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Démonstration : un ver Word exploite Copilot pour contaminer des documents

Un chercheur décrit un mécanisme capable de transformer des fichiers Word piégés en vecteurs persistants, en exploitant la manière dont Copilot interprète leur contenu.

Une recherche publiée par Håkon Måløy décrit une nouvelle forme de propagation malveillante dans Copilot pour Word. Des instructions cachées dans un document peuvent influencer l’assistant, modifier les données produites puis être recopiées dans de nouveaux fichiers créés à partir du document contaminé. Le chercheur affirme travailler avec Microsoft depuis mars 2026, sans qu’une protection générale ait encore neutralisé cette catégorie d’attaque. Deux tentatives de correction, dont une mise à niveau du modèle, n’auraient pas suffi. Le risque tient au fonctionnement même des grands modèles de langage, contraints d’analyser des contenus potentiellement contrôlés par un attaquant avant de pouvoir déterminer leur dangerosité.

Un document suffit pour amorcer la propagation

L’attaque décrite par Måløy, DataSecurityBreach vous l’a présente sous forme d’animation, repose sur une opération apparemment anodine. Un salarié prépare, par exemple, un rapport financier avec Copilot et télécharge une analyse de marché depuis un site considéré comme fiable. À son insu, la source a été compromise et le fichier Word contient des consignes malveillantes dissimulées.

Dans sa preuve de concept, le chercheur place ces instructions sous la forme d’un texte blanc de petite taille. Elles ordonnent à Copilot de modifier certains chiffres du rapport demandé par l’utilisateur, puis de recopier le mécanisme malveillant dans le nouveau document généré.

La contamination peut alors poursuivre son chemin. Si un second employé utilise ce rapport comme source pour produire un autre fichier, Copilot ingère de nouveau les instructions cachées. Le document suivant peut ainsi transporter à son tour la charge et influencer de nouvelles productions.

Cette chaîne rend l’origine de l’incident difficile à retrouver. Une fois le premier fichier introduit dans le flux documentaire, l’attaquant n’a plus nécessairement besoin d’intervenir. Selon Måløy, ni l’accès au site initialement compromis ni celui à l’environnement Microsoft 365 de la victime ne sont requis pour maintenir la propagation.

Lancer la démonstration de l’attaque du virus via Copilot.

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« L’attaquant doit seulement partager un document malveillant avec la victime », explique le chercheur. Il estime que cette démonstration figure parmi les premiers cas publics d’un ver d’intelligence artificielle transporté par des documents et capable de s’auto-propager au travers de pratiques ordinaires dans une suite bureautique commerciale grand public.

Le problème repose sur une frontière essentielle. Copilot doit exploiter les informations contenues dans les documents ajoutés au contexte d’un projet. Il ne devrait en revanche pas considérer des consignes intégrées dans ces fichiers comme de nouveaux ordres adressés au modèle. Les essais de Måløy indiquent que cette séparation n’est pas toujours respectée.

Le chercheur dit avoir commencé ses échanges avec Microsoft en mars 2026. L’entreprise a corrigé l’exploitation correspondant à son premier exemple de charge malveillante. Måløy affirme toutefois avoir contourné cette protection en reformulant les instructions, réussissant ensuite à propager le ver et à modifier des données financières dans un document cible.

La publication a été retardée deux fois en coordination avec Microsoft. Après 144 jours, le chercheur a choisi de rendre le problème public. « La période de coordination convenue avec Microsoft est arrivée à son terme, et les tests montrent qu’aucune mitigation robuste pour cette classe de vulnérabilités n’est actuellement disponible », écrit-il. Selon lui, deux mesures correctives, dont un changement de modèle, n’ont pas supprimé la catégorie d’attaque.

Une faiblesse liée au fonctionnement des LLM

Pour Måløy, cette technique relève d’une injection de prompt inter-domaines, ou XPIA, susceptible d’exploiter une faiblesse structurelle des architectures fondées sur les grands modèles de langage.

Un assistant d’intelligence artificielle utile doit pouvoir traiter des courriels, documents, pages web, mémoires, résultats d’outils ou autres données extérieures. Une partie de ces informations peut pourtant être contrôlée par un acteur hostile.

Le paradoxe apparaît au moment de l’analyse. Pour identifier une instruction comme malveillante, le modèle doit d’abord la lire. Dès cette étape, le contenu hostile peut déjà influencer son raisonnement ou ses décisions. Måløy compare cette situation au fait de demander à un interpréteur d’exécuter un programme non fiable afin de déterminer si son exécution présente un danger.

Ajouter un autre modèle chargé de filtrer le contenu ne supprimerait pas nécessairement la difficulté. Le contrôle serait simplement déplacé vers une couche supplémentaire, elle-même susceptible d’être confrontée à des données adverses. Le chercheur résume cette fuite en avant par l’idée de « LLMs all the way down ».

Il estime que les systèmes futurs devront distinguer plus strictement les objectifs de l’assistant et les informations qu’il traite. Dans l’intervalle, tout environnement intégrant un LLM dans un processus de confiance devrait, selon lui, considérer qu’un contenu contrôlé par un attaquant peut provoquer une compromission dans une certaine proportion des cas.

Les possibilités de réduction du risque restent limitées côté client. Måløy affirme qu’aucune mesure applicable par l’utilisateur ne règle entièrement le problème au moment de la publication. Il recommande de considérer tout document provenant de l’extérieur comme non fiable lorsqu’il est utilisé avec Copilot, d’examiner soigneusement les fichiers avant leur traitement et de vérifier également chaque document généré ou modifié par l’assistant avant diffusion.

Microsoft confirme avoir travaillé avec le chercheur dans le cadre d’une divulgation coordonnée. L’entreprise affirme avoir traité les éléments signalés et indique utiliser une stratégie de défense en profondeur. Celle-ci repose sur plusieurs protections destinées à bloquer les instructions malveillantes à différents niveaux et à maintenir les tâches conformes aux demandes de l’utilisateur.

Microsoft précise continuer à renforcer ces mécanismes face à l’évolution des technologies et des menaces. Le groupe recommande d’installer les dernières mises à jour, d’utiliser plusieurs couches de sécurité, de rester prudent avec les contenus d’origine inconnue et de contrôler les productions de l’intelligence artificielle avant utilisation ou partage.

L’IA découvre plus de failles sans accroître leur exploitation

L’intelligence artificielle accélère la découverte de vulnérabilités, certe. Au premier semestre 2026, les données n’indiquent toutefois aucun risque d’exploitation supérieur aux méthodes traditionnelles.

Les systèmes d’intelligence artificielle spécialisés dans la recherche de vulnérabilités alimentent désormais fortement le flux de failles à corriger. Selon VulnCheck, 1 061 vulnérabilités découvertes avec une assistance de l’IA ont été recensées durant les six premiers mois de 2026. Quatorze d’entre elles, soit 1,3 %, ont ensuite été exploitées dans des attaques réelles. Ce taux correspond à celui observé pour l’ensemble des vulnérabilités publiées sur la même période. Cette photographie tempère donc, à ce stade, les craintes d’une explosion immédiate des attaques provoquée par l’automatisation de la découverte de failles. La vitesse d’exploitation progresse néanmoins nettement.

L’IA augmente le volume, pas encore le risque individuel

Project Glasswing d’Anthropic et MDASH de Microsoft illustrent cette nouvelle génération de systèmes capables d’aider à identifier des défauts logiciels. Leur développement intervient alors que les équipes de sécurité doivent déjà traiter un nombre croissant de vulnérabilités avant qu’un attaquant ne puisse les exploiter.

Cette accélération nourrit une inquiétude logique côté défense : davantage de failles découvertes pourraient offrir davantage d’occasions aux groupes offensifs. L’analyse publiée ne confirme toutefois pas ce scénario pendant le premier semestre 2026.

1 061 vulnérabilités attribuées à des recherches assistées par intelligence artificielle. Parmi elles, 14 ont été exploitées dans des conditions réelles, soit environ 1,3 %.

Cette proportion rejoint le taux d’exploitation constaté parmi toutes les vulnérabilités rendues publiques au cours de la même période. Autrement dit, l’origine assistée par IA d’une vulnérabilité ne semble pas, pour l’instant, augmenter sa probabilité d’être utilisée dans une attaque.

« Si la découverte de vulnérabilités assistée par IA présente clairement une valeur pour les attaquants comme pour les défenseurs, les données ne suggèrent pas que les vulnérabilités découvertes par IA soient intrinsèquement plus susceptibles d’être exploitées que celles identifiées avec des méthodes traditionnelles », écrit Patrick Garrity.

La prudence reste nécessaire. Les principaux modèles consacrés à cette chasse automatisée aux vulnérabilités n’étaient pas actifs durant l’intégralité du semestre étudié. Anthropic a lancé Project Glasswing en avril. Microsoft a présenté MDASH en mai, le même mois qu’OpenAI avec Daybreak.

Le recul statistique reste donc limité. Une hausse du nombre de vulnérabilités détectées automatiquement pourrait modifier la situation au cours des mois suivants, même si les données disponibles ne montrent encore aucune surreprésentation de ces failles parmi celles effectivement exploitées.

La fenêtre entre publication et attaque se réduit

Le volume de correctifs publiés par Microsoft offre déjà un aperçu de l’ampleur potentielle du phénomène. La mise à jour de sécurité de juillet a regroupé 622 vulnérabilités, un record pour l’entreprise. Le précédent sommet venait d’être établi en juin avec 206 vulnérabilités.

Cette progression ne démontre pas à elle seule que l’intelligence artificielle provoque une augmentation des attaques. Elle souligne en revanche une difficulté opérationnelle majeure pour les défenseurs : plus le nombre de défauts identifiés augmente, plus la sélection des correctifs prioritaires devient déterminante.

Le rapport met surtout en évidence une évolution préoccupante du rythme d’exploitation. Après la publication d’un identifiant CVE, le délai moyen avant exploitation est passé de 120 jours en 2025 à 80 jours durant le premier semestre 2026. La réduction atteint donc 40 jours, soit un tiers du délai observé l’année précédente.

Cette compression de la fenêtre de réaction change directement le rapport de force entre attaquants et équipes de sécurité. Même sans hausse spécifique du danger associé aux vulnérabilités découvertes par IA, les organisations disposent de moins de temps pour analyser une faille, évaluer leur exposition, appliquer un correctif ou déployer une mesure compensatoire.

Les catégories technologiques les plus souvent touchées par des vulnérabilités activement exploitées : sur 495 failles connues comme exploitées durant les six premiers mois de 2026, les systèmes de gestion de contenu représentaient près d’un tiers du total.

Les équipements situés en périphérie des réseaux comptaient pour presque 14 %. Les systèmes d’exploitation approchaient 9 %, devant les logiciels serveurs à 8 %. Les produits liés à l’intelligence artificielle représentaient eux-mêmes près de 6 % des vulnérabilités exploitées, signe de l’apparition d’une nouvelle surface d’attaque.

Cette dernière donnée ajoute une dimension supplémentaire au sujet. L’IA n’est plus uniquement un outil susceptible d’aider à découvrir des failles. Les produits qui l’intègrent deviennent également des cibles dont les vulnérabilités peuvent rejoindre les chaînes d’exploitation observées sur le terrain.

Pour le renseignement cyber, l’enjeu central n’est donc pas seulement de compter les failles trouvées par l’IA : il consiste à distinguer rapidement celles qui basculent du signal technique vers une menace opérationnelle. (rapport)

Google renforce l’enquête anti-espionnage sur Android

Google déploie sur Android un journal d’intrusion pensé pour documenter les attaques, préserver les traces et aider les enquêtes cyber sur smartphones compromis.

Le nouveau dispositif de journalisation intégré à Android vise un enjeu longtemps critique : comprendre précisément comment un téléphone a été ciblé, compromis ou fouillé. Intégré au mode de protection avancée, il s’adresse d’abord aux profils exposés, notamment journalistes, militants, défenseurs des droits humains et autres utilisateurs à risque. Les journaux collectent des événements techniques pouvant signaler une intrusion, puis les protègent par chiffrement avant transfert vers le compte Google de l’utilisateur. L’objectif est clair : empêcher qu’un logiciel espion efface simplement les indices locaux et donner aux chercheurs une base exploitable pour reconstituer une attaque.

Android veut garder la mémoire des attaques

Sur un smartphone, l’attaque ne se résume pas toujours à un écran suspect ou à une application inconnue. Elle peut passer par une connexion distante, une extraction discrète, une manipulation de débogage ou l’ouverture d’un serveur malveillant. Jusqu’ici, sur Android, beaucoup de ces signaux disparaissaient vite. Les journaux système n’étaient pas pensés pour une investigation d’intrusion, ils étaient régulièrement écrasés, et ne conservaient pas toujours les éléments nécessaires à une analyse solide.

Google introduit donc une fonction dédiée à cette zone grise de l’enquête mobile. La journalisation des intrusions collecte un ensemble séparé d’événements capables d’indiquer une compromission, une tentative de piratage ou une opération de dissimulation. Elle est intégrée au mode de protection avancée, conçu pour les utilisateurs dont le métier, l’engagement ou l’exposition publique augmente le risque de surveillance ciblée.

Le mécanisme repose sur une logique simple : conserver des traces utiles avant qu’elles ne disparaissent. Une fois par jour, Android rassemble ces journaux, les chiffre, puis les envoie vers le compte Google associé au téléphone. Selon Google, l’entreprise ne peut pas lire leur contenu. Le déchiffrement reste entre les mains de l’utilisateur, qui peut ensuite choisir de les transmettre à des chercheurs chargés d’examiner une attaque possible.

Cette architecture répond à un problème central du renseignement numérique : lorsqu’un logiciel espion a déjà pris pied sur un appareil, les preuves locales deviennent fragiles. Un outil suffisamment avancé peut tenter d’effacer ses traces, de masquer ses communications ou de supprimer les éléments compromettants. En déplaçant régulièrement des journaux chiffrés hors du téléphone, Google cherche à réduire cette capacité d’effacement.

La fonction a été développée avec l’aide d’Amnesty International. L’organisation a souligné une difficulté récurrente dans les enquêtes sur Android : l’analyse d’un appareil était souvent plus complexe que celle d’un iPhone, précisément parce que les traces disponibles étaient moins adaptées aux investigations sur intrusion. Pour des chercheurs, cette différence peut déterminer la qualité d’un diagnostic. Sans chronologie fiable, il devient difficile d’identifier le vecteur d’attaque, la période de compromission et les actions réalisées sur le terminal.

Les nouveaux journaux enregistrent plusieurs catégories d’actions. Ils peuvent conserver les déverrouillages du téléphone, les installations et suppressions d’applications, les connexions à des sites web ou serveurs, l’usage d’Android Debug Bridge, ainsi que les tentatives de suppression des journaux eux-mêmes. Ce dernier point est particulièrement sensible : vouloir effacer ces données peut constituer un indice d’obstruction ou de camouflage après compromission.

Pour les enquêteurs, la valeur de ces informations tient à leur combinaison. Un événement isolé peut sembler banal. Une séquence, elle, peut raconter une attaque. Un déverrouillage inhabituel, suivi d’une connexion à un serveur suspect, d’une installation d’application et d’un accès via Android Debug Bridge, forme une piste beaucoup plus solide qu’un simple soupçon.

Un outil utile, mais encore encadré

Cette journalisation peut aussi aider à documenter des scénarios très concrets. Les données recueillies peuvent montrer si le smartphone a été relié à un outil d’extraction comme Cellebrite. Elles peuvent également révéler des tentatives de récupération de données, la présence d’un logiciel espion, l’installation d’un logiciel de harcèlement ou l’ouverture de domaines et serveurs utilisés dans une opération malveillante.

L’enjeu dépasse donc la réparation technique. Il touche à la preuve. Pour un journaliste, un défenseur des droits humains ou un militant, démontrer qu’un téléphone a été attaqué peut avoir des conséquences professionnelles, judiciaires et politiques. Dans ces dossiers, l’incertitude profite souvent à l’attaquant. Plus la chronologie est précise, plus l’analyse devient exploitable.

La fonctionnalité n’est toutefois pas automatique. L’utilisateur doit activer manuellement le mode de protection avancée, puis la journalisation des intrusions. Ce choix limite l’exposition involontaire, mais réduit aussi la couverture immédiate. Les personnes les plus ciblées devront connaître l’existence du dispositif, comprendre son intérêt et accepter de l’utiliser avant un incident.

Autre restriction importante : le déploiement concerne actuellement les appareils Pixel disposant de la mise à jour Android 16 de décembre ou ultérieure. Le téléphone doit aussi être associé à un compte Google. Dans l’état actuel, le dispositif ne couvre donc pas l’ensemble de l’écosystème Android, très fragmenté selon les fabricants, les modèles et les calendriers de mise à jour.

La question de la confidentialité demeure centrale. Ces journaux peuvent contenir l’historique de connexions et des éléments liés à l’activité de navigation. Même chiffrés, ils restent sensibles dès lors qu’un utilisateur envisage de les partager avec des chercheurs. Le choix final lui appartient : transmettre ces données peut aider à établir une attaque, mais cela implique aussi d’exposer une partie de son activité numérique à une analyse externe.

Google tente ici un équilibre délicat. Trop peu de traces, et l’enquête échoue. Trop de collecte, et l’outil devient lui-même une source d’inquiétude. Le chiffrement et le contrôle donné à l’utilisateur répondent à cette tension, sans l’effacer totalement. Dans les affaires d’espionnage mobile, la confiance ne repose pas seulement sur la technologie, mais aussi sur la clarté du consentement.

Pour Android, cette évolution marque un changement d’approche. La sécurité ne consiste plus seulement à bloquer l’attaque au moment où elle survient. Elle doit aussi permettre d’en comprendre les mécanismes après coup. Cette capacité d’analyse post-incident est essentielle face aux logiciels espions, aux outils forensiques intrusifs et aux opérations ciblées.

En matière de cyber-renseignement, la bataille se joue désormais autant dans la conservation des traces que dans la détection de l’attaque.

Rançongiciel en Roumanie, 1 000 systèmes d’eau chiffrés

Une attaque par rançongiciel a paralysé environ 1 000 systèmes informatiques de l’autorité roumaine des eaux. Les barrages et l’exploitation hydraulique ont tenu, grâce à des procédures manuelles.

La Direction nationale roumaine pour la cybersécurité (DNSC) a annoncé qu’une attaque par rançongiciel, survenue en décembre 2025, a compromis près de 1 000 systèmes IT de l’Administrația Națională Apele Române, l’autorité nationale de l’eau. Dix des onze administrations régionales de bassins, dont Oradea, Cluj, Iași, Siret et Buzău, ont été touchées. Les assaillants ont détourné BitLocker, un mécanisme légitime de chiffrement Windows, pour verrouiller les fichiers et déposer une note exigeant un contact sous sept jours.

Un choc IT, une continuité opérationnelle sous contrainte

La scène se joue d’abord côté bureaux et serveurs. La DNSC indique qu’une attaque de type rançongiciel a frappé l’infrastructure informatique de l’Administrația Națională Apele Române, avec environ 1 000 systèmes compromis. L’impact territorial est massif : dix administrations régionales de bassins sur onze seraient concernées, avec des sites cités comme Oradea, Cluj, Iași, Siret et Buzău. La liste, à elle seule, raconte la difficulté logistique : quand l’IT tombe en panne à cette échelle, la gestion de crise devient une affaire de synchronisation et de priorités, pas seulement de remédiation technique.

Le périmètre atteint, détaillé par les autorités, couvre des briques critiques du quotidien numérique. Sont mentionnés des serveurs applicatifs SIG (GIS), des serveurs de bases de données, des postes Windows, des environnements Windows Server, mais aussi des serveurs de messagerie et web, ainsi que des serveurs DNS. Autrement dit, de quoi casser la cartographie opérationnelle, gêner la circulation d’information, perturber la résolution de noms et compliquer toute orchestration de reprise.

Pourtant, l’essentiel, au sens hydrotechnique, n’a pas cédé. L’autorité de l’eau affirme que les technologies opérationnelles (OT) n’ont pas été touchées. Elle précise que l’exploitation des ouvrages hydrotechniques repose sur des centres de dispatching et des communications vocales. Les constructions hydrotechniques resteraient « sécurisées », opérées localement par du personnel spécialisé, coordonné par ces centres. La conséquence immédiate est un basculement vers une conduite dégradée : moins de confort numérique, plus de procédures, de réflexes et de voix au téléphone.

Ce choix d’architecture de crise n’est pas anodin. L’organisation insiste sur la continuité de fonctions sensibles, contrôle de barrages, gestion des crues, distribution d’eau, assurée via supervision manuelle et protocoles vocaux conçus pour ce type de contingence. C’est la logique classique de résilience : si l’IT est frappée, l’OT doit tenir, et si l’OT dépend de l’IT, alors des modes alternatifs doivent déjà exister. Ici, la narration officielle vise à rassurer sur ce point précis : la disponibilité opérationnelle n’a pas été brisée.

 

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BitLocker détourné, et un angle mort de protection nationale

Le détail technique central tient en un mot connu des administrateurs Windows : BitLocker. Selon une première évaluation, les attaquants ont utilisé ce mécanisme légitime de chiffrement pour produire un blocage par chiffrement sur les systèmes touchés. Le signal est fort sur le plan du renseignement de menace : au lieu d’introduire un malware « exotique », l’adversaire exploite un outil natif, déjà présent et souvent autorisé. Cela complique l’attribution technique, brouille les détections basées sur la présence d’un binaire malveillant, et déplace la bataille vers les droits, la gouvernance et l’audit des usages.

Les assaillants ont aussi déposé une note de rançon exigeant une prise de contact sous sept jours. La DNSC réitère sa doctrine : ne pas contacter ni négocier avec les cybercriminels, pour éviter d’alimenter leur économie. Dans cette logique, la variable critique devient le temps. Sept jours, c’est une pression psychologique, mais c’est aussi une fenêtre de reprise, de reconstitution d’inventaires, d’assainissement et de restauration. Quand des serveurs DNS, mail et web sont cités, la tentation de « raccourcir » la crise est forte. La recommandation publique vise à cadrer cette tension.

Un autre élément, plus politique, ressort de l’enquête : l’infrastructure de l’autorité des eaux n’était pas protégée par le système national de protection des infrastructures IT d’importance critique pour la sécurité nationale. Ce point ouvre un débat de surface, mais surtout un chantier immédiat. Des procédures ont été lancées pour intégrer ce périmètre aux dispositifs développés par le Centre national de cyber-renseignement, au sein du service de renseignement roumain, afin d’assurer la protection d’infrastructures publiques, et privées jugées critiques, via des technologies de cyber-intelligence. Le vocabulaire est important : on passe d’une défense locale à une logique de protection mutualisée, pilotée, et nourrie par le renseignement.

 

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