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Cybercriminalité : Quelles tendances pour 2014 ?

L’année 2013 touche à sa fin, et les chercheurs de FireEye sont déjà tournés vers 2014 et ses tendances en termes de menaces. L’exploitation des vulnérabilités « Zero Day » ciblera moins Java mais davantage les navigateurs web ; les attaques de type «  Watering-hole » devraient supplanter les attaques de spear-phishing ; enfin, avec l’apparition de nouvelles catégories de malwares mobiles, le paysage de la sécurité va se complexifier et étendre ses frontières.

Voici les principales tendances identifiées par les chercheurs de FireEye.
Selon Darien Kindlund : Les auteurs de menaces sophistiquées vont continuer à se cacher derrière « les outils logiciels “criminels” traditionnels” afin de compliquer l’identification et l’attribution de leurs attaques, pour les responsables sécurité.

Selon Amanda Steward : Davantage d’attaques vont utiliser des signatures de codes volées ou valides. Celles-ci  permettent aux malwares d’usurper les caractéristiques d’exécutables légitimes pour contourner les défensestraditionnelles (antivirus notamment).

Selon Yogi Chandiramani et Tim Stahl : Les logiciels malveillants mobiles vont accroitre la complexité du paysage des menaces. Nous verrons ainsi des menaces combinées entre le bureau et l’accès mobile pour obtenir l’authentificationd’un mobile (à l’image des numéros de SMS de confirmation). Parce que les cybercriminels vont là où sont les clics, on peut s’attendre à voir se développer les attaques visant ces terminaux.

Selon Yichong Chen : L’exploitation des vulnérabilités « Zero Day » de Java, devrait être moins fréquentes. Malgré leur relative facilité d’exploitation, nous n’avons pas observé de nouvelles vulnérabilités depuis Février 2013. Cela pourrait s’expliquer par les pop-ups d’avertissement de sécurité de la version 1.7 ou encore par l’attention accrue des chercheurs en cybercriminalité sur ce point. Il est également possible qu’une trop faibleproportion d’internautes utilise des versions vulnérables de Java, et que leur exploitation ne soit pas suffisamment rentable.

Selon Dan Caselden : L’exploitation des vulnérabilités des navigateurs web devraient être plus fréquentes. Les pirates sont de plus en plus à l’aise pour contourner l’ASLR (Address Space Layout Randomisation) des navigateurs. Et contrairement à Java et aux vulnérabilités classiques, celles impliquant les navigateurs continuent de croitre sur le même rythme.

Selon Thoufique Haq : Les auteurs de malwares vont adopter des techniques furtives pour manipuler et contrôler (command-and-control (CnC)) les communications. Ils utiliseront les canaux des protocoles légitimes et  abuseront les services Internet légitimes pour relayer leur trafic et échapper à la détection. Ce changement reflète l’escalade logique des pirates qui sont de plus en plus gênés par les défenses réseau ; Les attaques de type « Watering-hole » et le ciblage des médias sociauxvont progressivement remplacerles emailsde phishing. Ils offrent en effet,un espace neutreoù les cibles baissent leur garde. Lefacteur de confiancen’est pas unobstacle insurmontable, et cela ne demande qu’un minimum d’effortpourattirerla cible dansun piège.

Selon Bryce Boland : De plus en plus de malwares vont alimenter la chaîne d’approvisionnement. Attendez-vous àdavantage de codesmalveillantsdanslesmises à jour des BIOS (Système de gestion élémentaire des « entrées/sorties ») mais également du firmware.

Selon Alex Lanstein : De nouvelles techniques de « corruption mémoire[1] » vont émerger suite à l’implémentation de la fonctionnalité du « click to play » d’Adobe Flash(nécessitant une interaction de l’utilisateur pour exécuter un contenu Flash potentiellementmalveillant). En effet, ces derniers mois nous avons vu Flash être utilisé pour exécuter des codes malveillants dans la phase d’infection. Mais depuis qu’Adobe a intégré la fonctionnalité «click-to-play » aux documents Microsoft Word, cette approche ne fonctionne plus. Les dernières exploitations zéro-day de documents « docx » et « tiff », par exemple, n’utilisaient pas Flash pour cette raison ; Les pirates vont trouver d’autres moyens pour déjouer les systèmes d’analyse automatisés (sandbox), comme le déclenchement des redémarrages, les clics de souris, la fermeture des applications, etc. Un exemple: le déclenchement du malware à un moment précis, à l’image de ce qui a été observé récemment au Japon et en Corée. Les pirates se concentrent désormais à contourner les systèmes de sandbox, on peut parier que cette approche donnera à leurs malwares beaucoup plus de puissance.

Selon Jason Steer : Les logiciels criminels auront davantage vocation à détruire les systèmes d’exploitation. Dernièrement, les autorités européennes sont parvenus a arrêter les cyber-gangs. Une nouvelle fonctionnalité de Zeus qui efface le système d’exploitation, aide les cybercriminels à nettoyer toutes les preuves d’un attaque et ainsi éviter l’arrestation.

Selon Darien Kindlund et Bryce Boland : De plus en plus de « quartiers numériques » vont alimenter lescampagnesd’attaquesciblées. En d’autres termes, « SunshopDQ »n’est que le début. Plusles auteursdes menacevontindustrialiserle développement de leur attaques et leur diffusion, plus les économies d’échelle seront importantes.

Selon Greg Day : La collaboration croissante entreles victimes d’attaquesà travers le monde, va permettre d’identifier et arrêter les gangs decybercriminels, grâce au croisement des indicesd’attaques distinctesavec ceux des campagnes communes ; Le Cybercrimese personnalise. Pour les hackers,les donnéespersonnelles ont plus de valeur que les données génériques. Ils devraient logiquement réorienter leur attention surdes donnéesà forte valeur.

Selon Rudolph Araujo : Le temps de détection de malwares de pointe. Selon la société à laquelle on se fie (Verizon DBIR, Ponemon etc.), le temps de détection peut osciller entre 80 et 100 jours et de 120 à 150 pour la suppression totale des malwares. Généralement, le temps de détection peut augmenter mais le temps de traitement va encore plus s’allonger à force que les attaquants deviennent de plus en plus sophistiqués avec leur capacité à s’immiscer dans le système des entreprises pour une plus longue durée.

Des mesures renforcées pour la lutte contre la cybercriminalité

Une nouvelle directive européenne (n° 2013-40/UE du 12 août 2013) relative aux attaques contre les systèmes d’information est entrée en vigueur le 3 septembre 2013. Elle remplace et renforce une décision-cadre du Conseil de l’Union (2005/222/JAI) du 24 février 2005, qui avait déjà pour principal objectif de renforcer la coopération entre les autorités judiciaires des Etats membres grâce à un rapprochement de la législation pénale sanctionnant la cybercriminalité. Donatienne Blin, avocat au département Informatique & réseaux de Courtois Lebel, explique quelles vont être ces nouvelles règles. Les attaques contre les systèmes d’information constituent une menace croissante au sein de l’Union et plus généralement à l’échelle mondiale. Les progrès technologiques permettent aux hackers de construire des méthodes de plus en plus sophistiquées, susceptibles de provoquer des dommages économiques considérables : interruption de l’activité de l’entreprise, perte ou altération de données confidentielles ou personnelles…

L’existence de lacunes et de disparités dans les différentes législations des Etats membres en matière d’attaques contre les systèmes d’information risque d’entraver la lutte contre la cybercriminalité et de ralentir la coopération policière et judiciaire européenne. La directive 2013-40/UE renforce donc les mesures mises en place par la décision-cadre de 2005, avec pour objectif de lutter plus efficacement contre les attaques informatiques au niveau européen. En synthèse, la directive fixe les règles minimales concernant la définition des infractions pénales et les sanctions pénales applicables et améliore la coopération entre les autorités compétentes des Etats membres.

Les infractions pénales mieux définies S’agissant de la mise en place de « règles minimales », on citera :

I – L’adoption de définitions communes s’agissant des éléments constitutifs des infractions pénales suivantes (Art. 3 à 6) :

– accès illégal à un système d’information  – atteinte illégale à l’intégrité d’un système

– atteinte illégale à l’intégrité des données  – interception illégale de ces données ;

II – l’incrimination de la production, de la vente et de l’obtention des outils (programmes) ou dispositifs (code d’accès) conçus pour commettre l’une de ces infractions précitées  (Art.7) ;

III – l’incrimination du fait « d’inciter à commettre » lesdites infractions, d’y participer ou de s’en rendre complice (Art. 8) ;

DSB – le principe de « sanctions effectives, proportionnées et dissuasives » à mettre en place par les Etats membres : des peines d’emprisonnement minimum sont imposées par la directive (Art.9) ;

V – la présence de circonstances aggravantes en cas d’attaque de grande ampleur commise par des organisations criminelles (notamment dans le cas des réseaux dit « zombie »), en cas de préjudice grave, lorsque les attaques sont menées contre une « infrastructure critique » d’un état membre, ou encore en cas d’usurpation d’identité numérique (Art.9) ;

VI – la mise en cause de la responsabilité et la sanction des personnes morales, lorsque les infractions sont commises pour leur compte par toute personne qui exerce un pouvoir de direction (Art.10) ; VII – la responsabilité et la sanction des personnes morales, lorsque « l’absence de surveillance et de contrôle » aura rendu possible l’une des infractions précitées commise pour son compte par ses salariés (Art.10 et 11).

La directive insiste en effet sur le fait qu’il est nécessaire de « garantir des niveaux de protection appropriés contre les menaces et les vulnérabilités pouvant être raisonnablement identifiées » : la responsabilité de la personne morale devra donc être engagée dès lors que celle-ci n’a pas, « de toute évidence », assuré un niveau de protection suffisant contre les cyberattaques commises pour son compte (Considérant 26).

Des dispositions contraignantes pour les entreprises Les dispositions des articles 10 et 11 sont donc particulièrement contraignantes à l’égard des entreprises, à qui il revient d’apporter la preuve de leurs diligences en matière de surveillance et de protection contre les cyberattaques commises par leurs propres salariés.

Pour s’exonérer de leur responsabilité, celles-ci devront donc démontrer cumulativement :

A –  que la vulnérabilité ou la menace ne pouvait pas être raisonnablement identifiée ou anticipée (soit au regard de l’état de l’art, soit au regard des moyens déployés par l’auteur de l’attaque pour dissimuler ses actes au sein de l’entreprise) ;

B – avoir mis en œuvre en interne des mesures préventives, à la fois juridiques (dispositions spécifiques dans la charte informatique par exemple) et techniques (logiciel de surveillance et de contrôle) de protection contre les cyberattaques susceptibles d’être commises par leurs employés.

La coopération entre Etats membres est renforcée S’agissant de la coopération entre Etats membres, la directive prévoit :

A – la mise en place de réseaux de coopération et de partenariat pour permettre l’échange d’informations, destinées à prévenir et à combattre la cybercriminalité ;

B – que les Etats membres doivent désormais disposer « d’un point de contact national opérationnel », et recourir, au niveau européen, au « réseau existant de points de contact opérationnels » (art. 13) ;

C – que ces réseaux devront être disponibles 24h/24 et 7j/7 ; de plus, des procédures pour répondre aux demandes urgentes sous huit heures devront être mises en place par les Etats membres (Art.13).

La France devra transposer les dispositions imposées par cette directive au plus tard le 4 septembre 2015.  Par le Cabinet d’avocats d’affaires français Courtois Lebel pour DataSecurityBreach.fr.