Comment devenir pentester sans brûler les étapes

Devenir pentester demande bien davantage qu’une certification : le métier se construit après une vraie expérience des systèmes, des réseaux et de la défense opérationnelle au quotidien.

Le pentest attire par sa dimension offensive, ses scénarios d’intrusion et sa proximité avec le renseignement cyber. Cette image masque toutefois une réalité exigeante : les recruteurs confient rarement leurs tests d’intrusion à des profils débutants. Avant d’attaquer un système, il faut savoir l’administrer, comprendre ses flux, analyser ses journaux et mesurer les conséquences d’une mauvaise manipulation. Le parcours passe donc souvent par un poste d’analyste SOC, d’administrateur système et réseau ou d’ingénieur cybersécurité. Cette expérience défensive constitue un avantage décisif. Elle permet ensuite de conduire des audits crédibles, de produire des rapports exploitables et de proposer des corrections adaptées aux contraintes réelles.

Le pentest, un métier moins spectaculaire qu’il n’y paraît

Le quotidien d’un pentester ne consiste pas à lancer quelques outils automatiques contre une cible. Chaque mission commence par un périmètre précis, des règles d’engagement et des objectifs définis. Le consultant doit comprendre l’environnement évalué, identifier les chemins d’attaque possibles, vérifier ses hypothèses et limiter les risques de perturbation. Une vulnérabilité découverte n’a de valeur que si son impact peut être démontré sans mettre le système en danger.

La phase technique ne représente qu’une partie du travail. Le pentester documente ses actions, conserve des preuves, classe les failles et rédige un rapport compréhensible par plusieurs publics. Les équipes techniques attendent des indications reproductibles. La direction cherche une lecture claire du risque. Les responsables de la sécurité veulent savoir quelles mesures appliquer en priorité. La restitution orale, le suivi des corrections et la capacité à expliquer une chaîne d’attaque comptent donc autant que l’exploitation elle-même.

Cette réalité impose un socle non négociable. L’administration de systèmes permet de comprendre les droits, les services, les configurations et les mécanismes d’authentification. Les réseaux apportent la maîtrise des protocoles, des flux et de la segmentation. Le web exige de saisir le fonctionnement des applications, des sessions et des échanges avec les serveurs. Bash reste indispensable pour automatiser des tâches, manipuler des données et travailler efficacement sous Linux.

Sans ces bases, les outils deviennent des boîtes noires. Le candidat sait parfois déclencher un scanner, sans pouvoir interpréter correctement son résultat. Il peut reproduire une démonstration, sans comprendre pourquoi elle fonctionne ni comment l’adapter. Or le pentest repose précisément sur cette capacité d’analyse. Une mission réelle ne suit pas un scénario pédagogique parfaitement balisé.

Le passage par la défense répond à cette exigence. Un analyste SOC apprend à examiner les alertes, reconstruire une chronologie et reconnaître les traces laissées par un attaquant. Un administrateur système et réseau comprend les contraintes de production, les dépendances et les erreurs de configuration courantes. Ces expériences donnent au futur pentester une vision concrète du terrain.

L’approche Purple Team prolonge cette logique. Elle rapproche les pratiques offensives de la détection et de la réponse défensive. Comprendre comment une attaque apparaît dans les journaux aide à choisir des techniques plus pertinentes. Savoir comment un SOC enquête permet aussi de produire des recommandations directement utilisables. Les employeurs recherchent cette capacité à relier compromission, détection, remédiation et gouvernance.

Construire une progression technique crédible

La formation doit accompagner cette montée en compétence, sans présenter le pentest comme une porte d’entrée immédiate. Chez Jedha, le parcours suit trois niveaux. Une initiation de 75 heures permet d’acquérir les premiers repères. Le niveau central repose ensuite sur une Formation Cybersécurité de 450 heures. Il s’adresse aux personnes qui envisagent de suivre une reconversion grâce à une formation en cybersécurité avec un objectif professionnel clairement défini.

Le programme couvre le renseignement sur les menaces, la sécurité des applications, du cloud et des réseaux. Windows Active Directory y est étudié en profondeur. Un bloc Purple Team associe SOC, investigation numérique, gouvernance, gestion des risques, conformité et pratiques Red Team. Cette articulation évite d’isoler l’offensif du reste de la sécurité.

L’entrée dans ce parcours suppose déjà des bases en cybersécurité, administration système, réseaux, web et Bash. La formation prépare notamment aux fonctions d’analyste SOC de niveau 1, d’ingénieur cybersécurité, d’administrateur système et réseau ou de RSSI junior. Ces postes peuvent constituer une première étape avant une spécialisation offensive.

Le cursus coûte 7 500 €. Il se déroule sur trois mois à temps plein ou sept mois à temps partiel. Le coaching carrière est inclus. Le financement peut mobiliser le CPF ainsi que certaines aides de France Travail et des régions. Selon les chiffres communiqués par Jedha, 96 % des personnes formées sur le parcours Cyber occupent un poste un an après leur formation. Un troisième niveau de 150 heures aborde ensuite le pentest avancé et la gestion de crise.

D’autres voies restent pertinentes. Les licences, masters et diplômes universitaires offrent une progression académique structurée. Les écoles d’ingénieurs permettent d’approfondir l’informatique, les réseaux et la sécurité. Guardia fait également partie des établissements spécialisés pouvant être étudiés.

Les certifications offensives ou éditeurs peuvent compléter ce parcours. OSCP, CEH, PECB, AWS et Microsoft répondent à des objectifs différents. Leur intérêt dépend du niveau initial, du poste visé et de l’environnement technique ciblé. Une certification ne remplace toutefois ni l’administration quotidienne d’un système ni l’expérience d’un incident réel.

Les plateformes d’entraînement, les laboratoires pratiques et les MOOCs disponibles sur Coursera, edX ou Udemy facilitent l’apprentissage régulier. Les formations internationales en anglais élargissent également l’accès aux ressources techniques. Leur efficacité repose sur une pratique constante, une documentation personnelle rigoureuse et la capacité à expliquer chaque action.

Le chemin le plus solide vers le pentest associe donc compétences techniques, expérience défensive et compréhension du risque. Dans une logique de cyber intelligence, savoir observer et défendre reste souvent la meilleure préparation pour attaquer avec pertinence.

Des routeurs vulnérables ciblés par le renseignement russe

Une coalition internationale alerte sur les opérations du FSB russe, qui exploite des routeurs mal configurés afin d’atteindre des infrastructures critiques mondiales.

Les services de cybersécurité et de renseignement de seize pays, dont l’ANSSI,décrivent une campagne durable attribuée au Centre 16 du Service fédéral de sécurité russe. Les opérateurs recherchent des routeurs exposés, utilisent des configurations SNMP faibles, copient leurs paramètres internes et transfèrent ces données vers des serveurs contrôlés. Les communications, l’énergie, la défense, la finance, les administrations et la santé figurent parmi les secteurs les plus menacés. L’avis recommande de désactiver les protocoles anciens, de renforcer l’authentification, de filtrer les flux d’administration et de remplacer les équipements obsolètes. L’enjeu dépasse une simple faille technique : les routeurs compromis peuvent devenir des points d’observation, d’accès et de rebond.

Le FSB exploite les faiblesses ordinaires des réseaux

L’attaque commence sans outil spectaculaire. Les opérateurs associés au Centre 16 du FSB parcourent des plages d’adresses IP pour identifier des équipements accessibles depuis Internet. Leur priorité concerne les agents SNMP acceptant encore des chaînes de communauté courantes ou conservées par défaut.

SNMP permet d’administrer et de superviser des équipements réseau. Ses anciennes versions reposent toutefois sur des mécanismes d’authentification insuffisants. Lorsqu’un routeur autorise des droits d’écriture, un attaquant peut lui transmettre des instructions précises.

Selon l’avis conjoint, les acteurs envoient des requêtes SNMP depuis des infrastructures mandataires. L’adresse source peut être usurpée, ce qui complique l’analyse des journaux. Les commandes contiennent des identifiants d’objets, appelés OID, qui indiquent au routeur quelle opération exécuter.

L’équipement ciblé reçoit alors l’ordre de copier sa configuration dans un fichier. Celui-ci porte souvent un nom banal, comme « config.bkp » ou « output.txt ». Le routeur transfère ensuite cette archive vers un serveur privé virtuel loué par l’attaquant ou vers un serveur FTP déjà compromis.

Cette configuration peut révéler l’architecture du réseau, les interfaces actives, les règles de routage et certains identifiants. Les mots de passe Cisco enregistrés avec les types 0 ou 7 présentent un risque particulier. Le type 0 conserve les secrets en clair, tandis que le type 7 offre une protection faible.

Les auteurs signalent aussi l’exploitation occasionnelle de Cisco Smart Install, de portails d’administration et de vulnérabilités connues. Deux références apparaissent dans le document : CVE-2018-0171 et CVE-2008-4128. Cette dernière concerne uniquement des équipements Cisco arrivés en fin de vie.

Les techniques décrites recoupent celles observées chez d’autres groupes. L’industrie suit cette activité sous plusieurs appellations, notamment Berserk Bear, Energetic Bear, Crouching Yeti, Dragonfly, Ghost Blizzard et Static Tundra. Ces noms ne correspondent pas nécessairement à une attribution identique entre entreprises et services étatiques.

Le schéma présenté en page 3 résume cette chaîne opératoire. Il relie quatre étapes : reconnaissance, accès initial, extraction de la configuration et réception du fichier par l’attaquant. Cette progression transforme une erreur d’administration apparemment limitée en source de renseignement exploitable.

Les agences recommandent d’abord de désactiver Cisco Smart Install sur tous les équipements. Elles demandent également l’abandon de SNMPv1 et SNMPv2, considérés comme anciens. Lorsque leur maintien reste indispensable, les chaînes de communauté doivent être remplacées et limitées à la lecture.

SNMPv3 constitue l’option privilégiée. Sa configuration « authPriv » ajoute une authentification forte et chiffre les échanges. Le niveau de protection doit employer l’algorithme le plus récent accepté par l’équipement concerné.

Les comptes locaux exigent aussi une attention particulière. Chaque appareil doit utiliser des mots de passe robustes, uniques et stockés de façon sécurisée. Sur les équipements Cisco, l’avis recommande le hachage de type 8. Les types 0, 4 et 7 doivent être évités.

La surveillance doit détecter les identifiants inhabituels et les connexions effectuées avec des comptes locaux. Ces accès devraient rester réservés aux situations d’urgence. Une authentification centralisée, associée si possible à plusieurs facteurs, réduit le risque lié aux secrets isolés sur chaque routeur.

Le filtrage des OID représente une autre barrière. Une liste d’autorisation fondée sur la base MIB du constructeur peut limiter les commandes accessibles. Les systèmes de détection doivent également rechercher les requêtes SNMP visant les fonctions sensibles de copie de configuration.

Les protocoles d’administration ne devraient provenir que de postes dédiés, idéalement placés sur un réseau séparé. Des listes de contrôle d’accès peuvent imposer cette restriction. En périphérie, les agences préconisent de bloquer les ports associés à TFTP, Smart Install et SNMP, sauf nécessité opérationnelle strictement surveillée.

Les ports concernés comprennent UDP 69 pour TFTP, TCP 4786 pour Smart Install, UDP 161 et 162 pour SNMP, ainsi que TCP ou UDP 10161 et 10162 pour SNMPv3. Cette fermeture réduit les possibilités d’exfiltration et d’administration distante non autorisée.

Enfin, les logiciels et micrologiciels doivent rester à jour. Les équipements en fin de support doivent être remplacés. Une gestion continue de la surface d’attaque permet d’identifier les appareils exposés, les configurations faibles et les vulnérabilités connues.

Google cible NetNut, vaste botnet proxy

Le coup porté à NetNut montre comment des appareils domestiques banals peuvent devenir des relais invisibles pour cybercriminalité et opérations d’espionnage.

Google a annoncé, début juillet 2026, une action coordonnée contre NetNut, également suivi sous le nom Popa, l’un des plus grands réseaux malveillants de proxys résidentiels observés sur internet. Menée avec le FBI, Lumen et d’autres partenaires, l’opération vise une infrastructure ayant enrôlé discrètement des millions d’appareils domestiques. Ces équipements servaient ensuite de relais loués à des cybercriminels. Après la perturbation du réseau IPIDEA en janvier 2026, cette nouvelle action confirme une campagne suivie contre un écosystème devenu central pour masquer intrusions, attaques par mots de passe et activités de renseignement.

Un botnet caché dans les salons

Un proxy résidentiel n’est pas un serveur anonyme loué dans un centre de données. Il s’appuie sur une adresse IP attribuée à un véritable abonné internet, dans un logement réel. Pour les systèmes de sécurité, le trafic semble donc provenir d’un foyer ordinaire. Cette apparence rend la détection plus complexe que face à une infrastructure connue de serveurs professionnels. C’est aussi la raison de son attrait pour les attaquants : l’activité malveillante se dissimule derrière l’empreinte numérique d’un utilisateur innocent.

Selon le Threat Intelligence Group de Google, NetNut regrouperait au moins 2 millions d’appareils dans le monde. La taille exacte de tels réseaux reste difficile à établir, car leurs opérateurs les fragmentent, les revendent et les recomposent. Cette estimation suffit toutefois à placer NetNut parmi les réseaux de proxys résidentiels les plus vastes et les plus populaires.

L’enrôlement des appareils suit deux voies principales. Certains produits sont déjà infectés avant leur achat. D’autres rejoignent le réseau après l’installation, par leur propriétaire, d’une application intégrant un code proxy caché. Une fois compromis, l’équipement devient un « exit node », autrement dit un point de sortie pour le trafic d’un tiers. L’utilisateur, lui, ne voit souvent rien.

Les cibles privilégiées ne sont pas des ordinateurs classiques. Les opérateurs s’intéressent aux téléviseurs connectés, boîtiers de streaming, décodeurs et autres appareils de salon que beaucoup de foyers ne considèrent pas comme des machines sensibles. D’après KrebsOnSecurity, un constat confirmé par Google, NetNut distribuait des kits de développement logiciels, ou SDK, destinés à ces équipements. GTIG a aussi identifié des composants de plugins NetNut associés à des botnets de grande ampleur, dont Badbox 2.0.

Le modèle commercial renforce le danger. NetNut ne vendait pas seulement un accès direct à son propre réseau. Il proposait aussi un programme de revente permettant à d’autres sociétés de commercialiser cette capacité sous leur marque. Google dit avoir un haut niveau de confiance dans le fait que plusieurs services connus de « proxy résidentiel » s’appuient en réalité sur le botnet NetNut. Le réseau devient alors une infrastructure commune, masquée par plusieurs vitrines commerciales.

Pour un particulier, l’impact peut être concret. Une adresse IP domestique transformée en couverture peut servir à lancer des intrusions, des tentatives de piratage ou d’autres usages non autorisés. Le fournisseur d’accès risque ensuite d’associer l’activité suspecte au foyer concerné, avec des blocages, des alertes ou une réputation réseau dégradée. Plus inquiétant encore, le trafic non autorisé passant par un appareil compromis peut exposer d’autres équipements présents sur le même réseau local.

Une riposte coordonnée, pas une fin de partie

Les abus observés par Google ne relèvent pas de l’hypothèse. Pendant une seule semaine de juin 2026, GTIG a repéré 316 groupes de menaces distincts utilisant des nœuds de sortie soupçonnés d’appartenir à NetNut. Le mélange comprenait des acteurs cybercriminels et des groupes liés à l’espionnage. Ils utilisaient cette infrastructure pour masquer leur origine lors d’intrusions dans des environnements victimes, ainsi que pour mener des attaques par pulvérisation de mots de passe. Des chercheurs de Synthient, Spur et Nokia Deepfield ont aussi documenté l’usage de NetNut dans l’infection d’appareils par des variantes du botnet DDoS Mirai.

L’action de Google s’est organisée autour de trois leviers. Le premier a consisté à couper le commandement et contrôle, ou C2, en désactivant les comptes et services que NetNut utilisait en violation des conditions d’utilisation et des règles d’usage acceptable de Google. Le deuxième a reposé sur le partage de renseignement technique. GTIG a transmis des éléments sur les SDK de NetNut et son infrastructure backend à des plateformes, à des forces de l’ordre et à des sociétés de recherche. Le troisième volet concerne les utilisateurs Android : Google Play Protect avertit désormais les personnes exposées, désactive les applications connues pour embarquer les SDK NetNut et bloque les nouvelles installations identifiées.

Google estime que ces mesures ont fortement dégradé le réseau et son activité commerciale, en réduisant de plusieurs millions le nombre d’appareils disponibles. L’entreprise souligne toutefois un point essentiel : cet écosystème reste glissant. Après l’action contre IPIDEA, GTIG a observé que certains opérateurs compensaient l’affaiblissement de leur propre botnet en achetant de la capacité auprès de concurrents. Ils deviennent alors revendeurs à leur tour. Le secteur fonctionne par chevauchements, avec des botnets partagés, loués et revendus.

Cette structure limite l’effet d’une opération isolée, même importante. Pour obtenir un impact durable, Google estime nécessaire de maintenir une pression coordonnée sur plusieurs fournisseurs interconnectés, en particulier contre leurs infrastructures C2. L’entreprise appelle les plateformes mobiles, les fournisseurs d’accès internet et les acteurs technologiques à partager davantage de renseignement et à agir directement contre les relais malveillants.

La protection des particuliers repose d’abord sur la prudence. DataSecurityBreach.fr vous rappelle que les applications promettant de rémunérer le « partage de bande passante » ou l’« internet inutilisé » doivent être considérées avec méfiance. Ces offres peuvent ouvrir une brèche réelle dans un réseau domestique. Mieux vaut privilégier les boutiques officielles, examiner les autorisations demandées par les VPN ou proxys tiers.

Dans cette affaire, le renseignement cyber rappelle une évidence souvent négligée : l’appareil oublié près du téléviseur peut devenir une ressource louée par l’adversaire.

[Sources]

Accès firewall root à vendre !

Cinq accès root à des pare-feu Linux sont proposés par un pirate informatique, visant des secteurs sensibles.

Un courtier d’accès initial annonce cinq accès distincts à des organisations situées dans quatre pays. Chaque offre promet le même niveau de compromission : exécution de code à distance avec droits root et shell sur un pare-feu Linux. Les cibles ne sont décrites que par secteur et pays : énergie aux Émirats arabes unis, pharmacie de détail aux États-Unis, électronique en Corée du Sud, logistique en Arabie saoudite, centre d’appels aux États-Unis. Aucun accès n’est confirmé. Un signal faible malveillant qui doit faire tendre l’oreille.

Une série d’annonces au profil identique

Le signal tient d’abord à sa répétition. Cinq annonces, publiées le même jour et rattachées au même alias, décrivent une compromission supposée d’équipements de sécurité placés au bord des réseaux. L’acteur se présente comme un courtier d’accès initial, une catégorie d’intermédiaires qui revend des portes d’entrée plutôt que des données déjà exfiltrées.

Dans ce cas, le pirate informatique miyako affirme disposer d’un accès root, avec exécution de code à distance et shell, sur des appliances firewall fonctionnant sous Linux. Cette combinaison, si elle était réelle, donnerait à un acheteur un contrôle profond sur un point de passage stratégique. Un pare-feu n’est pas un simple serveur annexe : il observe, filtre et sépare les flux entre l’extérieur et les environnements internes. Le placer sous contrôle hostile reviendrait à transformer un rempart en tête de pont.

Le prix intrigue autant que la promesse technique. Chaque accès est affiché à 400 $ (368,6 euros), sans discussion possible. La conversion en euros repose sur le taux implicite fourni dans la consigne, soit 250 millions de dollars convertis en 230,4 millions d’euros, ce qui donne environ 0,9216 euro pour 1 dollar. Appliqué à 400 dollars, le montant atteint 368,64 euros, arrondi ici à 368,6 euros. Ce tarif uniforme, très bas au regard du niveau d’accès annoncé, ne suffit pas à évaluer la réalité opérationnelle des offres. Il peut signaler une tentative de vente rapide, une faible qualité des accès, une absence de validation ou une simple opération d’appât.

Les revenus des organisations visées sont tous indiqués comme inconnus. Aucun nom d’entreprise n’apparaît. Les captures mentionnées sont des aperçus expurgés, associés à cinq intitulés : prestataire de services pétroliers aux Émirats arabes unis, chaîne de pharmacies aux États-Unis, entreprise d’électronique en Corée du Sud, société saoudienne de logistique et de chaîne d’approvisionnement, opération américaine de centre d’appels. Le canal de contact Session est mentionné comme retenu et n’est pas reproduit.

Cette sobriété forcée limite l’analyse. Les annonces ne permettent pas d’identifier une victime, de vérifier un périmètre technique, ni de confirmer l’existence d’un accès actif. Elles documentent une revendication commerciale, pas une compromission démontrée.

Un risque élevé, malgré un statut non vérifié

Le niveau de gravité est évalué comme élevé, non parce que les accès sont prouvés, plutôt en raison de ce qu’ils prétendent offrir. Un accès root avec shell sur un pare-feu Linux donnerait potentiellement un contrôle administratif complet. Dans un scénario réaliste, un tel point d’entrée pourrait faciliter la reconnaissance interne, le rebond vers d’autres systèmes, la capture de flux, l’ouverture de tunnels clandestins ou la préparation d’une intrusion plus destructrice.

L’intérêt cyber et renseignement se situe dans la nature des secteurs évoqués. L’énergie, la santé de proximité, le commerce de détail pharmaceutique, la fabrication électronique, la logistique et les centres d’appels forment des environnements riches en données, en dépendances opérationnelles et en connexions avec des tiers. Même sans nommer les entreprises, la distribution géographique indique une sélection internationale : deux cibles aux États-Unis, une aux Émirats arabes unis, une en Corée du Sud et une en Arabie saoudite.

Le cas du prestataire pétrolier émirien renvoie à un secteur où l’accès réseau peut avoir une valeur stratégique. La pharmacie de détail américaine combine données personnelles, flux de paiement et continuité de service. L’électronique sud-coréenne suggère un intérêt possible pour la propriété intellectuelle ou les chaînes industrielles. La logistique saoudienne touche aux échanges physiques et aux dépendances de transport. Le centre d’appels américain peut exposer des données clients, des identifiants internes ou des accès applicatifs utilisés par les opérateurs.

Rien, toutefois, ne permet d’affirmer que ces organisations ont été compromises. Le statut reste explicitement non vérifié. Les annonces relèvent du marché de l’accès initial, non d’une fuite de données confirmée. Cette distinction est essentielle : l’acteur ne publie pas de base volée, ne cite pas de victime identifiable et ne fournit pas, dans les éléments disponibles, de preuve technique exploitable par un tiers indépendant.

Le caractère groupé des cinq publications mérite néanmoins attention. Le même profil d’accès, le même tarif, le même type d’équipement et le même contact suggèrent un lot unique attribué à un seul vendeur. Cela peut indiquer l’exploitation d’une même faiblesse sur plusieurs pare-feu, une collecte opportuniste d’accès disparates, ou une mise en scène commerciale recyclant un modèle d’annonce. Sans éléments supplémentaires, ces hypothèses restent ouvertes.

Pour les défenseurs, l’enseignement principal se trouve dans le périmètre : le pare-feu, souvent perçu comme un outil de protection, devient une cible de premier rang. La surveillance des comptes administratifs, des shells inhabituels, des modifications de règles, des connexions sortantes anormales et des accès distants non attendus demeure centrale. Un équipement exposé, lorsqu’il est compromis, peut masquer l’intrusion derrière l’apparence du trafic légitime.

Cette affaire illustre la logique froide du courtage d’accès : vendre une position au seuil du réseau, sans bruit public, avant qu’un autre acteur ne transforme cette ouverture en opération plus lourde.