Archives par mot-clé : reconnaissance faciale

New York veut traquer la fraude au métro avec l’IA

La MTA teste des portiques dotés de caméras et d’IA pour décrire les fraudeurs présumés. Dans une ville déjà saturée de biométrie, l’initiative ranime un débat explosif sur la surveillance.

L’Autorité des transports métropolitains de New York (MTA) expérimente des portiques de métro équipés de caméras et d’intelligence artificielle pour collecter des données sur les usagers soupçonnés de ne pas payer leur titre. Selon Cubic, fabricant des portillons, les caméras enregistrent cinq secondes lorsqu’une fraude est détectée, puis l’IA produit une description physique transmise à la MTA. La démarche s’inscrit dans un appel lancé en décembre, visant des solutions de vision par ordinateur pour repérer des comportements inhabituels ou dangereux. Des défenseurs des libertés, dont STOP, alertent sur l’extension d’un écosystème de surveillance biométrique à New York.

Des portiques qui regardent, et des corps transformés en données

Dans le métro new-yorkais, la lutte contre la fraude prend un tournant technologique. La MTA teste des portiques équipés de caméras alimentées par l’intelligence artificielle, avec un objectif clair : documenter les personnes soupçonnées de passer sans payer. L’argument est opérationnel, limiter les pertes, fluidifier les contrôles, décourager les resquilleurs. Mais la méthode, elle, touche à une frontière plus délicate : convertir un comportement, franchir un portillon, en signal exploitable.

Selon des responsables de Cubic, fabricant des portillons, le dispositif embarque des caméras qui se déclenchent pendant cinq secondes lorsqu’un usager est suspecté de ne pas régler son titre de transport. Sur cette courte séquence, l’IA génère une description physique de la personne, puis transmet cette description à la MTA. Le point central n’est pas seulement l’enregistrement. C’est l’automatisation du tri : une machine décide qu’un événement mérite capture, produit un profil descriptif, et l’envoie à une autorité publique.

En décembre, la MTA a renforcé ce cap en lançant un appel aux fournisseurs, à la recherche de produits capables « d’exploiter des technologies avancées de vision par ordinateur et d’intelligence artificielle (IA) » pour détecter des « comportements inhabituels ou dangereux ». Le cadrage élargit d’emblée l’usage potentiel. On ne parle plus uniquement de fraude tarifaire, mais d’une catégorie souple, “inhabituel”, qui peut vite devenir un filet large si les paramètres ne sont pas strictement bornés.

Pour les New-Yorkais, l’essai de la MTA s’inscrit dans un paysage déjà dense. Les agences publiques et les acteurs privés multiplient les capteurs, et la normalisation se fait souvent par petites touches. Un portillon qui filme cinq secondes aujourd’hui, une généralisation demain, puis une extension des finalités après-demain. C’est précisément ce glissement progressif que redoutent les défenseurs de la vie privée, parce qu’il change la ville sans vote explicite, au rythme des mises à jour et des contrats.

Commerces, police, et l’ombre d’un État de surveillance

Le débat new-yorkais ne se limite pas aux transports. Début janvier, l’enseigne Wegmans a commencé à afficher des panneaux informant les clients qu’elle avait déployé des caméras intégrant la reconnaissance faciale dans certains magasins. Le groupe affirme que « le système collecte des données de reconnaissance faciale et ne les utilise que pour identifier les personnes qui ont déjà été signalées pour mauvaise conduite ». Wegmans ajoute ne collecter ni scans rétiniens ni empreintes vocales, mais l’entreprise ne précise pas la durée de conservation des données, un détail qui, en matière de biométrie, fait toute la différence entre un contrôle ponctuel et un fichier durable.

La loi de la ville de New York impose aux magasins d’informer leurs clients lorsqu’ils utilisent la reconnaissance faciale. Michelle Dahl, directrice générale du Surveillance Technology Oversight Project (STOP), cite d’autres enseignes recourant à ces outils : T-Mobile, Madison Square Garden, Walmart, Home Depot, Fairway et Macy’s. Dans ce décor, la MTA apparaît moins comme une exception que comme un nouveau maillon, public, d’un réseau de surveillance hybride où l’espace commercial et l’espace urbain finissent par se ressembler.

Dahl avertit que la surveillance biométrique, par les commerçants comme par la MTA, a fortement augmenté récemment, tout en passant sous le radar d’une partie des habitants. « Les New-Yorkais, dans leur ensemble, s’enfoncent sans s’en rendre compte dans cet État de surveillance, et il est temps pour nous de nous réveiller et d’agir », dit-elle. La phrase agit comme un rappel politique : la technique avance vite, mais l’attention citoyenne, elle, est intermittente.

Une autre inquiétude pèse sur ces systèmes : la précision inégale selon les populations. La reconnaissance faciale est décrite comme moins fiable pour identifier les minorités, et en particulier les personnes noires. Appliquée à la fraude dans le métro, cette limite ouvre un risque concret : que des caméras signalent les mauvaises personnes et que ces signalements, par ricochet, alimentent des interventions policières. Même lorsque l’outil ne “nomme” pas, une description physique automatisée peut devenir un vecteur de ciblage.

Le texte rappelle enfin que le NYPD utilise depuis longtemps des technologies biométriques, dont la reconnaissance faciale, pour profiler et suivre des habitants. En novembre, STOP et Amnesty International ont publié des documents montrant l’ampleur de ce programme après une procédure judiciaire de cinq ans. Selon ces organisations, les documents indiquent qu’en avril 2020, la police de New York avait dépensé plus de 5 million $ (4,6 millions d’euros) en technologie de reconnaissance faciale et qu’elle dépensait au moins 100 000 $ (92 000 euros) supplémentaires chaque année.

Dans ce contexte, les portiques intelligents de la MTA ne sont pas qu’un test technique. Ils deviennent un point de bascule : la fraude comme justification, la biométrie comme outil, et la ville comme terrain d’expérimentation, où l’IA transforme les passants en profils actionnables.

La Corée du Sud impose la reconnaissance faciale pour les SIM

Après deux fuites massives en 2025, Séoul change de doctrine. Les opérateurs devront vérifier l’identité des acheteurs de cartes SIM par scan du visage, pour freiner le fléau des numéros frauduleux.

Le gouvernement sud-coréen lance un programme obligeant les opérateurs télécoms à vérifier l’identité des acheteurs de cartes SIM par reconnaissance faciale. La procédure s’appuiera sur l’application PASS, utilisée par SK Telecom, LG Uplus et Korea Telecom, qui stocke des données numériques des abonnés. Lors de l’activation d’un nouveau numéro, le visage du client sera comparé aux données biométriques disponibles dans PASS. L’objectif est de compliquer l’achat de lignes au nom de tiers, pratique alimentant des escroqueries comme le voice phishing. La mesure intervient après deux grandes fuites en 2025, touchant environ 52 millions de personnes.

Quand une carte SIM devient une arme de fraude

En Corée du Sud, la vente d’une carte SIM ne relève plus d’un simple acte commercial. Le gouvernement annonce une nouvelle étape : obliger les opérateurs à vérifier l’identité des acheteurs en scannant leur visage. La logique est assumée par le ministère des Sciences et des Télécommunications : trop de numéros sont enregistrés sur la base de données volées, puis utilisés dans des arnaques, notamment le voice phishing, cette fraude par appel où l’usurpation d’identité fait le reste.

Jusqu’ici, les vendeurs demandaient des documents. Désormais, ce ne sera « plus suffisant ». Le dispositif vise précisément la faille opérationnelle décrite par les autorités : des criminels parviennent à enregistrer en masse des SIM en utilisant les informations personnelles d’autrui. Une fois la ligne activée, elle devient un outil jetable, dissocié de la vraie identité du fraudeur, mais redoutablement efficace pour appeler, piéger, extorquer ou détourner des comptes.

Le programme s’appuie sur PASS, une application utilisée par les trois principaux opérateurs du pays, SK Telecom, LG Uplus et Korea Telecom. PASS centralise des données numériques des utilisateurs. Dans la nouvelle procédure, l’activation d’un numéro sera liée à ce canal : le visage de l’acheteur, capturé lors de la souscription, sera comparé aux données biométriques stockées dans PASS. L’objectif est clair : réduire l’écart entre l’identité affichée sur un contrat et la personne réelle qui repart avec une ligne active.

Pour le cyber et le renseignement, l’intérêt n’est pas seulement la biométrie. C’est l’idée d’un verrou ajouté au point le plus banal, l’achat d’une SIM, parce que ce geste alimente ensuite une chaîne entière d’abus. Les autorités parient qu’en liant l’activation à une vérification faciale, les fraudeurs auront plus de mal à « consommer » des identités volées, même s’ils disposent de documents ou de données complètes. C’est une réponse de type contrôle d’accès, appliquée non pas à un réseau, mais à l’attribution d’un numéro, c’est-à-dire à la capacité d’entrer en contact avec une victime.

Deux fuites en 2025, une pression politique immédiate

Ce durcissement se comprend à la lumière d’un contexte que le gouvernement décrit comme devenu explosif. En 2025, deux fuites majeures auraient touché plus de la moitié de la population, environ 52 millions de personnes. L’ampleur, citée par les autorités, joue ici le rôle de déclencheur : quand les bases d’identité se diffusent, la fraude à la SIM devient mécaniquement plus simple, parce qu’elle repose sur des pièces « valables » en apparence.

Un premier épisode concerne Coupang. Selon les éléments rapportés, l’enseigne de commerce en ligne aurait exposé plus de 30 millions d’enregistrements. Environ un mois après, le directeur général a perdu son poste. Le message implicite est brutal : l’incident n’est pas traité comme une simple panne de sécurité, mais comme un événement de gouvernance.

L’autre cas touche SK Telecom, déjà cité comme un pilier de l’écosystème PASS. Plus tôt dans l’année, l’opérateur a subi une attaque et des acteurs ont volé des informations concernant 23 millions d’abonnés. La réaction réglementaire a été lourde : une amende de 100 million $ (92,0 millions d’euros) et l’obligation de compenser les victimes. Les autorités justifient cette sanction par des manquements graves en sécurité, dont la divulgation d’identifiants d’infrastructure “en clair” et l’existence d’un serveur accessible depuis Internet.

SK Telecom a aussi été contraint d’indemniser l’ensemble des personnes affectées : 100 000 wons, annoncés comme environ 67 $ (61,6 €), par utilisateur, dont la moitié en crédits sur le compte et l’autre en points utilisables en magasin. Un dernier chiffre nuance la cible réelle de la réforme : près de 92 % des numéros frauduleux détectés en 2024 auraient été enregistrés via des opérateurs virtuels. Dit autrement, le front n’est pas uniquement chez les trois géants, mais dans les circuits de vente et d’activation où l’identité est la plus difficile à verrouiller.

Dans une approche de cyber-renseignement, la reconnaissance faciale n’est qu’un outil : la vraie bataille vise la chaîne d’enrôlement des identités, là où la fraude transforme une fuite de données en capacité d’action.

 

News & alertes actualités cyber

Enquêtes, cyberveille, fuites, actu sécurité : recevez nos informations cyber là où vous êtes.

S’abonner à la NewsLetter ZATAZ

Chaque samedi matin, le meilleur moyen de ne rater aucune info cyber.

YouTube
Whatsapp
GNews
Autres

La reconnaissance faciale de Panasonic récompensée par le NIST

Pour la deuxième année consécutive, la technologie de reconnaissance faciale de Panasonic remporte l’un des meilleurs scores lors du test comparatif réalisé par l’institut national des normes et de la technologie aux États-Unis (National Institute of Standards and Technology, NIST).

En collaboration avec l’organisme de recherche avancée du renseignement américain IARPA (Intelligence Advanced Research Projects Activity), le NIST a testé la future version de la technologie de reconnaissance faciale de Panasonic, actuellement en cours de développement au sein du Centre d’innovation de l’entreprise. Le test comparatif se compose de huit épreuves de vérification, d’identification, de détection, de regroupement et de traitement d’images surchargées.

Il s’est déroulé sur la base de contenus réunissant 67 000 images et 700 vidéos de visages ainsi que 10 000 images sans visages pour inclure la comparaison des taux d’échec et de réussite de chaque algorithme. L’algorithme développé par Panasonic est ressorti premier du comparatif pour le critère « Cumulative Match Characteristic », soit la fraction de correspondances située au-dessus d’un seuil d’exactitude donné.

Le test est généralement réalisé à l’aide d’images de photojournalisme en raison de leur grande variété de poses, de luminosité, d’expression et d’occlusion, procurant ainsi le niveau de difficulté recherché.

« Notre score NIST est une excellente nouvelle ; il atteste encore une fois de notre engagement à apporter une valeur ajoutée supplémentaire et offrir une qualité optimale au sein de notre gamme de technologies de sécurité », commente Gerard Figols, Product Marketing Manager chez Panasonic Security Solutions. « Panasonic s’est imposé comme premier titulaire de brevets au monde tout au long des 30 dernières années : nous misons pleinement sur l’innovation, la recherche et le développement ».

Pirater des systèmes biométriques à partir de vos photos Facebook

Des chercheurs découvrent comment pirater des systèmes biométriques grâce à Facebook. Les photographies sauvegardées dans les pages de Facebook peuvent permettre de vous espionner.

De nombreuses entreprises de haute technologie considèrent le système de reconnaissance faciale comme l’une des méthodes fiables pour être reconnu par votre ordinateur. J’utilise moi-même la reconnaissance biométrique digitale, rétinienne et du visage pour certaines de mes machines. C’est clairement un des moyens simples et fiables de vérification d’une identité. Cependant, des chercheurs prouvent que la biométrie peut se contourner, dans certains cas, avec une photo, de la colle…

Une nouvelle découverte vient de mettre à mal, cette fois, la reconnaissance faciale mise en place par Facebook. Comme je pouvais vous en parler en 2014, Facebook met en place une reconnaissance faciale que des commerçants Américains ont pu tester avec succès. Des chercheurs ont découvert que cette prouesse technologique n’est pas encore parfaite et sujette au piratage. Des pirates peuvent utiliser votre profil Facebook, et les photos sauvegarder.

Systèmes biométriques

Des étudiants de l’Université de Caroline du Nord ont expliqué lors de la conférence d’Usenix, à Austin, avoir découvert une nouvelle technique particulièrement exaspérante pour intercepter l’intégralité d’un visage, via Facebook. Le rendu 3D et certaines « lumières » peuvent permettre de cartographier votre visage en deux clics de souris. Les chercheurs ont présenté un système qui créé des modèles 3D du visage via les photos trouvées sur Facebook. Leur modèle 3D va réussir ensuite à tromper quatre systèmes de reconnaissance faciale… sur 5 testés : KeyLemon, Mobius, TrueKey, BioID, et 1D.

Pour leur étude, 20 cobayes volontaires ont participé à l’expérience. Leurs photos sont tirées d’espaces publiques comme Facebook, mais aussi LinkedIn et Google+. La modélisation des visages à partir de 27 images différentes va permettre de créer des modèles en 3D, avec des animations faciales : bouches, yeux… Les chercheurs ont reconstruit les visages via les bouts trouvés sur les différentes photographies.

Reconnaissance du visage, une nouvelle plainte contre Facebook

Une nouvelle plainte contre le système biométrique de Facebook. Cette fois, un collectif de l’Illinois souhaite faire interdire la reconnaissance du visage mis en place par le portail communautaire.

Pour la quatrième fois cette année, Facebook Inc. a été frappé d’une poursuite judiciaire instiguée par un collectif d’internautes mécontents. C’est un résident de l’Illinois qui souhaite faire interdire la reconnaissance faciale de Facebook. Il indique que le logiciel biométrique du portail communautaire viole une loi sur la vie privée de l’état dans lequel vit l’opposant.

Cette 4ème plainte, depuis le début de l’année aux USA, a été déposée lundi 31 août 2015. Elle souligne une bataille qui pourrait se répercuter sur le reste de l’industrie high-tech des États-Unis. Avec près de 1,5 milliard d’utilisateurs actifs, Facebook a amassé ce qui est probablement la plus grande base de données privée au monde de « faceprints ». Des scans numériques de nos visages via des motifs géométriques uniques.

Facebook explique utiliser ces identifiants pour suggérer automatiquement des photos à ses utilisateurs. Lorsque les utilisateurs téléchargent de nouvelles photos sur le site, un algorithme calcule une valeur numérique basée sur les caractéristiques uniques du visage d’une personne. Pour Facebook, un moyen pratique de rester connecté avec ses amis. Les défenseurs de la vie privée et des droits civils indiquent que ces données générées par la technologie de reconnaissance faciale est particulièrement sensible, et exige des garanties supplémentaires.