, a été réalisé durant un appel de 13 minutes !

SpyNote dispose par ailleurs de fonctions de collecte plus étendues. Les informations fournies ne permettent pas d’affirmer que toutes ont été employées au cours de cette attaque précise. L’analyse doit donc distinguer les capacités techniques du logiciel des actions effectivement observées.

Le relais NFC devient une chaîne de fraude complète

23 échantillons WindRelay ont été découverts dans plusieurs campagnes detectées. Ces fichiers ont été soumis à l’analyse entre novembre 2025 et juillet 2026. Quatre infrastructures de commande associées ont également été identifiées. Ces 23 échantillons ne représentent pas 23 victimes. Ils constituent des artefacts techniques associés à l’activité détectée. Le nombre total de personnes visées ou compromises reste inconnu au moment de la divulgation, publiée le 12 août 2026.

Les échantillons et campagnes sont principalement associés à la Tchéquie, à la Slovaquie et à la Slovénie. Cette implantation s’inscrit dans un contexte régional où plusieurs formes de fraude NFC avaient déjà été observées. Le rapport 2025 du European Payments Council cite le relais NFC et la technique dite « Ghost Tap » parmi les menaces émergentes contre les paiements. Selon ce document, ces attaques peuvent se combiner avec des escroqueries utilisant l’accès à distance et conduire à des transactions non autorisées ainsi qu’à une perte de contrôle sur les fonds.

Les données communiquées par Kaspersky indiquent pour leur part une hausse de 188 % des attaques NFC visant Android pendant les quatre premiers mois de 2026 par rapport à la même période de 2025. L’entreprise affirme avoir bloqué 35 600 attaques sur cette période, contre plus de 12 300 un an auparavant.

ESET avait auparavant relevé une multiplication supérieure à 35 des attaques liées au NFC durant le premier semestre 2025, comparé au second semestre 2024. Les premiers usages documentés d’une version modifiée de l’outil open source NFCGate remontent, selon les sources fournies, à fin 2023 en Tchéquie.

D’autres recherches montrent également une diversification des infrastructures. Zimperium indique avoir suivi des campagnes couvrant notamment la Pologne, la Tchéquie et la Slovaquie, avec plus de 70 serveurs de commande et points de distribution identifiés. Des attaquants ont aussi imité la Banque nationale de Slovaquie afin de rendre leurs applications frauduleuses plus crédibles et d’obtenir les autorisations NFC nécessaires.

Des opérations chinoises de Fraud-as-a-Service diffusant des malwares Android compatibles NFC via Telegram avaient été documentés, l’année derniére. Cette précédente enquête mentionnait plus de 54 échantillons et au moins 355 000 $ de transactions frauduleuses confirmées entre novembre 2024 et août 2025 pour un seul fournisseur de terminaux de paiement. WindRelay apporte une évolution distincte : le relais NFC n’est plus seulement une technique isolée. Associé à SpyNote, il devient l’un des maillons d’une chaîne réunissant renseignement préalable sur la cible, contrôle du téléphone, fraude à l’identité, crédit frauduleux et détournement de la carte physique.

Un soldat américain au cœur d’un réseau nord-coréen

L’affaire éclaire une faille critique du recrutement à distance américain, où l’usurpation d’identité a ouvert à des informaticiens nord-coréens un accès discret à des entreprises sensibles.

La condamnation d’Alexander Paul Travis, militaire américain en service actif, met en lumière un dispositif clandestin mêlant fraude à l’identité, télétravail et accès distant à des systèmes d’entreprise. Entre 2019 et 2022, cet homme a permis à des informaticiens nord-coréens d’utiliser son nom pour décrocher des postes dans huit sociétés américaines. Deux autres Américains, Jason Salazar et Audricus Phagnasay, ont participé au même schéma. Selon l’accusation, l’opération a généré environ 1,3 million $.

Une fraude d’emploi devenue faille de sécurité

Le dossier jugé en Géorgie raconte moins une simple escroquerie financière qu’un contournement méthodique des contrôles de confiance. Alexander Paul Travis, 35 ans, militaire en service actif stationné à Fort Gordon, a participé au système entre septembre 2019 et novembre 2022. Il a reconnu avoir laissé des informaticiens nord-coréens usurper son identité sur des CV et au cours de procédures de recrutement comprenant des entretiens, des tests antidrogue et des prises d’empreintes digitales.

Ce point est central. Dans un environnement professionnel largement numérisé, l’identité n’est pas seulement un nom sur un contrat. Elle ouvre l’accès aux réseaux, aux outils internes, aux messageries et parfois à des données stratégiques. En laissant son profil servir de façade, Travis a créé un sas d’entrée crédible pour des opérateurs installés à distance. Huit entreprises ont ainsi envoyé des ordinateurs portables à ce faux salarié. Ces machines étaient configurées avec des logiciels permettant un accès distant par les travailleurs nord-coréens.

L’affaire prend alors une dimension cyber nette. Chaque terminal expédié à un employé supposé légitime devient une extension potentielle du système d’information d’une entreprise. Une fois la relation contractuelle établie, la confiance technique suit souvent la confiance administrative. Les postes reçus, les accès fournis et les paiements versés ne relèvent plus seulement d’une tromperie RH. Ils deviennent des vecteurs possibles d’intrusion discrète, d’exfiltration ou de persistance.

Pour sa participation, Travis a touché 47 357 euros. Le tribunal l’a condamné à un an de prison, à trois ans de liberté surveillée et à la restitution de 193 265 $, somme perçue par des Nord-Coréens en son nom. L’écart entre ce qu’il a personnellement gagné et ce qui a circulé via son identité montre que le prête-nom n’était qu’un maillon. La valeur réelle du dispositif se trouvait dans l’accès durable à des emplois américains, à leurs revenus et, potentiellement, à leurs environnements techniques.

 

 

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Un modèle clandestin structuré et rentable

Travis n’était pas seul. Jason Salazar, 30 ans, de Clovis, et Audricus Phagnasay, 25 ans, de Fresno, ont été condamnés en même temps que lui. Tous trois ont plaidé coupable de complot en vue de commettre une fraude par voie électronique. Eux aussi ont laissé des Nord-Coréens exploiter leur identité et recevoir des ordinateurs portables d’entreprise.

Selon l’accusation, Phagnasay a perçu au moins 3 450 $ et son nom a servi à faire embaucher des informaticiens nord-coréens dans dix entreprises américaines entre 2019 et 2021. Les revenus générés par ces emplois atteignent collectivement 680 000 $. Salazar, de son côté, a reçu 4 500 $ et son identité a permis de produire plus de 400 000 $ entre septembre 2020 et octobre 2022. Les deux hommes ont été condamnés à trois ans de probation et devront restituer les sommes encaissées en leur nom.

L’ensemble du système a rapporté environ 1,3 million $. Le calcul, ici, ne décrit pas seulement l’ampleur financière. Il donne la mesure d’un modèle industriel. Des identités américaines sont prêtées ou louées. Des entretiens sont franchis. Des postes sont obtenus. Des machines sont livrées. Puis le travail est réalisé, ou simulé, à distance depuis l’étranger. À chaque étape, la chaîne repose sur la fragmentation des contrôles entre recruteurs, services de conformité, équipes IT et banques.

Margaret Heap, procureure américaine du district sud de la Géorgie, résume l’enjeu en des termes explicites. Le programme de travailleurs informatiques nord-coréens représente un « défi important pour notre sécurité nationale ». Elle ajoute : « Ces hommes ont pratiquement donné les clés du royaume en ligne à des travailleurs nord-coréens expatriés, probablement des techniciens cherchant à générer des revenus illicites pour le gouvernement nord-coréen – le tout en échange de ce qui leur apparaissait comme de l’argent facile ».

La formule est forte, et le dossier lui donne du poids. Depuis cinq ans, les autorités américaines démantèlent progressivement cette main-d’œuvre informatique clandestine, en perturbant des fermes d’ordinateurs portables et en arrêtant les Américains impliqués. Selon le texte fourni, le régime nord-coréen a ainsi engrangé des centaines de millions de dollars grâce à l’embauche illégale de ses ressortissants par des entreprises américaines et européennes.

Les travaux de chercheurs de Flare et d’IBM renforcent cette lecture. Ils ont mis au jour de nombreux messages et documents internes attribués à ces travailleurs, révélant l’organisation du système et ses hiérarchies. Les informaticiens concernés seraient recrutés dans des universités prestigieuses, soumis à une sélection rigoureuse, puis intégrés à un dispositif présenté comme stratégique pour le pouvoir nord-coréen. Le rapport souligne aussi que de nombreux complices aux États-Unis et en Europe sont approchés via LinkedIn et GitHub. Certains, « volontairement ou non, communiquent leur identité pour être utilisée dans le cadre d’une escroquerie visant à se faire passer pour des travailleurs du secteur informatique ».

 

 

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