Archives de catégorie : loi

Force technologique américaine, l’État recrute ses remplaçants

Après des coupes massives dans les équipes numériques fédérales, Washington lance une « Force technologique américaine ». L’initiative promet l’efficacité, mais déplace le risque cyber vers la dépendance, l’accès et les conflits d’intérêts.

Une note de l’Office américain de gestion du personnel (OPM) annonce la création de la « Force technologique américaine », après des réductions drastiques menées début 2025 par le DOGE d’Elon Musk. Selon le récit, des entités comme l’USDS, 18F et des équipes de la CISA ont été dissoutes ou amputées, dont une équipe « cyber » d’environ 100 personnes, tandis que l’IRS aurait perdu 2 000 professionnels IT et la SSA fermé son bureau de modernisation. Le nouveau programme recruterait des « chercheurs » pour deux ans, encadrés par des cadres issus du secteur privé, avec des partenaires cités comme Anduril, Palantir, OpenAI, Google, Microsoft et xAI. La bascule soulève des enjeux de gouvernance, d’audit et de souveraineté numérique.

Services numériques démantelés, sécurité fragilisée

Le fil rouge est celui d’une politique de rupture, puis d’un retour contraint à la réalité. Début 2025, le Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE), dirigé à l’époque par Elon Musk, mène une campagne de réduction des effectifs dits « redondants » au sein du gouvernement fédéral. Le texte affirme que l’unité d’élite de transformation numérique, le Service numérique des États-Unis, a été particulièrement visée, avec la dissolution de l’USDS et de l’équipe 18F de la GSA. Même la CISA, pivot de la cybersécurité nationale, est touchée, avec le départ de centaines d’experts et la perte d’une équipe rouge (red team) de haut niveau composée d’environ 100 personnes.

L’impact décrit est celui d’une mécanique qui ne pardonne pas : licencier ne modernise pas un système, et renommer une structure ne maintient pas des serveurs. Le texte évoque des « données publiques » selon lesquelles l’IRS aurait perdu environ 2 000 professionnels IT durant cette période, tandis que la Social Security Administration aurait fermé son bureau de modernisation technologique, jugé comme un outil de « gaspillage« . La conséquence, telle qu’elle est racontée, est une inertie opérationnelle : projets stoppés, défenses affaiblies, et une capacité de simulation d’attaque réduite, précisément au moment où les systèmes fédéraux sont décrits comme obsolètes.

Un détail de gouvernance renforce ce constat : Elon Musk aurait reconnu que les actions de DOGE n’ont été que « partiellement fructueuses » et aurait indiqué qu’il y a des choses qu’il ne referait pas. Même sans chiffres supplémentaires, l’aveu vaut signal. Dans le renseignement cyber, la perte de compétences internes ne se mesure pas seulement en postes supprimés, mais en routines cassées : analyses, audits, exercices, et gestion fine des accès. Une « Red Team » n’est pas un luxe. C’est un dispositif de prévention, qui teste les angles morts avant qu’un adversaire ne les transforme en incident.

C’est dans ce contexte qu’intervient l’annonce de l’OPM sur la création de la « Force technologique américaine ». Le message implicite, presque ironique, est que l’administration a découvert un manque : après les coupes, « personne ne faisait le travail » (Sic!). La note attribuée à Scott Kupor, directeur de l’OPM, insiste sur une « qualité essentielle » qui aurait manqué aux structures précédentes. Vu de l’extérieur, la séquence ressemble à un effet boomerang : supprimer, rebaptiser, recruter.

Silicon Valley intégrée, dépendance et risque d’accès

La rupture la plus sensible n’est pas le retour du recrutement, mais la manière. Le programme décrit ne se contente pas de réembaucher des fonctionnaires. Il formalise une intégration profonde du secteur privé dans la conduite des projets. Les participants sont appelés « chercheurs« , pour un mandat de deux ans. Le texte précise que le recrutement s’affranchit d’exigences scolaires ou professionnelles traditionnelles, au profit d’une logique de « talent » plus large.

Surtout, la gouvernance projetée change de nature : l’équipe dirigeante serait composée de personnes issues du secteur technologique. Des partenaires sont cités, Anduril et Palantir, et des géants comme OpenAI, Google, Microsoft et xAI seraient appelés à détacher des employés auprès d’agences fédérales pour piloter des chantiers d’IA, de modernisation des données et de développement d’applications. Le mécanisme décrit crée deux effets. D’abord, un circuit de mobilité : après deux ans au gouvernement, les entreprises participantes seraient incitées à recruter en priorité ces chercheurs, transformant l’État en vivier. Ensuite, une dépendance technique : quand des cadres d’un fournisseur guident un projet, les choix d’outils et d’architectures ont tendance à suivre la trajectoire du fournisseur.

Les inquiétudes évoquées se concentrent sur deux axes. Le premier est le conflit d’intérêts, lorsque des décisions de réduction d’effectifs et des choix technologiques peuvent se répondre. Le second est la cybersécurité, plus structurelle : peut-on bâtir une défense durable en s’appuyant sur des détachements courts, renouvelés tous les deux ans, alors que les équipes licenciées étaient décrites comme chevronnées ? Dans une administration, la sécurité tient à la mémoire : qui a accès à quoi, pourquoi, depuis quand, et comment on le retire sans casser l’opérationnel. Une rotation rapide complique l’audit, l’imputabilité et la maîtrise des privilèges.

Bref, passer d’un modèle d’ »ADN numérique » interne, incarné par USDS et 18F, à une reliance assumée aux géants technologiques. Pour le cyber-renseignement, le point critique est simple : plus l’accès et la gouvernance se privatisent, plus l’État doit durcir ses garde-fous, sinon la modernisation devient une surface d’attaque.

Europol alerte sur le crime autonome à l’horizon 2035

Drones, robots sociaux, véhicules sans pilote : Europol décrit un futur où la machine sert autant à surveiller qu’à frapper. D’ici 2035, la criminalité pourrait devenir plus discrète, plus rapide, plus scalable.

Dans son rapport « L’avenir sans pilote : l’impact de la robotique et des systèmes autonomes sur les forces de l’ordre », Europol avertit que robots, drones et systèmes autonomes peuvent transformer la criminalité d’ici 2035. L’agence estime que l’usage criminel existe déjà et pourrait s’étendre à la contrebande, l’intimidation de masse, la fraude et l’exploitation sexuelle des enfants. Le document identifie quatre tendances motrices : convergence IA-technologies, essor industriel de la robotique, intégration sociale croissante et guerre comme accélérateur d’innovation. Europol envisage des scénarios incluant reconnaissance longue durée, attaques coordonnées contre infrastructures, manipulation via robots sociaux, et défis juridiques sur responsabilité et preuve.

Des machines pour voler, suivre, intimider

Europol ne parle pas d’un gadget de plus, mais d’un changement de décor. Dans « L’avenir sans pilote : l’impact de la robotique et des systèmes autonomes sur les forces de l’ordre », l’agence projette un monde où les machines se glissent partout, dans les rues, les entrepôts, les foyers, et deviennent des outils de crime aussi banals que le smartphone l’a été pour les escrocs. Catherine De Bolle, directrice exécutive d’Europol, pose le cadre : l’intégration des systèmes sans pilote dans des actes illégaux « est déjà une réalité », et la question n’est plus de savoir si ces technologies seront détournées, mais comment criminels et terroristes s’en empareront dans les prochaines années. Son parallèle avec Internet et les téléphones intelligents est un avertissement : les opportunités sont immenses, les angles morts aussi.

Le rapport attribue cette bascule à quatre forces. D’abord la convergence, l’IA mêlée au reste, capteurs, navigation, communications, fabrication. Ensuite l’expansion industrielle de la robotique, qui rend ces objets plus accessibles, plus variés, plus remplaçables. Puis l’intégration sociale, car la machine n’est plus cantonnée à l’usine, elle entre dans la vie quotidienne. Enfin la guerre, décrite comme moteur d’innovation, qui accélère la diffusion de méthodes et d’outils.

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À partir de là, Europol déroule des scénarios. L’un imagine des centres-villes confrontés à davantage d’attaques impliquant des robots, tandis que des travailleurs déplacés manifestent devant des entrepôts automatisés. La tension est double : choc économique et montée de délits, cybercriminalité, vandalisme, vol organisé. Les autorités, elles, doivent concilier l’efficacité d’un monde automatisé avec une exigence qui ne s’automatise pas : la confiance du public.

Europol insiste aussi sur une criminalité plus « fonctionnelle« . Des drones employés pour des vols. Des véhicules autonomes provoquant des blessures à des piétons. Et surtout la reconnaissance longue durée, le renseignement patient, effectué par des systèmes sans pilote capables de surveiller, de suivre, de collecter, au service d’intentions malveillantes comme ce fût le cas pour une tentative d’enlévement d’une professionnelle de la cryptomonnaie. Le fil conducteur est clair : l’autonomie abaisse le coût de la présence. On n’a plus besoin d’un guetteur humain en bas d’un immeuble si une machine observe à sa place.

Le rapport convoque également l’exemple des « drones de garage » popularisés par la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, avec une référence à l’opération « Toile d’araignée« , décrite comme une frappe coordonnée contre cinq bases aériennes russes majeures. L’enseignement, côté criminalité, est inquiétant : si des plans circulent et que des chaînes d’approvisionnement se structurent, des capacités jadis militaires peuvent devenir « assemblables », adaptables, et donc imitables.

Quand la vie privée s’efface, la loi vacille

Le scénario le plus anxiogène est celui d’une quasi-disparition de la vie privée. Europol imagine des systèmes assez puissants pour observer presque tout le monde, presque partout, presque tout le temps. Selon leur configuration, ils pourraient collecter des données à l’insu des personnes, sans consentement explicite. Dans un monde déjà saturé de capteurs, l’autonomie n’ajoute pas seulement des yeux, elle ajoute de la persistance, et donc une mémoire exploitable.

Le rapport pousse la fiction opérationnelle plus loin : de petites cellules extrémistes dotées de quadricoptères de poche guidés par IA et de drones sous-marins chenillés, construits à partir de plans CAO disponibles mondialement, avec blindage composite imprimé en 3D. Il évoque aussi des liaisons, anciennes fibres optiques enroulées ou lasers à impulsions courtes, qui rendraient ces machines presque invisibles jusqu’aux dernières secondes, ouvrant la voie à des attaques coordonnées contre des infrastructures critiques. Le message sous-jacent est une convergence des domaines : innovations militaires, criminalité, maintien de l’ordre, tout se mélange.

Ce brouillage pose des questions que les forces de l’ordre se posent déjà et qui deviendront quotidiennes. Comment « interroger » un robot ? Comment évaluer l’intention d’un humanoïde, ou reconstituer la cause d’un incident impliquant une voiture autonome ? Le problème n’est pas philosophique, il est probatoire. La machine produit des logs, mais qui les détient, qui les altère, qui les comprend, et selon quelles règles ?

Vient alors la question de la responsabilité. Si un système autonome enfreint la loi, qui répond ? Le propriétaire, le fabricant, le développeur, ou le système lui-même ? Europol estime que le droit actuel ne permet pas de trancher avec certitude. Face à ces menaces, les chercheurs recommandent une approche conjointe pour renforcer les capacités des forces de l’ordre, au niveau national et européen. Et le rapport renvoie aussi les entreprises à une obligation simple, mais rarement anticipée : intégrer la sécurité dès l’adoption de l’IA ou de la robotique, identifier les risques avant le déploiement, et les traiter avant qu’ils ne deviennent des usages criminels.

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La stratégie Trump met le renseignement au service du commerce

Un document de 33 pages publié jeudi soir redéfinit la sécurité nationale américaine. Il demande aux services de renseignement de surveiller les chaînes d’approvisionnement mondiales, avec un objectif assumé de découplage économique.

La nouvelle stratégie de sécurité nationale du président Donald Trump charge les agences de renseignement américaines de suivre les chaînes d’approvisionnement et les avancées technologiques dans le monde. Le texte, long de 33 pages et publié jeudi soir, traite la politique économique comme un volet central de la sécurité nationale, dans un contexte de tensions tarifaires. Il demande d’identifier et réduire les vulnérabilités pesant sur la sécurité et la prospérité des États-Unis, tout en soutenant un découplage vis-à-vis d’adversaires étrangers. La stratégie évoque aussi l’hémisphère occidental comme réservoir de ressources stratégiques, et pousse à une cybersurveillance plus appuyée sur le privé, avec attribution et réponse « en temps réel ».

Renseignement mis au service du découplage économique

Le message politique est clair : l’administration Trump inscrit l’économie au cœur du périmètre « sécurité nationale » et en fait une mission explicite pour la communauté du renseignement. La stratégie affirme que les agences américaines « surveilleront les principales chaînes d’approvisionnement et les avancées technologiques dans le monde entier » afin de comprendre, puis d’atténuer, les vulnérabilités et menaces pesant sur la sécurité et la prospérité nationales. Ce glissement est important, car il place l’analyse industrielle, logistique et commerciale dans le même registre que la contre-ingérence ou la lutte antiterroriste : collecte, cartographie, anticipation, et production d’alertes au décideur.

Le document insiste sur une finalité : réduire la dépendance de l’économie américaine à des adversaires étrangers, dans une logique de découplage. Les autorités américaines martèlent depuis des années que des acteurs comme la Chine et la Russie doivent être écartés des chaînes d’approvisionnement liées aux intérêts américains. La stratégie reprend cette idée, tout en reconnaissant une difficulté structurelle : l’économie est mondialisée, et séparer des filières imbriquées est à la fois complexe et coûteux. Le texte souligne en outre que la numérisation des chaînes d’approvisionnement rend l’objectif encore plus difficile, car les flux matériels se doublent désormais de flux de données, d’outils de pilotage et de services numériques partagés.

Cette orientation éclaire aussi le contexte mentionné : des mois de conflits tarifaires devenus un marqueur du programme économique du président. La stratégie apparaît comme une tentative de “tenir” une ligne politique dans la durée en la convertissant en exigences opérationnelles pour les agences fédérales. En pratique, la mission annoncée, surveiller où les entreprises expédient, produisent et stockent, implique une observation fine des trajectoires logistiques, des dépendances technologiques et des points d’étranglement, donc un effort massif d’analyse et de priorisation.

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Chaînes d’approvisionnement numérisées, un terrain cyber

L’angle cyber du document ne se limite pas à la protection classique des réseaux. Il relie directement l’effort de souveraineté économique à la réalité technique de chaînes d’approvisionnement devenues pilotées par des plateformes. La stratégie appelle les agences fédérales à s’appuyer davantage sur les opérateurs privés et des partenaires régionaux pour détecter des intrusions sur les réseaux américains. Autrement dit, le privé n’est plus seulement “une victime à protéger”, mais un capteur et un partenaire de détection, car c’est lui qui administre une large part des infrastructures, des logiciels et des données utiles à l’alerte.

Le texte va plus loin en évoquant une évolution vers une attribution et une réponse « en temps réel ». Cette formule dit deux choses. D’abord, la volonté d’accélérer le cycle, détection, qualification, attribution, action, afin de réduire le temps laissé à l’attaquant. Ensuite, l’idée que l’attribution, souvent longue et juridiquement délicate, doit devenir plus opérationnelle, au risque de se heurter aux zones grises : sources incomplètes, attaques via des relais, faux drapeaux, et dépendance à des données détenues par des prestataires. Dans une chaîne d’approvisionnement numérisée, un incident n’est pas seulement un accès illégitime à un réseau. C’est potentiellement une altération de données logistiques, une perturbation de services, une manipulation de l’information, ou une dégradation de confiance entre partenaires.

La stratégie met donc en scène un triangle de sécurité : l’État, les entreprises, et les partenaires régionaux. Ce choix suggère que l’administration accepte un fait technique : l’État ne voit pas tout, en temps réel, sur des infrastructures majoritairement privées. Pour compenser, elle cherche à institutionnaliser le partage de signaux et la coordination, avec une doctrine plus rapide de réponse. Le document ne détaille pas les garde-fous, mais il fixe une direction : la cybersécurité devient un outil de continuité économique, pas seulement un sujet de conformité.

Hémisphère occidental, ressources et infrastructures sous surveillance

Autre axe structurant : l’hémisphère occidental est présenté comme un espace fournissant des ressources précieuses aux intérêts américains. La stratégie indique que des analystes du renseignement appuieront les efforts visant à « identifier les points et les ressources stratégiques » de la région, afin de les protéger et de les mobiliser dans des développements avec des partenaires. L’objectif combine défense et opportunité : sécuriser des nœuds jugés critiques et soutenir des projets économiques alignés.

Le texte parle aussi d’opportunités d’investissement « stratégiques » pour des entreprises américaines dans la région. Il propose de nouer des partenariats publics-privés afin de bâtir une infrastructure énergétique “évolutive et résiliente”, d’investir dans l’accès aux minerais critiques, et de renforcer les réseaux de cybercommunications existants et futurs. La phrase insiste sur un avantage américain en matière de chiffrement et de sécurité. Le lien cyber est direct : sécuriser l’énergie, les minerais et les télécoms, c’est sécuriser les dépendances matérielles et les réseaux qui les orchestrent.

Ce passage révèle une conception du renseignement comme outil de préparation économique. Identifier des « points stratégiques », ce n’est pas seulement repérer des risques, c’est aussi cartographier des leviers : infrastructures, ressources, routes et partenaires. Dans ce cadre, la cybersécurité devient une condition de confiance pour les investissements, et la surveillance des chaînes d’approvisionnement devient un moyen de réduire l’incertitude.

Le document de 33 pages trace une doctrine : traiter l’économie comme un théâtre de sécurité nationale, avec une communauté du renseignement mobilisée sur les chaînes d’approvisionnement, les technologies et les ressources de l’hémisphère occidental. Sur le plan cyber, l’ambition d’attribution et de réponse « en temps réel » s’appuie explicitement sur le secteur privé. Une stratégie nationale de cybersécurité est par ailleurs annoncée pour début janvier, selon une personne citée par Nextgov/FCW, avec un accent sur les cyberattaques et un rôle accru des partenaires privés. La question de fond est désormais opérationnelle : jusqu’où peut-on accélérer l’attribution et la riposte, sans fragiliser la preuve, la coordination et la confiance entre l’État et les entreprises ?

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Royaume-Uni : un projet de loi pour une cybersécurité nationale renforcée

Le Royaume-Uni lance le Cyber Security and Resilience Bill, une réforme majeure pour protéger ses infrastructures critiques face à l’escalade des cyberattaques qui fragilisent l’économie nationale.

Le gouvernement britannique vient de présenter le Cyber Security and Resilience Bill, une législation ambitieuse destinée à protéger les services essentiels — santé, énergie, eau, transport — contre la montée des cybermenaces. Face à un coût annuel estimé à 15 milliards de livres sterling, cette réforme impose des normes de sécurité accrues aux fournisseurs informatiques et renforce les pouvoirs des régulateurs. Dans un contexte où l’Europe a recensé plus de 2 700 cyberincidents en 2025.

Un texte centré sur la résilience des infrastructures critiques

Le Cyber Security and Resilience Bill vise avant tout la protection des infrastructures vitales du Royaume-Uni. Les hôpitaux, réseaux d’eau et de transport devront renforcer leurs dispositifs de défense numérique afin d’éviter toute interruption de service. Pour la première fois, les prestataires informatiques de taille moyenne et grande, notamment ceux du NHS, seront soumis à des obligations strictes : déclaration rapide des incidents majeurs, plan de continuité et contrôles réguliers de sécurité.

Les régulateurs disposeront de pouvoirs élargis pour désigner les fournisseurs critiques, tels que les laboratoires de diagnostic ou les opérateurs énergétiques, et leur imposer des standards de sécurité minimaux. Ces exigences visent à combler les failles de la chaîne d’approvisionnement, souvent exploitées par les cybercriminels.
Des amendes calculées sur le chiffre d’affaires sanctionneront les manquements graves. Le ministre de la Technologie pourra, en cas d’urgence nationale, ordonner des actions correctives immédiates aux organismes publics et privés concernés.

Une économie sous pression croissante des cyberattaques

Les chiffres confirment la gravité de la situation. Le coût moyen d’une cyberattaque majeure au Royaume-Uni dépasse désormais 190 000 £, soit environ 14,7 milliards £ (17,2 milliards d’euros) de pertes annuelles. Selon l’Office for Budget Responsibility, une attaque d’envergure sur les infrastructures critiques pourrait creuser la dette publique de 30 milliards £ (35 milliards d’euros), soit 1,1 % du PIB.

Pour le directeur du NCSC, Dr Richard Horne, cette dynamique impose une réponse coordonnée : « Les impacts concrets des cyberattaques n’ont jamais été aussi visibles. Ce texte est essentiel pour protéger nos services vitaux. »

Vers une cyberdéfense collective et proactive

Le projet de loi marque une transformation structurelle de la cybersécurité britannique. Il établit un cadre de régulation modernisé, tourné vers la prévention et la résilience. Les entreprises technologiques saluent cette évolution.

Les rançons échouent : 41 % des paiements de ransomware inutiles

Payer ne suffit plus : selon Hiscox, 41 % des entreprises victimes de ransomware restent paralysées malgré le versement d’une rançon et la réception d’une clé de déchiffrement.

Le rapport « Cyber Readiness Report 2025 » de l’assureur Hiscox révèle une réalité préoccupante : payer une rançon ne garantit pas la récupération des données. Sur 5 750 organisations interrogées dans sept pays, 27 % ont subi une attaque par ransomware, et 41 % des payeurs n’ont pas pu restaurer leurs systèmes malgré une clé reçue. Pire, 31 % des victimes ayant payé ont subi une nouvelle extorsion et 27 % d’entre elles ont été attaquées à nouveau. Les objets connectés (IoT) sont identifiés comme premier vecteur d’intrusion. En dépit de ce constat, 83 % des entreprises déclarent une meilleure cyber-résilience sur l’année écoulée.

Rançons inefficaces et attaques répétées

Le rapport montre que céder aux exigences des cybercriminels ne garantit pas le retour à la normale. Parmi les entreprises touchées, 60 % disent avoir récupéré une partie ou la totalité de leurs données, mais 41 % ont dû reconstruire leurs systèmes. Hiscox observe également une aggravation du phénomène : près d’un tiers des victimes ayant payé ont subi une nouvelle demande d’argent, souvent par les mêmes acteurs, et plus d’un quart ont connu une autre attaque dans les mois suivants. Le rapport conclut que « le paiement d’une rançon ne résout pas toujours le problème », rappelant la fragilité des stratégies de négociation directe avec les groupes de ransomware.

IoT, chaîne d’approvisionnement et cloud en première ligne

Les vulnérabilités des objets connectés constituent le principal point d’entrée des cyberattaques (33 %), devant celles liées à la chaîne d’approvisionnement (28 %) et aux serveurs hébergés dans le cloud (27 %). Les outils d’intelligence artificielle, utilisés sans protection suffisante, deviennent également un vecteur d’attaque initial pour 15 % des entreprises. Cette cartographie des risques confirme que l’interconnexion des systèmes multiplie les surfaces d’exposition. Les cybercriminels exploitent les failles de configuration ou de mise à jour pour obtenir un premier accès, avant de déployer des charges malveillantes chiffrant les données critiques.

Multiplication des incidents selon la taille de l’entreprise

Parmi les 5 750 organisations interrogées, 59 % ont subi au moins une cyberattaque au cours des douze derniers mois. Les grandes entreprises et celles générant plus d’un million de dollars (921 000 euros) de chiffre d’affaires sont les plus ciblées, avec une moyenne de six attaques par an, contre quatre pour les plus petites structures. Les sociétés de 50 à 249 employés enregistrent en moyenne sept incidents, contre cinq pour les structures comptant de 11 à 49 salariés. Le secteur non lucratif reste le plus exposé, avec huit attaques en moyenne par organisation, tandis que les entreprises des secteurs chimique, immobilier et médiatique signalent trois incidents par an.

Vers plus de transparence dans les paiements

Le rapport cite la nouvelle loi australienne imposant la divulgation des montants versés aux cybercriminels. Cette obligation recueille un soutien majoritaire : 71 % des répondants y sont favorables. Toutefois, 53 % estiment que les entreprises privées devraient pouvoir conserver la confidentialité de ces paiements. Ce débat illustre la tension entre transparence publique et gestion de crise opérationnelle. En dépit de la recrudescence des attaques, 83 % des organisations déclarent avoir renforcé leur posture de cybersécurité, notamment via la formation du personnel, la segmentation des réseaux et la mise en place de sauvegardes hors ligne.

Sénateurs réclament un briefing sur la sécurité électorale avant les scrutins majeurs

Deux sénateurs redoutent que Tulsi Gabbard ait ralenti la transmission d’alertes sur les opérations d’influence étrangères visant le scrutin américain.

Les démocrates Mark Warner et Alex Padilla pressent la directrice du renseignement national d’expliquer ses choix. Ils craignent que le renseignement électoral soit restreint au moment où des acteurs étrangers affinent leurs campagnes de manipulation grâce à l’intelligence artificielle.

Un courrier d’alerte au renseignement

Les deux élus ont écrit à Gabbard pour obtenir, avant le 10 octobre, une réunion avec les sénateurs. Ils exigent une évaluation des mesures prévues pour protéger les élections locales de novembre et les législatives de l’an prochain. Leur lettre critique également les propos de la responsable sur la sécurité des machines à voter, jugés « infondés et nuisibles ». Des audits indépendants ont montré que les accusations de vulnérabilités sont surtout alimentées par des narratifs forgés par des puissances adverses.

L’administration actuelle cherche à relativiser les conclusions sur l’ingérence russe en 2016. Pourtant, un rapport bipartisan du Sénat avait confirmé que Vladimir Poutine voulait favoriser Donald Trump. Parallèlement, plusieurs structures fédérales de suivi des opérations d’influence ont été démantelées, au motif qu’elles censuraient des contenus en coopération avec les plateformes. La CISA, qui avait certifié la sécurité du scrutin de 2020, a vu ses responsables limogés. Selon Warner et Padilla, ces décisions créent un climat de peur au sein des agents.

Une menace technologique en constante évolution

Les services de renseignement disposent d’outils secrets pour suivre les campagnes de manipulation en ligne. Sous Joe Biden, ils ont régulièrement diffusé des analyses sur les opérations russes, chinoises et autres. Ces campagnes sont désormais dopées par l’IA. Des chercheurs américains ont documenté l’usage, par Pékin, d’entreprises spécialisées comme GoLaxy. Cette société a constitué des dossiers sur 117 parlementaires américains et plus de 2 000 personnalités politiques et intellectuelles.

L’IA renforce l’opacité et la crédibilité des campagnes d’influence étrangères. La question reste entière : les agences américaines ont-elles encore la liberté d’alerter le Congrès sans frein politique ? (NextGov)

Chine : signalement en urgence des cyberattaque

La Chine impose dès novembre 2025 un délai d’une heure pour déclarer les incidents de cybersécurité graves, renforçant ainsi son contrôle sur les réseaux et infrastructures critiques.

Pékin introduit une réglementation stricte obligeant les opérateurs à signaler sous une heure tout incident « particulièrement grave » de cybersécurité. L’Administration chinoise du cyberespace (CAC) supervise cette mesure, qui reflète une intensification de la surveillance étatique après plusieurs affaires sensibles, dont une sanction contre Dior à Shanghai pour transfert illégal de données. Le dispositif, applicable dès le 1er novembre 2025, définit des seuils précis pour classer la gravité des attaques ou pannes et prévoit des sanctions financières lourdes en cas de manquement.

Signalement accéléré des cyberincidents

Les nouvelles règles imposent un signalement d’urgence en cas d’attaque majeure. Les opérateurs de réseau doivent informer les autorités en une heure. Celles-ci transmettent ensuite l’alerte à l’Administration nationale du cyberespace et au Conseil d’État dans un délai de trente minutes. Les incidents sont classés en quatre niveaux, « particulièrement grave » étant le plus critique. Cette catégorie inclut des cyberattaques ou pannes affectant les portails gouvernementaux, les infrastructures vitales ou les sites d’information nationaux pendant plus de 24 heures, ou encore une panne de six heures touchant l’ensemble d’une infrastructure.

La réglementation couvre aussi les atteintes à grande échelle aux services publics, de transport ou de santé. Sont concernés les cas où plus de 50 % d’une province ou plus de 10 millions de citoyens voient leur quotidien perturbé. Les violations massives de données entrent également dans ce champ, dès lors qu’elles affectent plus de 100 millions de personnes ou causent un préjudice financier supérieur à 100 millions de yuans (13 millions d’euros).

Critères renforcés pour les attaques

Les cyberattaques massives affichant du contenu interdit sur un site gouvernemental ou un portail d’information majeur constituent une menace prioritaire si elles persistent plus de six heures ou atteignent une audience d’un million de vues. Elles sont aussi considérées critiques si le contenu est partagé plus de 100 000 fois sur les réseaux sociaux.

Le niveau « grave » concerne les attaques perturbant les sites d’administrations locales ou provinciales plus de six heures, ou les infrastructures essentielles pendant plus de trois heures. Des fuites de données touchant plus de 10 millions de personnes, ou un million dans une grande ville, relèvent aussi de cette catégorie.

Chaque opérateur doit remettre sous 30 jours un rapport détaillé décrivant causes, réponses et enseignements après un incident. Cette exigence prolonge la loi chinoise sur la cybersécurité de 2017 et les textes complémentaires de 2016 et 2021 sur la protection des infrastructures critiques.

Vers des sanctions plus lourdes

En parallèle, le Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale étudie un durcissement des sanctions. Les opérateurs d’infrastructures critiques négligents pourraient être sanctionnés de 500 000 à 10 millions de yuans (66 000 à 1,32 millions €). Les responsables directs encourraient jusqu’à 1 million de yuans (132 000 €).

Les opérateurs de réseau qui omettent d’empêcher la diffusion de contenus interdits s’exposeraient à des amendes de 50 000 à 500 000 yuans (≈ 6 600 à 66 000 €). Ce projet de loi traduit une volonté de responsabiliser les acteurs du numérique tout en consolidant le contrôle centralisé de la cybersécurité.

La Chine fait de la rapidité de réaction un enjeu national de cybersécurité. Reste à savoir si cette obligation de signalement instantané renforce réellement la résilience technique, ou surtout le contrôle étatique sur les flux numériques.

La Russie renforce les restrictions sur les hébergeurs étrangers

Roskomnadzor a restreint l’accès à de nombreux hébergeurs étrangers pour non-conformité à la législation russe. AWS et GoDaddy viennent de rejoindre la liste des interdits.

Roskomnadzor (RKN), l’autorité de régulation des communications en Russie, continue de durcir ses mesures contre les hébergeurs étrangers qui ne respectent pas les exigences de la loi dite « d’atterrissage » (loi fédérale n° 236-FZ). Après avoir limité l’accès à huit fournisseurs en mars et avril 2024, le régulateur vient de bloquer Amazon Web Services (AWS) et GoDaddy, laissant seulement Hetzner Online GmbH et FastComet hors de ces restrictions.

La loi impose aux entreprises étrangères fournissant des services en Russie d’ouvrir des bureaux locaux, de créer un compte officiel sur le site de Roskomnadzor et de fournir un formulaire de contact pour les citoyens et organisations russes. Les fournisseurs qui ne respectent pas ces obligations sont non seulement bloqués, mais leurs sites peuvent être marqués comme non conformes dans les résultats des moteurs de recherche russes, compliquant davantage leur visibilité et leur accessibilité.

Depuis le printemps 2024, Roskomnadzor a progressivement restreint l’accès aux services de huit hébergeurs étrangers, invoquant leur non-respect des dispositions prévues par la loi fédérale n° 236-FZ. Ces restrictions ont concerné des sociétés majeures, parmi lesquelles :

Kamatera Inc. (25 mars 2024)
HostGator.com LLC (29 mars 2024)
DigitalOcean LLC (10 avril 2024)
DreamHost LLC (3 avril 2024)

Conformément à la loi, ces entreprises auraient dû créer un compte personnel sur le site de Roskomnadzor. Publier un formulaire de commentaires pour les citoyens et organisations russes. Ouvrir un bureau local pour gérer leurs opérations en Russie. Les Américains et l’Europe imposent aussi ce type de contrôle.

Malgré plusieurs avertissements, les fournisseurs n’ont pas respecté les exigences de Roskomnadzor. Le ministére a d’abord utilisé des outils de sensibilisation publique, tels que des avertissements dans les résultats de recherche sur Yandex pour signaler les violations. Lorsque cela n’a pas suffi, le régulateur a imposé des restrictions totales d’accès aux ressources concernées.

Les récentes décisions de Roskomnadzor marquent une escalade dans les tensions entre le régulateur russe et les hébergeurs étrangers. En mai 2024, les sites de deux autres fournisseurs notables, Amazon Web Services (AWS) et GoDaddy, ont été bloqués pour des raisons similaires. AWS et GoDaddy avaient pourtant évité les premières vagues de restrictions, mais leur incapacité à se conformer aux obligations légales a conduit à leur inclusion dans la liste noire. Il faut dire aussi qu’avoir un bureau en Russie n’est plus possible pour Amazon Web Services ou GoDaddy.

Avec ces nouveaux ajouts, seules Hetzner Online GmbH et FastComet restent autorisées parmi les fournisseurs initialement listés par Roskomnadzor. Cependant, leur situation pourrait également changer si elles ne respectent pas rapidement les règles en vigueur. Les moteurs de recherche russes, tels que Yandex, continuent de signaler les entreprises non conformes, rendant difficile leur utilisation pour les citoyens russes.

Ces mesures s’inscrivent dans un cadre plus large visant à limiter la dépendance de la Russie aux infrastructures étrangères et à garantir que les données des utilisateurs russes soient protégées selon les normes locales. Roskomnadzor a également souligné que les hébergeurs étrangers ne pouvaient pas garantir la sécurité des données, évoquant des risques d’accès non autorisé et d’utilisation des serveurs pour diffuser des contenus interdits.

Blocages !

Facebook et Instagram : En mars 2022, Roskomnadzor a bloqué l’accès à ces plateformes, les qualifiant d' »extrémistes » après que Meta Platforms a autorisé des messages appelant à la violence contre les forces russes.

BBC News : Le site de la BBC a été bloqué en mars 2022, les autorités russes accusant les médias occidentaux de diffuser de la désinformation sur l’invasion de l’Ukraine.

Twitter : Bien que Twitter ne soit pas complètement bloqué, son accès est fortement restreint depuis mars 2022, rendant son utilisation difficile pour les internautes russes.

Deezer : Le service de streaming musical Deezer est également inaccessible en Russie depuis mars 2022, dans le cadre des restrictions sur les plateformes occidentales.

Chess.com : En avril 2022, le site d’échecs en ligne a été bloqué après la publication d’articles critiques sur l’invasion russe en Ukraine.

Applications VPN : Depuis juillet 2024, environ 25 services de VPN, dont Proton VPN, ont été retirés de l’App Store en Russie, limitant les moyens de contourner la censure.

YouTube : En août 2024, les autorités russes ont considérablement ralenti l’accès à YouTube, réduisant le débit à environ 128 kilobits par seconde, rendant la plateforme pratiquement inutilisable.

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Fausse musique et hack de streaming pour 10 millions de dollars !

Les autorités américaines ont récemment inculpé Michael Smith, 52 ans, pour avoir orchestré une fraude aux services de streaming d’une valeur de plus de 10 millions de dollars. Smith aurait utilisé des technologies d’intelligence artificielle (IA) pour générer des centaines de milliers de chansons et les diffuser via des plateformes telles que Spotify, Apple Music, YouTube Music et Amazon Music.

Smith fait face à plusieurs chefs d’accusation, notamment fraude électronique, complot en vue de commettre une fraude électronique et blanchiment d’argent. Chaque accusation pourrait entraîner jusqu’à 20 ans de prison s’il est reconnu coupable. En plus de produire de la musique via IA, Smith aurait manipulé le nombre d’écoutes à l’aide de robots, ce qui lui a permis de percevoir des redevances frauduleuses sur les diffusions.

Selon les autorités, cette fraude aurait duré de 2017 à 2024. Smith aurait utilisé des milliers de comptes fictifs créés à partir d’adresses électroniques achetées pour mettre en œuvre son stratagème. À l’aide d’un logiciel développé en interne, il diffusait en continu ses propres compositions générées par IA, en imitant l’activité de véritables utilisateurs répartis dans plusieurs régions afin de ne pas éveiller les soupçons.

Pour rendre son opération plus crédible et passer sous le radar des plateformes de streaming, Smith a mis en place une stratégie méticuleuse. Il veillait à ne jamais diffuser un morceau trop de fois et choisissait soigneusement des noms d’artistes et de chansons générés par IA afin qu’ils se fondent dans la masse des véritables groupes musicaux. Parmi les exemples cités, des artistes fictifs comme Callous Post et Calorie Screams ont vu leurs morceaux, aux titres étranges tels que Zygotic Washstands et Zymotechnical, inonder les plateformes de streaming.

Les documents d’enquête révèlent que Smith avait commencé en téléchargeant ses propres compositions originales sur les services de streaming, mais ses revenus modestes l’ont incité à passer à la musique générée par IA. En 2018, il s’est associé à un dirigeant anonyme d’une société spécialisée en musique IA et à un promoteur de musique pour créer une vaste bibliothèque de contenu musical produit artificiellement. Bien que les documents judiciaires ne détaillent pas précisément la technologie utilisée pour générer ces morceaux, il est clair que Smith a exploité la flexibilité et la rapidité de production de l’IA pour contourner les systèmes de détection de fraude.

Des millions d’écoutes et des millions de dollars

Le stratagème s’est avéré extrêmement lucratif. Dans des messages internes, Smith a affirmé qu’il pouvait diffuser ses morceaux jusqu’à 661 440 fois par jour, générant ainsi potentiellement 3 307,20 dollars quotidiennement, soit environ 1,2 million de dollars par an. Au plus fort de son activité, Smith contrôlait plus de 1 000 comptes automatisés, chacun hébergeant plusieurs bots destinés à augmenter artificiellement les écoutes de ses morceaux.

En juin 2019, Smith gagnait environ 110 000 dollars par mois, partageant une partie de ces revenus avec ses complices. En 2023, il se vantait d’avoir accumulé 4 milliards de streams et récolté un total de 12 millions de dollars de royalties depuis 2019. Smith a réussi à tromper les services de streaming pendant plusieurs années en manipulant leurs algorithmes et en exploitant les failles de leurs systèmes de surveillance. Cependant, en 2018, lorsque qu’une société de distribution de musique a commencé à signaler des abus dans l’industrie du streaming, Smith a nié toute implication, affirmant qu’il n’y avait « absolument aucune fraude ».

Le procureur Damian Williams a condamné les actions de Smith, déclarant que son stratagème frauduleux lui avait permis de percevoir des millions de dollars de redevances qui auraient dû revenir aux musiciens, auteurs-compositeurs et détenteurs de droits d’auteur légitimes. Un détournement des ressources et des revenus des artistes et créateurs respectant les règles du jeu.

LA FCC ADOPTE DE NOUVELLES RÈGLES PERMETTANT AUX FOURNISSEURS DE SERVICES SANS FIL DE CONTRÔLER L’ÉCHANGE DE CARTES SIM

La Federal Communications Commission (FCC) a pris une mesure décisive pour combattre la fraude par échange de cartes SIM, une pratique qui a causé des pertes financières considérables et continue de sévir dans le monde de la cybercriminalité.

Cette fraude, qui consiste à persuader un opérateur de téléphonie mobile de transférer le service d’une victime sur un appareil contrôlé par des pirates, donne accès à des informations personnelles et des mots de passe. Face à ce problème, la FCC a imposé de nouvelles règles pour renforcer la sécurité dans le secteur.

Exigences renforcées pour les fournisseurs

Les fournisseurs de services sans fil devront désormais adopter des méthodes sécurisées pour authentifier les clients avant de rediriger leur numéro vers un nouvel appareil ou fournisseur. De plus, ils sont tenus d’informer immédiatement leurs clients lorsqu’un changement de carte SIM ou une demande de portage est effectué sur leur compte.

Les nouvelles règles visent à établir un cadre uniforme pour le secteur tout en laissant la flexibilité aux fournisseurs de proposer des mesures de protection avancées et appropriées contre la fraude.

Mise à jour des règles CPNI et de portabilité

Ces règles actualisent les régulations antérieures sur l’Information Réseau Propriétaire des Clients (CPNI) et la portabilité des numéros locaux, renforçant ainsi les mesures de sécurité. Appel à la contribution publique
La FCC encourage le public à proposer d’autres moyens de lutter contre la fraude à l’échange de carte SIM et la fraude au port-out, une arnaque similaire impliquant le transfert de numéro de téléphone vers un nouveau compte contrôlé par des fraudeurs.

Le FBI a rapporté que les pertes dues aux attaques par échange de carte SIM ont atteint plus de 68 millions de dollars en 2021, marquant une augmentation exponentielle depuis 2018.

Réponse de la FCC

Jessica Rosenworcel, présidente de la FCC, souligne l’importance de donner aux abonnés plus de contrôle sur leurs comptes et d’alerter les consommateurs à chaque demande de transfert de carte SIM pour prévenir les activités frauduleuses.

La FCC s’efforce d’améliorer la confidentialité des consommateurs et de mettre fin aux escroqueries aux cartes SIM, reconnaissant le rôle central des téléphones dans nos vies et la nécessité de protéger les informations qu’ils contiennent.

Pour aborder ces enjeux, la FCC a créé un groupe de travail sur la confidentialité et la protection des données, visant à résoudre des problèmes tels que l’échange de cartes SIM et autres défis liés à la sécurité des données.

Ces mesures représentent une avancée significative dans la lutte contre la fraude numérique, protégeant ainsi les consommateurs contre les tactiques de plus en plus sophistiquées des cybercriminels.