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Interpol frappe les réseaux cybercriminels de 22 pays

Pendant huit mois, Interpol et les polices de 22 pays ont ciblé les infrastructures, les flux financiers et les intermédiaires soutenant plusieurs réseaux cybercriminels internationaux.

L’opération Jackal IV, conduite entre novembre 2025 et juin 2026, s’est soldée par 58 arrestations et l’identification de plusieurs centaines de suspects. Les enquêteurs ont notamment frappé des réseaux actifs en Argentine, en Afrique du Sud, en Roumanie et en Italie. Leur priorité dépassait les seuls auteurs de fraudes. Interpol a cherché à remonter les circuits financiers, les infrastructures numériques et les services utilisés par les groupes criminels. Les investigations ont également mis en évidence l’essor du Crime-as-a-Service, des escroqueries sentimentales, des fraudes aux cryptomonnaies et de la sextorsion visant parfois des mineurs de 14 ans.

Jackal IV remonte les infrastructures criminelles

La dernière phase de l’opération Jackal s’inscrit dans une campagne internationale engagée depuis plusieurs années contre des organisations cybercriminelles structurées. Entre novembre 2025 et juin 2026, Interpol a coordonné les actions de forces de l’ordre provenant de 22 pays. Les policiers ont recherché les suspects prioritaires, saisi des avoirs, perturbé des circuits de blanchiment et appuyé les autorités nationales pendant les arrestations.

En Argentine, l’enquête a conduit les autorités vers un réseau fonctionnant selon un modèle de Crime-as-a-Service, ou CaaS. Selon Interpol, cette organisation reposait sur 196 personnes. Elle fournissait notamment des noms de domaine destinés à des sites internet ainsi que des prestations de blanchiment d’argent pour des groupes criminels organisés d’Afrique de l’Ouest.

Parmi leurs bénéficiaires figurait Black Axe, une organisation que plusieurs services de police internationaux tentent de démanteler depuis plus de cinq ans. Dix-sept personnes ont été interpellées en Argentine.

Pour Tomonobu Kaya, directeur d’Interpol, le suivi des mouvements d’argent à travers plusieurs juridictions a permis aux enquêteurs d’atteindre « l’un des éléments les plus essentiels de la criminalité organisée ». Cette approche illustre la logique de Jackal IV. Plutôt que de se concentrer exclusivement sur les auteurs visibles des escroqueries, les services de police cherchent également les intermédiaires capables de fournir infrastructures numériques, transferts financiers et mécanismes de dissimulation.

Interpol estime que Black Axe et des organisations comparables représentent une « part importante des fraudes financières utilisant les technologies numériques dans le monde ». Leurs activités comprennent les escroqueries sentimentales, les faux investissements, les fraudes liées aux cryptomonnaies et la compromission de messageries professionnelles, connue sous l’acronyme BEC. Ces structures sont également associées à d’autres infractions graves et violentes.

Des millions saisis et des victimes toujours plus ciblées

En Afrique du Sud, les policiers ont perquisitionné sept sites à Johannesburg. Ils étaient liés à un groupe soupçonné de mener des escroqueries sentimentales et de faux investissements contre des personnes âgées installées dans des pays anglophones.

Ces interventions ont abouti à 39 arrestations. Les autorités ont également saisi des actifs estimés à 2,48 millions d’euros.

La Roumanie a révélé une autre dimension financière de l’opération. Onze personnes ont été arrêtées dans une enquête concernant une fraude aux investissements en cryptomonnaies organisée depuis un centre d’appels. Les enquêteurs ont identifié 166 millions $ (environ 152,72 millions d’euros) provenant de vols et d’opérations de blanchiment. Les fonds étaient conservés dans des portefeuilles électroniques sous le contrôle du groupe.

Les autorités roumaines ont parallèlement saisi environ 348 680 euros, ainsi que plusieurs biens immobiliers et des montres de luxe.

En Italie, les investigations ont conduit à l’identification d’un participant présumé à un dispositif de blanchiment reposant sur des sociétés écrans, des services de transfert d’argent et des retraits en espèces. Cette combinaison montre la coexistence d’outils numériques et de circuits financiers plus traditionnels au sein des mêmes structures criminelles.

Jackal IV a aussi permis à Interpol de relever des tendances jugées préoccupantes. La sextorsion visant les mineurs prend notamment une place croissante. Certaines victimes n’ont que 14 ans. Les criminels les approchent sur les réseaux sociaux ou les plateformes de jeux, instaurent une relation de confiance, obtiennent des images intimes puis exigent de l’argent sous la menace d’une publication.

La pression contre Black Axe se poursuit depuis 2021. En 2024, la troisième phase de Jackal avait déjà conduit à plus de 300 arrestations en Afrique de l’Ouest, en Argentine et dans plusieurs autres régions. En avril, les polices suisse et allemande avaient également arrêté dix membres présumés du groupe lors de perquisitions simultanées.

Au-delà des interpellations, Jackal IV montre que le renseignement financier, l’analyse des infrastructures et la coopération transfrontalière deviennent des leviers centraux contre les écosystèmes cybercriminels. (BC)

Le Royaume-Uni frappe Xinbi, plaque tournante crypto

Londres vise Xinbi, une plateforme chinoise de cryptomonnaies accusée d’alimenter fraude industrielle, blanchiment et exploitation forcée, en ciblant cette fois l’infrastructure financière qui soutient les réseaux criminels.

Le Royaume-Uni a placé Xinbi sous sanctions au titre de son régime international de défense des droits humains. La plateforme d’échange en langue chinoise est accusée d’avoir facilité des escroqueries massives en ligne et d’avoir profité de centres frauduleux en Asie du Sud-Est. Il s’agit du premier État à frapper directement cette interface crypto, présentée comme un maillon central d’un écosystème mêlant fraude sentimentale, arnaques à l’investissement, blanchiment et commerce de données volées. L’enjeu dépasse une entreprise isolée. Londres cherche désormais à couper les flux, à perturber les circuits de paiement et à affaiblir la logistique financière qui permet à ces réseaux transnationaux de survivre.

Une sanction pensée pour casser l’ossature financière

La décision britannique ne vise pas seulement une plateforme de plus dans l’univers opaque des cryptomonnaies. Elle cherche un point de pression précis, celui qui permet à des réseaux criminels d’encaisser, de déplacer et de recycler l’argent issu d’escroqueries mondiales. Dans sa désignation officielle, le gouvernement britannique affirme que Xinbi a « permis et tiré profit du fonctionnement de centres d’escroquerie en Asie du Sud-Est ». L’accusation est lourde, car elle place la plateforme au croisement de la fraude numérique et des violations graves des droits fondamentaux.

Stephen Doughty, ministre britannique chargé de l’Europe, de l’Amérique du Nord et des Territoires d’outre-mer, a résumé l’objectif politique de cette mesure. « Nos sanctions d’aujourd’hui envoient un message clair : nous ne permettrons pas que les Britanniques soient victimes de ces escroqueries odieuses ni ne tolérerons les violations flagrantes des droits de l’homme perpétrées dans ces centres d’escroquerie », a-t-il déclaré. Puis il a ajouté : « Nous devons maintenir la pression sur l’argent sale et ceux qui en profitent. »

Le ministère britannique des Affaires étrangères précise que le traitement imposé aux personnes présentes dans ces centres constitue une violation grave du droit à ne pas subir de traitements cruels, inhumains ou dégradants, ainsi que du droit à ne pas être réduit en esclavage, maintenu en servitude ou forcé à travailler. Le cadrage est essentiel. Londres ne présente pas Xinbi comme un simple intermédiaire technique, mais comme une pièce utile à une économie criminelle appuyée sur la contrainte humaine.

Le rapport de Chainalysis renforce cette lecture. La société décrit Xinbi comme un « nœud clé » d’un écosystème crypto vaste et structuré. La plateforme aurait traité plus de 19,9 milliards de dollars entre 2021 et 2025, soit environ 18,3 milliards d’euros, estimation obtenue sur une base indicative de 1 dollar pour 0,92 euro. Elle aurait agi comme une place de marché sous séquestre, mettant en relation des vendeurs de services illicites. Autrement dit, il ne s’agirait pas seulement d’un canal de transaction, mais d’une infrastructure de confiance au service d’activités clandestines.

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Cambodge, travail forcé et logique industrielle de l’arnaque

L’un des points les plus sensibles du dossier concerne le parc n° 8, un complexe d’escroquerie à l’échelle industrielle au Cambodge. Le gouvernement britannique va plus loin et le présente comme la plus grande installation de ce type dans le pays, avec une capacité de 20 000 travailleurs sous contrat. Cette mention change l’échelle du récit. On ne parle plus d’escrocs dispersés derrière des écrans, mais de structures quasi industrielles, organisées comme des sites de production où l’arnaque devient une activité rationalisée.

La désignation de Xinbi souligne précisément son soutien à cet ensemble. En parallèle, Londres a sanctionné Legend Innovation Co, l’exploitant du parc n° 8, ainsi que deux responsables, Thet Li et Hu Xiaowei. Tous sont présentés comme liés au Prince Group, conglomérat décrit comme étant derrière de nombreux complexes comparables dans cet empire de l’escroquerie. Ici, le signal envoyé par les autorités est limpide : il ne suffit plus de poursuivre les exécutants, il faut remonter les chaînes de commandement, les opérateurs logistiques et les outils financiers.

Le nom de Chen Zhi, fondateur du Prince Group, apparaît dans cette mécanique. Selon les éléments fournis, il a été inculpé par des procureurs américains pour blanchiment d’argent en octobre dernier. Son entreprise est accusée d’avoir administré au Cambodge des complexes où des travailleurs et des victimes de traite étaient contraints de mener des escroqueries en ligne et de voler des milliards de dollars à des personnes situées aux États-Unis, en Europe et en Chine. Le texte précise aussi que Zhi a été arrêté au Cambodge en début d’année avant d’être extradé vers la Chine.

L’intérêt stratégique de la décision britannique tient à son angle. L’objectif affiché est d’isoler Xinbi « de l’écosystème crypto légitime », afin de perturber fortement ses opérations en réduisant sa capacité à envoyer et recevoir des transactions en cryptomonnaie. C’est une approche de renseignement financier autant qu’un geste diplomatique. Au lieu de ne viser que des individus, les autorités cherchent à casser la colonne vertébrale des réseaux, c’est-à-dire leurs moyens de circulation monétaire, leurs passerelles de paiement et leurs circuits de blanchiment.