Archives par mot-clé : cybercriminalité

Le Royaume-Uni frappe Xinbi, plaque tournante crypto

Londres vise Xinbi, une plateforme chinoise de cryptomonnaies accusée d’alimenter fraude industrielle, blanchiment et exploitation forcée, en ciblant cette fois l’infrastructure financière qui soutient les réseaux criminels.

Le Royaume-Uni a placé Xinbi sous sanctions au titre de son régime international de défense des droits humains. La plateforme d’échange en langue chinoise est accusée d’avoir facilité des escroqueries massives en ligne et d’avoir profité de centres frauduleux en Asie du Sud-Est. Il s’agit du premier État à frapper directement cette interface crypto, présentée comme un maillon central d’un écosystème mêlant fraude sentimentale, arnaques à l’investissement, blanchiment et commerce de données volées. L’enjeu dépasse une entreprise isolée. Londres cherche désormais à couper les flux, à perturber les circuits de paiement et à affaiblir la logistique financière qui permet à ces réseaux transnationaux de survivre.

Une sanction pensée pour casser l’ossature financière

La décision britannique ne vise pas seulement une plateforme de plus dans l’univers opaque des cryptomonnaies. Elle cherche un point de pression précis, celui qui permet à des réseaux criminels d’encaisser, de déplacer et de recycler l’argent issu d’escroqueries mondiales. Dans sa désignation officielle, le gouvernement britannique affirme que Xinbi a « permis et tiré profit du fonctionnement de centres d’escroquerie en Asie du Sud-Est ». L’accusation est lourde, car elle place la plateforme au croisement de la fraude numérique et des violations graves des droits fondamentaux.

Stephen Doughty, ministre britannique chargé de l’Europe, de l’Amérique du Nord et des Territoires d’outre-mer, a résumé l’objectif politique de cette mesure. « Nos sanctions d’aujourd’hui envoient un message clair : nous ne permettrons pas que les Britanniques soient victimes de ces escroqueries odieuses ni ne tolérerons les violations flagrantes des droits de l’homme perpétrées dans ces centres d’escroquerie », a-t-il déclaré. Puis il a ajouté : « Nous devons maintenir la pression sur l’argent sale et ceux qui en profitent. »

Le ministère britannique des Affaires étrangères précise que le traitement imposé aux personnes présentes dans ces centres constitue une violation grave du droit à ne pas subir de traitements cruels, inhumains ou dégradants, ainsi que du droit à ne pas être réduit en esclavage, maintenu en servitude ou forcé à travailler. Le cadrage est essentiel. Londres ne présente pas Xinbi comme un simple intermédiaire technique, mais comme une pièce utile à une économie criminelle appuyée sur la contrainte humaine.

Le rapport de Chainalysis renforce cette lecture. La société décrit Xinbi comme un « nœud clé » d’un écosystème crypto vaste et structuré. La plateforme aurait traité plus de 19,9 milliards de dollars entre 2021 et 2025, soit environ 18,3 milliards d’euros, estimation obtenue sur une base indicative de 1 dollar pour 0,92 euro. Elle aurait agi comme une place de marché sous séquestre, mettant en relation des vendeurs de services illicites. Autrement dit, il ne s’agirait pas seulement d’un canal de transaction, mais d’une infrastructure de confiance au service d’activités clandestines.

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Cambodge, travail forcé et logique industrielle de l’arnaque

L’un des points les plus sensibles du dossier concerne le parc n° 8, un complexe d’escroquerie à l’échelle industrielle au Cambodge. Le gouvernement britannique va plus loin et le présente comme la plus grande installation de ce type dans le pays, avec une capacité de 20 000 travailleurs sous contrat. Cette mention change l’échelle du récit. On ne parle plus d’escrocs dispersés derrière des écrans, mais de structures quasi industrielles, organisées comme des sites de production où l’arnaque devient une activité rationalisée.

La désignation de Xinbi souligne précisément son soutien à cet ensemble. En parallèle, Londres a sanctionné Legend Innovation Co, l’exploitant du parc n° 8, ainsi que deux responsables, Thet Li et Hu Xiaowei. Tous sont présentés comme liés au Prince Group, conglomérat décrit comme étant derrière de nombreux complexes comparables dans cet empire de l’escroquerie. Ici, le signal envoyé par les autorités est limpide : il ne suffit plus de poursuivre les exécutants, il faut remonter les chaînes de commandement, les opérateurs logistiques et les outils financiers.

Le nom de Chen Zhi, fondateur du Prince Group, apparaît dans cette mécanique. Selon les éléments fournis, il a été inculpé par des procureurs américains pour blanchiment d’argent en octobre dernier. Son entreprise est accusée d’avoir administré au Cambodge des complexes où des travailleurs et des victimes de traite étaient contraints de mener des escroqueries en ligne et de voler des milliards de dollars à des personnes situées aux États-Unis, en Europe et en Chine. Le texte précise aussi que Zhi a été arrêté au Cambodge en début d’année avant d’être extradé vers la Chine.

L’intérêt stratégique de la décision britannique tient à son angle. L’objectif affiché est d’isoler Xinbi « de l’écosystème crypto légitime », afin de perturber fortement ses opérations en réduisant sa capacité à envoyer et recevoir des transactions en cryptomonnaie. C’est une approche de renseignement financier autant qu’un geste diplomatique. Au lieu de ne viser que des individus, les autorités cherchent à casser la colonne vertébrale des réseaux, c’est-à-dire leurs moyens de circulation monétaire, leurs passerelles de paiement et leurs circuits de blanchiment.

Prince Group : 62 inculpations dans une vaste fraude en ligne

À Taïwan, la justice frappe un réseau international lié au groupe Prince. Les procureurs accusent l’organisation d’avoir orchestré une gigantesque fraude numérique et un système de blanchiment à l’échelle mondiale.

Le parquet du district de Taipei a inculpé 62 personnes et 13 entreprises pour leur rôle présumé dans les activités criminelles du groupe Prince, une organisation accusée d’avoir organisé des escroqueries en ligne massives en Asie. Les enquêteurs estiment que ce réseau, lié à des complexes installés au Cambodge, a permis de soutirer des milliards de dollars à des victimes en Occident et en Chine. Les autorités taïwanaises affirment que plus de 339 million $ (312,7 millions d’euros) ont été blanchis via Taïwan. L’affaire illustre l’industrialisation des cyberescroqueries internationales et les circuits financiers complexes utilisés pour dissimuler l’origine des fonds.

Un réseau mondial d’escroqueries et de blanchiment

Le parquet du district de Taipei a annoncé l’inculpation de 62 individus ainsi que de 13 sociétés pour leur implication présumée dans un vaste système d’escroquerie en ligne lié au groupe Prince. L’enquête, ouverte en octobre dernier, fait suite à des poursuites engagées aux États-Unis contre Chen Zhi, fondateur du groupe, pour blanchiment d’argent.

Selon les procureurs taïwanais, l’organisation aurait exploité des centaines de complexes au Cambodge. Ces installations servaient de centres d’escroquerie numérique où des travailleurs, souvent victimes de trafic d’êtres humains, étaient contraints de mener des opérations frauduleuses à grande échelle. Les escroqueries visaient principalement des victimes aux États-Unis, en Europe et en Chine.

Chen Zhi a été arrêté au Cambodge plus tôt dans l’année avant d’être extradé vers la Chine. Les autorités taïwanaises ont toutefois poursuivi leur propre enquête sur les activités financières du réseau sur leur territoire.

Les investigations indiquent que des acteurs liés au groupe Prince ont blanchi au moins 339 million $ (312,7 millions d’euros) à Taïwan. Les fonds auraient ensuite servi à acquérir des biens de grande valeur. Les procureurs évoquent l’achat de 24 propriétés, de 35 véhicules et d’autres actifs estimés à environ 1,7 million $. Au total, les autorités taïwanaises ont saisi environ 174 million $ (160,5 millions d’euros) en espèces et en biens.

Les enquêteurs décrivent une structure financière particulièrement complexe. D’après le parquet, le groupe Prince contrôlait près de 250 sociétés offshore réparties dans 18 pays. Ces entités détenaient 453 comptes financiers nationaux et internationaux. Des contrats commerciaux fictifs entre ces sociétés auraient permis de dissimuler les flux financiers et de recycler l’argent issu des escroqueries via différents circuits de change.

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Cyberescroquerie industrielle et coopération internationale

L’enquête menée par les autorités taïwanaises a conduit à plusieurs arrestations et mises en détention. Neuf personnes considérées comme des figures importantes du réseau ont été placées en détention. Soixante-treize autres suspects ont été libérés sous caution après plusieurs mois d’investigation.

Parmi les personnes inculpées figurent Chen Zhi ainsi que plusieurs collaborateurs soupçonnés d’avoir enfreint la législation taïwanaise sur le crime organisé, le blanchiment d’argent et diverses infractions financières. Les suspects détenus incluent des ressortissants cambodgiens ainsi que des individus originaires de Singapour, de Chine, de Malaisie et d’autres pays.

Les autorités américaines avaient déjà accusé le groupe Prince de tirer profit d’activités criminelles variées. Selon le département du Trésor des États-Unis, l’organisation aurait bénéficié de jeux d’argent illégaux en ligne, d’extorsion sexuelle et de blanchiment d’argent. Les enquêteurs évoquent également des opérations impliquant trafic d’êtres humains, torture et exploitation de travailleurs contraints d’opérer des réseaux d’escroquerie.

Les activités liées à Taïwan remonteraient à 2016. Les procureurs affirment que Chen Zhi avait chargé deux collaborateurs, Wang Tang et Zhang Yao, de gérer depuis Taipei plusieurs opérations de jeux clandestins et de blanchiment. L’enquête a révélé un vaste réseau de sociétés écrans et de comptes bancaires dans différentes juridictions, notamment les îles Marshall, les Seychelles, l’île de Man, le Japon et la Thaïlande.

Les suspects auraient également tenté de dissimuler leurs gains illicites en investissant dans des biens de luxe, notamment des maisons haut de gamme, des voitures prestigieuses et des articles de luxe.

Dans certains cas considérés comme mineurs, 24 personnes poursuivies pour infractions liées aux jeux d’argent ont reconnu les faits. Les procureurs ont suspendu les poursuites après leurs aveux et l’expression de remords.

Au niveau international, plusieurs mesures ont déjà visé l’organisation. Les autorités américaines et britanniques ont imposé des sanctions au groupe Prince. Le département de la Justice des États-Unis affirme avoir saisi environ 15 milliard $ (13,8 milliards d’euros) en bitcoins sur des comptes associés à Chen Zhi.

Les escroqueries orchestrées par ce réseau reposaient sur différentes méthodes, notamment les arnaques sentimentales et les fraudes financières. Ces opérations auraient généré des milliards de dollars en ciblant principalement des victimes occidentales.

L’ampleur de ces activités a provoqué une forte pression internationale sur le Cambodge, accusé d’abriter de nombreux complexes de cyberescroquerie. Après l’arrestation de Chen Zhi, plusieurs installations ont été désertées dans un climat chaotique. Des victimes de trafic d’êtres humains et des travailleurs contraints ont quitté ces sites et se sont rendus dans des ambassades pour demander assistance.

Cette affaire met en lumière la dimension industrielle des escroqueries numériques transnationales et la nécessité d’une coopération renforcée entre services de renseignement financier et unités de cybercriminalité.

Phobos : le développeur clé plaide coupable aux États-Unis

Un développeur russe lié au ransomware Phobos reconnaît sa responsabilité devant la justice américaine. L’affaire révèle l’organisation interne d’un réseau criminel actif depuis plusieurs années.

Un ressortissant russe de 43 ans a plaidé coupable aux États-Unis pour son rôle central dans le ransomware Phobos. Considéré comme l’un des principaux développeurs de cette plateforme criminelle, Evgenii Ptitsyn risque jusqu’à 20 ans de prison. Les enquêteurs estiment que Phobos et sa variante 8Base ont extorqué plus de 16 million $ (14,7 millions d’euros) depuis 2019 auprès d’organisations du monde entier. L’affaire met en lumière le modèle industriel du ransomware-as-a-service, dans lequel des développeurs fournissent l’outil à des affiliés chargés de mener les attaques contre des entreprises, des établissements de santé et des institutions publiques.

Un développeur clé du ransomware Phobos face à la justice

L’un des cerveaux techniques associés au ransomware Phobos a reconnu sa culpabilité devant la justice américaine. Evgenii Ptitsyn, citoyen russe âgé de 43 ans, a admis des faits de fraude électronique mercredi devant un tribunal fédéral. Les procureurs des États-Unis le présentent comme un acteur majeur de ce réseau de cyberextorsion.

Selon l’acte d’accusation, Ptitsyn a contribué au fonctionnement du ransomware à partir de novembre 2020. Le logiciel malveillant a ensuite été utilisé pour viser plus de 1 000 organisations à travers le monde. L’enquête judiciaire décrit un dispositif structuré, mêlant développement technique, diffusion sur des forums criminels et exploitation d’un site sur le darknet destiné à exposer ou vendre les données volées.

L’homme a été arrêté en Corée du Sud avant d’être remis aux autorités américaines en novembre 2024. Sa condamnation doit être prononcée le 15 juillet. La peine maximale encourue atteint 20 ans de prison.

Les procureurs affirment que Ptitsyn occupait une position centrale dans l’écosystème Phobos. Il développait et maintenait le ransomware, puis le distribuait à des affiliés du réseau. Ces partenaires menaient les intrusions informatiques, chiffraient les systèmes des victimes et exigeaient ensuite une rançon. Une commission revenait aux opérateurs techniques pour chaque paiement obtenu.

Les investigations ont également relié Ptitsyn à plusieurs attaques précises. Parmi elles figure une intrusion contre un système scolaire public en Californie. L’établissement a payé une rançon de 300 000 $ (276 500 euros) en 2023 pour récupérer l’accès à ses données. D’autres opérations ont visé des organisations du secteur médical ainsi que plusieurs entreprises.

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Un réseau international démantelé progressivement

Les poursuites contre Ptitsyn s’inscrivent dans une série d’actions menées contre les groupes liés au ransomware Phobos et à sa variante 8Base. Les autorités américaines estiment que ces réseaux ont extorqué plus de 16 million $ (14,7 millions d’euros) depuis 2019.

Au cours des deux dernières années, plusieurs membres ou associés ont été arrêtés dans différentes juridictions. Un administrateur de Phobos a été interpellé en Corée du Sud en juin 2024 avant d’être extradé vers les États-Unis. En 2023, un autre acteur important a été arrêté en Italie sur la base d’un mandat d’arrêt français.

Plus récemment, une opération internationale coordonnée a visé le groupe 8Base, considéré comme un utilisateur majeur de l’infrastructure Phobos. Quatre individus soupçonnés de diriger cette organisation ont été arrêtés. Les enquêteurs les accusent d’avoir exploité une variante du ransomware pour extorquer des victimes en Europe et dans d’autres régions.

Cette opération a également conduit au démantèlement de 27 serveurs liés au réseau criminel. Les services de police ont pu prévenir plus de 400 entreprises d’attaques de ransomware en cours ou imminentes.

L’enquête a mobilisé les forces de l’ordre de 14 pays, avec le soutien d’Europol et d’Eurojust. Le Centre européen de lutte contre la cybercriminalité d’Europol a assuré un rôle de coordination entre les différentes investigations. Les analystes ont notamment partagé des renseignements, réalisé des analyses techniques et facilité les échanges entre les équipes nationales.

Près de 600 messages opérationnels ont été échangés via le réseau sécurisé SIENA, tandis que 37 réunions opérationnelles et sprints techniques ont été organisés pour faire progresser les investigations.

Repéré pour la première fois en décembre 2018, Phobos constitue l’un des ransomwares les plus persistants du paysage cybercriminel. Son succès repose sur un modèle de ransomware-as-a-service qui permet à de nombreux acteurs, même peu expérimentés, de lancer leurs propres campagnes d’extorsion.

Les services de renseignement spécialisés dans la cybersécurité considèrent aujourd’hui Phobos et 8Base parmi les groupes de ransomware les plus actifs en 2024.

L’affaire Ptitsyn illustre la stratégie des autorités consistant à cibler les développeurs et les infrastructures techniques afin d’affaiblir durablement les réseaux de cyberextorsion.

La traque judiciaire et technique des opérateurs de ransomware reste désormais un enjeu central pour le renseignement cyber international.

Cyberfraude : Washington prépare un fonds pour les victimes

La Maison Blanche veut répondre à l’explosion mondiale des escroqueries numériques. Un décret présidentiel prévoit indemnisation des victimes et offensive coordonnée contre les réseaux criminels transnationaux.

La cyberfraude représente désormais une menace économique majeure pour les États-Unis. Chaque année, des escroqueries en ligne dérobent des milliards de dollars aux particuliers américains. Face à cette situation, l’administration Trump a publié un décret présidentiel ordonnant une réponse coordonnée de l’ensemble du gouvernement. Objectif affiché : démanteler les organisations criminelles transnationales à l’origine de ces arnaques et créer un mécanisme d’indemnisation pour les victimes. Le texte prévoit la mobilisation de plusieurs ministères, l’exploitation des capacités du secteur privé de cybersécurité et une pression diplomatique accrue contre les États accusés d’héberger ou de tolérer ces réseaux.

Un plan fédéral contre l’économie mondiale de la cyberfraude

Le décret présidentiel publié vendredi fixe un calendrier précis à plusieurs agences fédérales. Elles disposent de 120 jours pour produire un plan d’action détaillant les mesures destinées à prévenir, perturber, enquêter et démanteler les organisations criminelles transnationales impliquées dans la cybercriminalité.

Ce plan doit notamment viser les réseaux opérant des centres d’escroquerie, souvent situés hors du territoire américain. Ces structures sont spécialisées dans les arnaques financières numériques, allant de faux investissements à des escroqueries sentimentales. Selon le FBI, ces dispositifs criminels soutirent environ 12,5 milliards $ par an aux citoyens américains, soit environ 11,5 milliards d’euros.

Le décret prévoit également la création d’une cellule opérationnelle au sein du National Coordination Center. Cette unité doit centraliser les efforts fédéraux contre ces organisations criminelles. Elle rassemblera plusieurs administrations : Département d’État, Trésor, Défense, Sécurité intérieure et Justice.

La Maison Blanche souligne que l’objectif consiste à améliorer la circulation du renseignement, la coordination opérationnelle et la rapidité de réaction entre institutions. Le dispositif doit également rester aligné sur les cadres juridiques déjà utilisés par les autorités américaines pour lutter contre les cybermenaces provenant de juridictions étrangères.

Le secteur privé pourrait être mobilisé dans ce dispositif. Les entreprises spécialisées en cybersécurité disposent de capacités techniques et de renseignement sur les menaces qui peuvent aider à attribuer les attaques, suivre les infrastructures criminelles et perturber les opérations des acteurs malveillants.

L’administration américaine considère ces activités comme un phénomène structuré et transnational. Rançongiciels, logiciels malveillants, hameçonnage, chantage sexuel, usurpation d’identité ou fraude financière constituent les principales techniques utilisées par ces groupes.

Washington estime que certains régimes étrangers offrent un soutien implicite ou direct à ces réseaux criminels. Selon la Maison Blanche, ces activités alimentent une économie clandestine mêlant fraude numérique, coercition, travail forcé et parfois traite d’êtres humains.

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Vers un mécanisme d’indemnisation des victimes

Le décret introduit également un élément inédit dans la stratégie américaine contre la cybercriminalité : un programme d’indemnisation des victimes.

Dans un délai de 90 jours, l’administration devra définir un mécanisme permettant de restituer aux victimes une partie des fonds récupérés lors des opérations judiciaires. Les montants proviendront d’actifs saisis, confisqués ou récupérés auprès des organisations criminelles responsables de ces escroqueries numériques.

Cette approche repose sur un constat simple. Les autorités américaines récupèrent régulièrement des sommes importantes lors d’enquêtes internationales, mais les modalités de redistribution restent souvent floues pour les victimes.

La semaine précédant l’annonce, les autorités ont saisi plus de 2 millions $ (1,84 million d’euros) auprès d’escrocs égyptiens. L’année précédente, le ministère de la Justice avait également annoncé la saisie d’environ 15 milliards $ en bitcoins, soit près de 13,8 milliards d’euros, sur des comptes liés selon l’accusation au dirigeant d’un conglomérat cambodgien suspecté d’avoir dirigé un vaste empire d’escroquerie.

Nicole Tisdale, ancienne responsable du Conseil de sécurité nationale à la Maison Blanche, estime que le décret marque un changement stratégique. Elle souligne que la cybercriminalité ignore les frontières juridiques alors que les réponses institutionnelles restent souvent fragmentées.

Selon elle, le texte impose explicitement une coordination de l’ensemble de l’appareil fédéral autour d’un objectif commun : protéger les victimes et renforcer la réponse opérationnelle.

Le décret prévoit également des mesures de pression diplomatique contre les pays accusés d’abriter ces réseaux criminels. Les outils envisagés incluent la réduction de l’aide étrangère, l’application de sanctions ciblées, des restrictions de visas ou encore des sanctions commerciales. Le texte mentionne aussi l’expulsion immédiate de responsables ou diplomates étrangers considérés comme complices.

Le directeur national de la cybersécurité, Sean Cairncross, a expliqué que la publication du décret coïncidait volontairement avec la nouvelle stratégie nationale de cybersécurité. L’objectif consiste à mobiliser l’ensemble des instruments de puissance américains, y compris la diplomatie.

Le Département d’État devra ainsi développer une stratégie diplomatique pour pousser les gouvernements étrangers à agir contre les centres d’escroquerie présents sur leur territoire.

Dans cette logique, le ministère de la Justice prévoit d’augmenter les arrestations et les procédures d’extradition visant les responsables de ces réseaux criminels.

L’enjeu dépasse la simple cyberdéfense. Pour Washington, il s’agit désormais de s’attaquer à une industrie criminelle mondialisée dont l’infrastructure numérique constitue l’un des piliers.

La bataille contre la cyberfraude devient ainsi un dossier mêlant renseignement, diplomatie et guerre économique numérique.

Flickr alerte sur une fuite via un prestataire d’e-mails

Une faille chez un fournisseur tiers a pu exposer des données d’abonnés Flickr. L’entreprise bloque l’accès en quelques heures et redoute surtout une vague d’hameçonnage ciblant ses 35 millions d’utilisateurs mensuels.

Flickr a averti ses utilisateurs d’une possible fuite de données liée à une faille dans les systèmes d’un prestataire de messagerie tiers. L’entreprise dit avoir découvert l’incident le 5 février 2026 et avoir bloqué l’accès au système compromis quelques heures plus tard. Selon Flickr, les identifiants de connexion et les informations financières ne sont pas concernés. En revanche, des données pourraient avoir été exposées, notamment noms d’utilisateur, adresses e-mail, surnoms Flickr, types de comptes, adresses IP, données de géolocalisation et informations d’activité. Les utilisateurs sont invités à vérifier leurs paramètres et à se méfier du phishing. Flickr enquête et renforce ses contrôles fournisseurs.

Une brèche indirecte, et le risque de phishing à grande échelle

L’alerte ne vient pas d’un piratage frontal de Flickr, mais d’un angle souvent sous-estimé : la dépendance à un prestataire. Le service d’hébergement de photos indique qu’une faille de sécurité dans les systèmes d’un fournisseur de messagerie tiers a pu permettre à des pirates d’accéder à des informations d’abonnés. L’entreprise dit avoir eu connaissance du problème le 5 février 2026, puis avoir bloqué l’accès au système compromis quelques heures plus tard.

Flickr précise que les identifiants des utilisateurs et les informations financières n’ont pas été affectés. Cette ligne de défense est essentielle, mais elle ne supprime pas le principal danger opérationnel : l’attaquant n’a pas forcément besoin de mots de passe pour provoquer des dégâts. Des données comme les noms, les adresses e-mail, les surnoms Flickr, les types de comptes, les adresses IP, la géolocalisation et des informations d’activité suffisent à fabriquer des messages de fraude crédibles, personnalisés et difficiles à distinguer d’une communication légitime.

Le contexte donne la mesure du risque. Fondé en 2004, Flickr reste un acteur majeur, revendiquant plus de 28 milliards de photos et de vidéos. La plateforme est utilisée par 35 millions de personnes chaque mois et totalise 800 millions de pages vues. Une exposition même partielle peut donc fournir une base de ciblage massive pour des campagnes de hameçonnage, de prise de compte par tromperie, ou de collecte secondaire via de faux formulaires de support.

Flickr ne communique pas le nom du prestataire touché ni le nombre d’utilisateurs concernés. Ce silence complique l’évaluation externe, mais il ne change pas la logique de menace : dès que des coordonnées et des signaux d’usage circulent, les fraudeurs peuvent orchestrer des attaques “à la bonne adresse”, au bon moment, avec un récit cohérent.

Ce que Flickr demande aux utilisateurs, et ce que l’incident révèle

Dans les notifications par courriel, les utilisateurs potentiellement concernés sont invités à vérifier les paramètres de leur compte pour détecter toute modification suspecte. L’entreprise leur demande aussi de redoubler de prudence face aux messages d’hameçonnage, car des pirates pourraient exploiter des données volées pour usurper l’identité de Flickr. Elle rappelle un point de repère simple : Flickr ne demande jamais un mot de passe par e-mail.

L’entreprise indique enquêter sur l’incident, renforcer son architecture et resserrer ses contrôles sur les fournisseurs tiers. L’aveu implicite est celui d’une surface d’attaque élargie : même si le cœur du service n’est pas touché, un maillon périphérique peut exposer des informations suffisamment riches pour alimenter une fraude rentable. Dans ce schéma, le renseignement utile pour l’attaquant n’est pas le contenu des comptes, mais les métadonnées permettant de choisir une victime, de la profiler et de la convaincre.

À l’échelle cyber, l’épisode illustre une règle constante : les compromis “indirects” via prestataires transforment des données de contact en armes, et déplacent la bataille vers la détection de faux messages et la discipline des accès.

Europol alerte sur le crime autonome à l’horizon 2035

Drones, robots sociaux, véhicules sans pilote : Europol décrit un futur où la machine sert autant à surveiller qu’à frapper. D’ici 2035, la criminalité pourrait devenir plus discrète, plus rapide, plus scalable.

Dans son rapport « L’avenir sans pilote : l’impact de la robotique et des systèmes autonomes sur les forces de l’ordre », Europol avertit que robots, drones et systèmes autonomes peuvent transformer la criminalité d’ici 2035. L’agence estime que l’usage criminel existe déjà et pourrait s’étendre à la contrebande, l’intimidation de masse, la fraude et l’exploitation sexuelle des enfants. Le document identifie quatre tendances motrices : convergence IA-technologies, essor industriel de la robotique, intégration sociale croissante et guerre comme accélérateur d’innovation. Europol envisage des scénarios incluant reconnaissance longue durée, attaques coordonnées contre infrastructures, manipulation via robots sociaux, et défis juridiques sur responsabilité et preuve.

Des machines pour voler, suivre, intimider

Europol ne parle pas d’un gadget de plus, mais d’un changement de décor. Dans « L’avenir sans pilote : l’impact de la robotique et des systèmes autonomes sur les forces de l’ordre », l’agence projette un monde où les machines se glissent partout, dans les rues, les entrepôts, les foyers, et deviennent des outils de crime aussi banals que le smartphone l’a été pour les escrocs. Catherine De Bolle, directrice exécutive d’Europol, pose le cadre : l’intégration des systèmes sans pilote dans des actes illégaux « est déjà une réalité », et la question n’est plus de savoir si ces technologies seront détournées, mais comment criminels et terroristes s’en empareront dans les prochaines années. Son parallèle avec Internet et les téléphones intelligents est un avertissement : les opportunités sont immenses, les angles morts aussi.

Le rapport attribue cette bascule à quatre forces. D’abord la convergence, l’IA mêlée au reste, capteurs, navigation, communications, fabrication. Ensuite l’expansion industrielle de la robotique, qui rend ces objets plus accessibles, plus variés, plus remplaçables. Puis l’intégration sociale, car la machine n’est plus cantonnée à l’usine, elle entre dans la vie quotidienne. Enfin la guerre, décrite comme moteur d’innovation, qui accélère la diffusion de méthodes et d’outils.

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À partir de là, Europol déroule des scénarios. L’un imagine des centres-villes confrontés à davantage d’attaques impliquant des robots, tandis que des travailleurs déplacés manifestent devant des entrepôts automatisés. La tension est double : choc économique et montée de délits, cybercriminalité, vandalisme, vol organisé. Les autorités, elles, doivent concilier l’efficacité d’un monde automatisé avec une exigence qui ne s’automatise pas : la confiance du public.

Europol insiste aussi sur une criminalité plus « fonctionnelle« . Des drones employés pour des vols. Des véhicules autonomes provoquant des blessures à des piétons. Et surtout la reconnaissance longue durée, le renseignement patient, effectué par des systèmes sans pilote capables de surveiller, de suivre, de collecter, au service d’intentions malveillantes comme ce fût le cas pour une tentative d’enlévement d’une professionnelle de la cryptomonnaie. Le fil conducteur est clair : l’autonomie abaisse le coût de la présence. On n’a plus besoin d’un guetteur humain en bas d’un immeuble si une machine observe à sa place.

Le rapport convoque également l’exemple des « drones de garage » popularisés par la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, avec une référence à l’opération « Toile d’araignée« , décrite comme une frappe coordonnée contre cinq bases aériennes russes majeures. L’enseignement, côté criminalité, est inquiétant : si des plans circulent et que des chaînes d’approvisionnement se structurent, des capacités jadis militaires peuvent devenir « assemblables », adaptables, et donc imitables.

Quand la vie privée s’efface, la loi vacille

Le scénario le plus anxiogène est celui d’une quasi-disparition de la vie privée. Europol imagine des systèmes assez puissants pour observer presque tout le monde, presque partout, presque tout le temps. Selon leur configuration, ils pourraient collecter des données à l’insu des personnes, sans consentement explicite. Dans un monde déjà saturé de capteurs, l’autonomie n’ajoute pas seulement des yeux, elle ajoute de la persistance, et donc une mémoire exploitable.

Le rapport pousse la fiction opérationnelle plus loin : de petites cellules extrémistes dotées de quadricoptères de poche guidés par IA et de drones sous-marins chenillés, construits à partir de plans CAO disponibles mondialement, avec blindage composite imprimé en 3D. Il évoque aussi des liaisons, anciennes fibres optiques enroulées ou lasers à impulsions courtes, qui rendraient ces machines presque invisibles jusqu’aux dernières secondes, ouvrant la voie à des attaques coordonnées contre des infrastructures critiques. Le message sous-jacent est une convergence des domaines : innovations militaires, criminalité, maintien de l’ordre, tout se mélange.

Ce brouillage pose des questions que les forces de l’ordre se posent déjà et qui deviendront quotidiennes. Comment « interroger » un robot ? Comment évaluer l’intention d’un humanoïde, ou reconstituer la cause d’un incident impliquant une voiture autonome ? Le problème n’est pas philosophique, il est probatoire. La machine produit des logs, mais qui les détient, qui les altère, qui les comprend, et selon quelles règles ?

Vient alors la question de la responsabilité. Si un système autonome enfreint la loi, qui répond ? Le propriétaire, le fabricant, le développeur, ou le système lui-même ? Europol estime que le droit actuel ne permet pas de trancher avec certitude. Face à ces menaces, les chercheurs recommandent une approche conjointe pour renforcer les capacités des forces de l’ordre, au niveau national et européen. Et le rapport renvoie aussi les entreprises à une obligation simple, mais rarement anticipée : intégrer la sécurité dès l’adoption de l’IA ou de la robotique, identifier les risques avant le déploiement, et les traiter avant qu’ils ne deviennent des usages criminels.

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Cyberattaque contre Co-op : un manque à gagner de 200 millions d’euros !

Une attaque informatique au printemps a privé Co-op de 274 millions € de revenus, perturbé ses approvisionnements et exposé les données personnelles de 6,5 millions de membres.

Le distributeur britannique Co-op a révélé que la cyberattaque d’avril lui a coûté 206 M£ (274 M€) de revenus, touchant principalement son activité alimentaire. L’incident a entraîné des rayons vides, des systèmes mis hors ligne et la compromission des données de ses 6,5 millions de membres. Selon l’entreprise, les pertes directes de profit se chiffrent à 80 M£ (107 M€). L’enquête a conduit à l’arrestation de quatre personnes, dont un mineur, soupçonnés d’être liés au groupe criminel Scattered Spider. Co-op affirme avoir évité le verrouillage complet de ses systèmes grâce à une déconnexion préventive de ses réseaux, mais reste marqué par un affaiblissement de sa compétitivité face à ses rivaux.

Un réseau fragilisé par l’attaque

L’attaque a été détectée en avril. Pour limiter sa propagation, Co-op a choisi de couper volontairement ses systèmes centraux, ce qui a réduit immédiatement la disponibilité des produits en magasin. Les semaines suivantes, les clients ont constaté des rayons vides et des promotions suspendues. Le rapport semestriel précise que l’activité alimentaire a été la plus affectée. La direction a reconnu que la concurrence a profité de la situation pour capter une partie de la clientèle. Malgré la poursuite des ventes, la rentabilité a plongé, avec un manque à gagner de 80 millions de £ (107 millions €) rien que sur le premier semestre.

 

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Un mode opératoire attribué à Scattered Spider

Les enquêteurs soupçonnent que les attaques visant Co-op, M&S et Harrods soient reliées au groupe Scattered Spider, une constellation de jeunes pirates actifs dans l’intrusion de réseaux d’entreprises. Quatre suspects ont été arrêtés en juillet, dont un adolescent. Cette proximité entre acteurs très jeunes et attaques de grande ampleur illustre la difficulté à anticiper l’origine des menaces. Le mode opératoire évoqué s’inscrit dans la tendance des assaillants à viser simultanément plusieurs cibles commerciales, exploitant les dépendances technologiques de la distribution moderne.

Des données massivement compromises

Bien que Co-op ait évité un verrouillage complet par rançongiciel, la fuite de données a touché l’ensemble de ses 6,5 millions de membres. Les informations personnelles compromises alimentent désormais la crainte d’un usage ultérieur par des groupes criminels pour de l’usurpation d’identité ou du chantage. La direction a insisté sur le fait que les équipes ont travaillé sans relâche pour restaurer les opérations et protéger les infrastructures. Mais la perte de confiance reste un enjeu majeur. Dans un secteur où la fidélisation repose sur la sécurité perçue des systèmes de paiement et des données clients, l’atteinte est autant réputationnelle que financière.

L’affaire Co-op souligne la vulnérabilité des chaînes de distribution aux attaques coordonnées et la porosité croissante entre cybercriminalité juvénile et opérations structurées. La question demeure : jusqu’où les enseignes britanniques sont-elles capables d’anticiper de telles menaces et de protéger durablement leurs données sensibles ?

 

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Un EDR Killer partagé entre groupes de ransomware

Un outil furtif circule entre groupes de ransomware. Il désarme les antivirus, contourne les protections, s’améliore par usage. Sophos sonne l’alerte : la menace est désormais coopérative.

 

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Depuis 2022, un programme malveillant conçu pour désactiver les protections informatiques – baptisé « EDR Killer » – est partagé, adapté et utilisé par plusieurs groupes de ransomware parmi les plus dangereux. Sophos, entreprise de cybersécurité, a récemment révélé l’ampleur de cette coopération souterraine entre acteurs malveillants. Ce « tueur d’antivirus », indétectable grâce au chiffrement HeartCrypt et signé avec des certificats numériques frauduleux, cible toutes les principales solutions de sécurité du marché. Il s’intègre en amont des attaques, neutralisant les défenses des victimes avant même que le ransomware n’agisse. Ce phénomène illustre un tournant stratégique dans la cybercriminalité : des ennemis qui partagent leurs outils comme s’ils constituaient un arsenal collectif contre les systèmes de défense.

Une bombe invisible glissée dans les chaînes d’attaque

Août 2025. Une équipe de réponse à incident s’interroge sur l’échec des systèmes de détection d’une entreprise britannique frappée par le ransomware Medusa. Tous les outils de sécurité avaient été désactivés sans alerte. Pas de signal, pas d’alarme, pas même une trace résiduelle dans les journaux système. Rien qu’un silence avant le chaos.

C’est dans cette zone d’ombre que s’est glissé le « EDR Killer », un outil autonome, insidieux, sophistiqué, capable de tuer silencieusement la majorité des solutions de cybersécurité utilisées par les entreprises : Microsoft Defender, Bitdefender, Sophos, McAfee, SentinelOne, Webroot, et bien d’autres.

Les équipes de Sophos, en enquêtant sur plusieurs attaques coordonnées depuis 2022, ont constaté un phénomène inquiétant : le même outil, utilisé par plusieurs groupes sans lien apparent. Medusa, Blacksuit, Qilin, DragonForce, INC. Des groupes parfois rivaux, souvent concurrents dans leurs méthodes, mais qui, ici, partageaient un même couteau numérique. Mieux encore, chacun d’eux utilisait une version adaptée du code. Preuve d’une circulation technique, non pas d’une simple copie.

Des mécanismes d’effacement et de camouflage maîtrisés

Le « EDR Killer » n’est pas une simple charge virale. Il est préparé comme une arme tactique. Il ne chiffre pas les données. Il ne vole rien. Il prépare le terrain.

En amont de l’attaque finale, il désactive les agents de surveillance, coupe les connexions aux services cloud de sécurité, et tue les processus critiques liés à la détection comportementale. Il le fait en mémoire, sans écrire de fichiers persistants, rendant son analyse post-mortem quasi impossible.

Pour échapper aux antivirus eux-mêmes, le binaire est obfusqué par HeartCrypt, un service commercial illégal fonctionnant selon le modèle « packer-as-a-service ». Il chiffre les exécutables, empêche la rétro‑ingénierie, et peut muter à chaque exécution, comme un virus biologique contournant les vaccins.

Mais le plus remarquable reste l’utilisation de certificats numériques volés ou expirés, qui permettent à l’outil d’installer des pilotes système avec les droits les plus élevés. Ainsi, les protections profondes du noyau Windows sont elles aussi désactivées, ouvrant la voie au déploiement du ransomware proprement dit.

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Une convergence inquiétante entre acteurs criminels

L’enquête de Sophos ne s’est pas arrêtée à l’analyse technique. Très vite, un élément stratégique est apparu : les multiples versions de l’outil n’étaient pas identiques. Chaque groupe criminel semble avoir obtenu, modifié et adapté le code à ses propres chaînes d’attaque. Ce n’est pas un simple exécutable partagé, mais un projet logiciel, vivant, distribué.

Ce phénomène rappelle les logiques de coopération entre mafias numériques : partage de ressources, vente de services spécialisés, mutualisation de moyens. HeartCrypt, par exemple, est commercialisé sur les forums clandestins à des prix variant selon le niveau de personnalisation. Des criminels y vendent des solutions de chiffrement sur mesure, avec signature valide, support client, mises à jour hebdomadaires.

Ainsi, un opérateur ransomware peut commander un « EDR Killer » customisé, obfusqué, certifié, prêt à l’emploi. Il l’intègre ensuite dans sa chaîne d’exploitation. Cette industrialisation des moyens techniques marque une nouvelle étape dans l’économie souterraine du cybercrime, où l’optimisation opérationnelle prime sur l’exclusivité.

Une opération éclair : SimpleHelp comme point d’entrée

Un cas précis illustre la redoutable efficacité de ce schéma. En mai 2025, Medusa a exploité une vulnérabilité zero-day dans la plateforme de support à distance SimpleHelp. En quelques minutes, l’EDR Killer est injecté, les défenses abattues. Le ransomware prend alors le contrôle. Aucun antivirus ne s’est réveillé.

Le vecteur initial (SimpleHelp) était légitime. Le code était signé. Les protections désactivées proprement. Pour les victimes, la sidération a été totale. Pour les experts en sécurité, un rappel brutal : même les outils de gestion IT peuvent devenir des armes contre les réseaux qu’ils protègent.

L’incident révèle une évolution stratégique majeure dans l’univers du cybercrime. D’abord, on assiste à une désintermédiation des phases d’attaque : en désactivant les EDR au tout début de l’intrusion, les assaillants éliminent la première ligne de défense, celle qui agit en temps réel, réduisant à néant les capacités de réaction automatisée. La chaîne d’attaque devient silencieuse, plus rapide, plus létale.

Ensuite, cette affaire fournit la preuve concrète d’un partage d’outils entre groupes traditionnellement indépendants. Ce ne sont plus des tactiques uniques, mais des briques logicielles mutualisées, adaptées localement selon les cibles. Cette convergence suggère l’émergence d’un véritable marché noir modulaire où chaque groupe assemble son propre kit d’agression.

Par ailleurs, la dépendance croissante à des services criminels spécialisés, comme HeartCrypt, témoigne d’un écosystème structuré. Ces services d’obfuscation et de chiffrement opèrent selon des logiques commerciales classiques, avec catalogue, support, mises à jour. Cela rapproche de plus en plus les réseaux cybercriminels d’un modèle industriel, où la sophistication est achetée à la demande.

Enfin, cette dynamique pose un défi renouvelé au renseignement technique. Il ne suffit plus d’analyser des souches virales isolées : il faut désormais cartographier les flux technologiques, identifier les empreintes des fournisseurs, suivre les patterns d’obfuscation. La guerre n’est plus seulement contre un virus, mais contre une logique collaborative qui dépasse chaque attaque.

Que peut faire la défense face à cette menace mutante ?

Face à cette mutation du paysage numérique, la riposte ne peut être uniquement technique. D’abord, il est essentiel de renforcer la surveillance active des marchés clandestins, là où les outils comme HeartCrypt sont distribués, évalués, améliorés. L’enjeu est de comprendre les cycles de vie des outils, de détecter les variantes dès leur phase de test.

En parallèle, les acteurs de la cybersécurité doivent développer des mécanismes de détection comportementale capables d’identifier les symptômes d’un EDR Killer, même si celui-ci reste inconnu en signature. Cela suppose un changement de paradigme, passant de la reconnaissance de fichiers à l’analyse des effets systémiques.

Il devient également crucial de durcir la gestion des pilotes système. Trop souvent, des certificats numériques volés ou expirés sont encore tolérés par les systèmes d’exploitation. Réformer cette tolérance permettrait de réduire considérablement la surface d’attaque.

Enfin, la collaboration entre entreprises, y compris concurrentes, doit devenir une norme. Si un outil est partagé entre cybercriminels, il peut aussi être détecté collectivement. Les mécanismes de threat intelligence mutualisée, ouverts, intersectoriels, peuvent faire émerger une défense coordonnée à la hauteur d’une attaque elle-même collaborative.

 

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La cybercriminalité est devenue la préoccupation n°1 des individus devant les agressions physiques

Selon l’étude SOS Cybercrime d’Affinion*, les mythes sur la cybercriminalité sont présents dans le monde entier. Un tiers de la population (35 %) croit, à tort, que le Wi-Fi public doit disposer d’une sécurité efficace, conformément à la loi (ce chiffre atteint 58 % en Turquie). De même, moins de la moitié de la population (46 %) sait que https:// signifie qu’un site internet est sécurisé (seulement 35 % en Suède et en Norvège) et un tiers de la population (33 %) n’est pas consciente que l’utilisation d’un même mot de passe pour plusieurs comptes augmente le risque de fraude. Ces informations sèment la confusion parmi les consommateurs et complexifient encore plus la lutte contre la cybercriminalité.

Le rapport, basé sur des recherches menées auprès de plus de 13 000 répondants dans 12 pays, révèle des lacunes majeures en matière de sensibilisation, ainsi que des inquiétudes à l’égard de la cybercriminalité. Le Brésil arrive en tête du classement mondial des pays les plus préoccupés par la cybercriminalité, suivi par les États-Unis (75 %) et l’Espagne (73 %).

Curieusement, les consommateurs sont davantage préoccupés par la cybercriminalité que par toute autre forme de criminalité – 61 % des consommateurs sont très ou légèrement préoccupés par la cybercriminalité, tandis que 52 % des personnes interrogées sont préoccupées par les crimes contre la propriété (par exemple les cambriolages), 54 % par la violence physique comme les agressions, et 45 % par la criminalité liée aux véhicules. Selon l’étude, la sensibilisation aux dangers de la cybercriminalité semble augmenter avec l’âge ; les personnes interrogées âgées de 18 à 24 ans étaient plus préoccupées par la violence physique que par la cybercriminalité, tandis qu’à partir de 35 ans, la cybercriminalité est considérée comme le risque le plus important.

Un tiers des personnes a déjà été victime, directement ou indirectement, d’usurpation d’identité. Les faux appels, liens envoyés par e-mail ou SMS, sont les formes les plus courantes de cybercriminalité (65 % de personnes concernées), suivis du piratage de comptes sur les réseaux sociaux ou d’adresses e-mail (56 % de personnes concernées), et des transactions financières frauduleuses (55 % de personnes concernées).

Les femmes sont plus particulièrement préoccupées que les hommes, toutes formes de criminalité confondues. La plus grande différence entre les genres concerne les fraudes relatives aux achats en ligne (67 % de femmes contre 59 % d’hommes), l’usurpation d’identité (68 % contre 60 %) et les transactions frauduleuses (69 % contre 61 %).

D’après l’étude, 70 % des personnes interrogées estiment que leur préoccupation s’accentue, car elles s’aperçoivent que le nombre d’incidents est en augmentation ; 46 % ont indiqué que c’était dû à une couverture médiatique plus importante du problème et 30 % parce qu’elles connaissent quelqu’un qui a été victime de cybercriminalité. Un tiers d’entre elles a indiqué se sentir plus vulnérable, car elles disposent de plusieurs comptes en ligne, et ressentir, par conséquent, une inquiétude accrue.

En ce qui concerne la lutte contre la cybercriminalité, un nombre impressionnant de personnes interrogées ne se sentent pas capables de se prémunir de la cybercriminalité (55%) et seulement 25 % estiment pouvoir résoudre un cybercrime. (étude)

A noter que le blog ZATAZ propose un service de veille concernant les données des internautes. ZATAZ surveille plus de 5 000 sites pirates et blackmarket, ce qui permet d’alerter sur des données volées/piratées dans la seconde de la découverte.

Cybercriminalité 2017 : personne n’est épargné

Cybercriminalité : 6 mois après la publication de ses prédictions pour l’année 2017, ESET® revient sur les tendances essentielles. La multiplication des attaques sur mobiles et IoT, la prise de contrôle des infrastructures critiques, la protection de la vie privée des utilisateurs, les cybermenaces sur le secteur de la santé et l’élargissement des cyberattaques aux gamers. En voici un extrait.

Cybercriminalité et mobiles ! Sur la plateforme Android, de janvier à mai 2017, 255 failles de sécurité ont été découvertes. Il s’agit de près de la moitié du nombre total de failles de l’année 2016. Pour les codes malicieux, 300 nouveaux échantillons de malwares Android sont découverts en moyenne chaque mois […]. De plus, 224 failles de sécurité ont été signalées en mai 2017 sur la plateforme iOS, soit 63 de plus qu’en 2016. Parmi elles, 14% sont considérées comme critiques.

Les infrastructures critiques de type SCADA

Cybercriminalité et l’augmentation et la sophistication d’attaques sur des infrastructures critiques. Le malware Industroyer découvert par ESET au mois de juin en est un parfait exemple. […] ESET précise que les infrastructures critiques ne se limitent pas aux réseaux électriques. À l’ère du numérique, elles englobent de plus en plus les systèmes d’ingénierie tels que les chaînes d’approvisionnement et Internet lui-même.

Protéger la vie privée des utilisateurs, un enjeu mondial

2018 protègera davantage les données des utilisateurs. Grâce au RGPD (GDPR en anglais), ils pourront jouir de leur droit à l’oubli et supprimer/gérer les informations les concernant. Parallèlement, la Chine a également adopté une nouvelle loi […]. Ainsi, de nombreux efforts sont faits à l’échelle internationale afin de légiférer les droits des utilisateurs concernant leur vie privée.

La santé, secteur cible numéro 1

La transformation digitale du secteur de la santé attiret les cybercriminels. Doit-on s’inquiéter du traitement de nos données par les professionnels de santé ? […] En 2017, certains hôpitaux européens notamment du Royaume-Uni (dont 48 services de santé publics) ont dû suspendre leurs services et quelques dispositifs médicaux suite à l’infection de leurs systèmes par des malwares.

L’industrie du jeu vidéo

Les ressources, informations et profils des joueurs sont devenus de plus en plus précieux. Outre les trafics internationaux de comptes volés appartenant à des joueurs et l’obtention de monnaie virtuelle de manière frauduleuse […] ESET a découvert un nouveau type de ransomware, le rensenware : au lieu d’exiger une rançon financière pour récupérer les fichiers chiffrés, il demande à la victime de jouer à un jeu vidéo japonais jusqu’à obtenir un score élevé, le niveau « lunatic ».