Blanchiment crypto, la filière chinoise au cœur de 2025

En 2025, des réseaux de blanchiment sinophones ont déplacé 16,1 milliards de dollars de crypto illicite. Chainalysis décrit une industrie agile, dopée par Telegram et des places de marché, malgré sanctions et fermetures.

Ce rapport affirme que des réseaux chinois de blanchiment d’argent ont transféré 16,1 milliards $ (14,8 milliards d’euros) de cryptomonnaies illicites en 2025, soit 44 millions $ (40,5 millions d’euros) par jour. L’étude estime aussi que 82 milliards $ (75,4 milliards d’euros) ont été blanchis sur blockchain en 2025, contre 10 milliards $ (9,2 milliards d’euros) en 2020. Ces groupes, de plus en plus professionnalisés, recrutent via Telegram et utilisent des plateformes de « garantie » façon séquestre. Malgré des sanctions américaines visant Huione et la pression cambodgienne, l’offre se déplace, sans disparaître.

Une industrie du blanchiment devenue « service »

Les chiffres posent le décor, et ils racontent une bascule. Les réseaux chinois de blanchiment traitent désormais environ 20 % de l’ensemble des fonds illicites en cryptomonnaies. En 2025, ils auraient blanchi 44 millions $ (40,5 millions d’euros) par jour, totalisant 16,1 milliards $ (14,8 milliards d’euros). Sur l’année, l’entreprise d’analyse estime à 82 milliards $ (75,4 milliards d’euros) le volume de crypto blanchie sur la blockchain, quand 2020 n’en comptait « que » 10 milliards $ (9,2 milliards d’euros). Conversion indicative, calculée avec un taux arrondi de 1 $ = 0,92 € : le but est de donner un ordre de grandeur comparable, pas un cours exact.

Derrière ces montants, une mécanique qui ressemble de moins en moins à un bricolage criminel, et de plus en plus à une offre structurée. Ces groupes font la promotion de leurs services dans une multitude de canaux Telegram, où l’on trouve, au milieu du bruit, une promesse centrale : faire circuler vite, et à coût maîtrisé. Ils s’appuient aussi sur des plateformes de « garantie », des marchés qui offrent une protection type séquestre, et qui permettent à un client et à un blanchisseur de se connecter presque instantanément.

Le propos de Tom Keatinge, directeur du Centre pour la finance et la sécurité du Royal United Services Institute, résume l’angle renseignement : « Très rapidement, ces réseaux se sont transformés en opérations transfrontalières de plusieurs milliards de dollars offrant des services de blanchiment d’argent efficaces et rentables qui répondent aux besoins des groupes criminels transnationaux organisés en Europe et en Amérique du Nord ». Autrement dit, une chaîne logistique financière, pensée pour absorber les flux issus d’arnaques et de cyberattaques, puis les réinjecter ailleurs.

Sanctions, migrations et zones grises opérationnelles

La répression, elle, ne manque pas d’épisodes, mais elle ressemble à une course de vitesse. La pression exercée sur les services de « garantie » a provoqué des déplacements plutôt qu’un effondrement. L’entreprise cite notamment les sanctions du Trésor américain contre le groupe Huione basé au Cambodge, la suppression de certaines chaînes Telegram associées, puis la révocation de la licence par le gouvernement cambodgien. Effet observé : les vendeurs et intermédiaires migrent vers d’autres plateformes pour continuer à faire connaître leurs services.

Sur le plan des méthodes, un éventail qui recoupe la cybercriminalité moderne : des mules financières, et des services de blanchiment tels que Black U, présentés comme spécialisés dans le nettoyage de cryptomonnaies dérobées via piratages, exploitation de failles, escroqueries et autres délits numériques. Le rapport évoque aussi des services d’échange capables de convertir les cryptos en différents actifs, un schéma décrit comme courant chez des criminels d’Asie du Sud-Est et de Corée du Nord. Cette capacité de conversion est un point sensible : elle transforme un butin numérique, traçable par nature, en valeur plus difficile à suivre, donc plus utile pour financer d’autres opérations.

Les réseaux chinois de blanchiment traiteraient environ 10 % des fonds volés dans les escroqueries dites d’« abattage illégal de porcs », souvent menées par des groupes criminels transnationaux actifs en Asie du Sud-Est. Puis, la focale se resserre sur des dossiers judiciaires. En octobre, le Trésor américain a sanctionné le conglomérat cambodgien Prince Group, son président, le ressortissant chinois Chen Zhi, et des associés, pour une vaste escroquerie en ligne présumée, avec plus de 100 sociétés écrans dédiées au blanchiment. Le texte mentionne des avoirs en bitcoins évalués à 15 milliards $ (13,8 milliards d’euros), saisis par le département de la Justice, et une arrestation suivie d’une extradition vers la Chine en janvier.

Enfin, un signal judiciaire vient rappeler que la chaîne de blanchiment a des exécutants identifiables. Mardi, Jingliang Su, ressortissant chinois, a été condamné aux États-Unis à 46 mois de prison pour son rôle dans le blanchiment de fonds issus d’escroqueries financières opérées depuis le Cambodge. Il était le neuvième participant de ce dispositif à plaider coupable, un système ayant traité 36,9 millions $ (33,9 millions d’euros) volés à 174 Américains.

Dans la guerre des flux, l’enjeu cyber-renseignement est simple : suivre l’argent à la vitesse des plateformes, avant qu’il ne change de forme. (Étude)

Cybersécurité : la stratégie nationale 2026-2030 dévoilée

Jeudi 29 janvier, au Campus Cyber de Nouvelle-Aquitaine à Bordeaux, le Gouvernement a rendu public son cap cybersécurité 2026-2030, sur fond d’attaques plus fréquentes et d’enjeux de souveraineté.

La ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne Le Hénanff, a présenté le 29 janvier la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030, aux côtés du directeur général de l’ANSSI, à Bordeaux. Le texte fixe la trajectoire de l’action publique face à l’intensification des menaces numériques et réaffirme la priorité donnée par le Premier ministre à la souveraineté, à la sécurité nationale et à la protection de la démocratie. Dans le prolongement de la Revue nationale stratégique de 2025, et d’une dynamique engagée dès 2018, la stratégie s’articule autour de cinq piliers et quatorze objectifs opérationnels.

Un cap 2026-2030 pour une menace qui monte

La scène choisie n’est pas neutre : un Campus Cyber, à Bordeaux, et une annonce portée à deux voix, celle d’Anne Le Hénanff et celle du directeur général de l’ANSSI. Jeudi 29 janvier, le Gouvernement a officialisé sa Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030 dans un climat décrit comme une intensification continue des menaces numériques. Le document, présenté comme structurant, cherche à transformer un constat anxiogène en plan d’action, en fixant le cap de l’État pour cinq ans.

L’axe politique est assumé : faire de la cybersécurité une priorité stratégique, au service de la souveraineté, de la sécurité nationale et de la protection de la démocratie. L’objectif affiché, sans détour, est de positionner la France comme une puissance cyber de premier plan, capable de protéger dans la durée citoyens, institutions, économie et infrastructures critiques face aux attaques. Dans cette formulation, on lit une double exigence : tenir sur la durée, et couvrir tout le spectre, du quotidien numérique des particuliers aux fondations vitales de l’État.

Le texte se place dans une continuité revendiquée. Il prolonge la Revue nationale stratégique de 2025, qui a fait de la cyber-résilience de la Nation un objectif stratégique, et promet d’en traduire les orientations en actions opérationnelles. L’exécutif inscrit aussi cette trajectoire dans une histoire plus longue, amorcée dès 2018 avec la Revue stratégique de cyberdéfense impulsée par le président de la République. Autrement dit, la stratégie 2026-2030 ne se présente pas comme un virage, mais comme une accélération, avec une ambition de mise en œuvre élargie, au-delà du seul cercle des spécialistes.

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Cinq piliers, quatorze objectifs, une logique de souveraineté

La charpente annoncée repose sur cinq piliers, déclinés en quatorze objectifs, tous orientés vers la résilience cyber de la Nation. Le premier pilier mise sur le facteur humain : faire de la France le plus grand vivier de talents cyber d’Europe. Cela passe par une culture de la cybersécurité installée dès le plus jeune âge et pensée comme inclusive, par des investissements dans l’ensemble de la formation en cybersécurité, et par un soutien à la dynamique des ressources humaines au niveau européen. Derrière ces formules, une réalité implicite : sans effectifs formés, la réponse technique et la défense collective restent fragiles.

Le deuxième pilier s’attaque au nerf de la guerre, la capacité à encaisser et à continuer : renforcer la résilience cyber de la Nation. Il est question de préparer le pays aux crises liées aux cyberattaques, de relever le niveau général de cyber-protection, et de simplifier les trajectoires permettant d’améliorer sa cybersécurité. L’idée est d’éviter une France à deux vitesses, entre structures capables d’investir et organisations laissées à elles-mêmes, avec des parcours plus lisibles pour progresser.

Le troisième pilier vise la menace elle-même : entraver l’expansion de la cybermenace. Le Gouvernement affirme vouloir activer tous les leviers pour décourager les agressions cyber et intégrer davantage les acteurs privés dans la cyberdéfense de la Nation. Ici, le message est autant opérationnel que dissuasif : réduire l’espace de manœuvre des attaquants, sans isoler l’État du tissu économique, souvent en première ligne.

Le quatrième pilier touche aux dépendances et au contrôle : garder la maîtrise de la sécurité des fondements numériques. La stratégie prévoit d’investir dans la sécurité des technologies numériques, de soutenir la structuration d’un marché européen des produits et services de cybersécurité, et de maîtriser les dépendances technologiques dans le champ de la sécurité numérique. Ce triptyque signale une volonté de cohérence : protéger, produire, et réduire les points de fragilité liés à des choix technologiques subis.

Enfin, le cinquième pilier projette cette ambition au-delà des frontières : soutenir la sécurité et la stabilité du cyberespace en Europe et à l’international. Il s’agit de promouvoir un cadre et une gouvernance internationale, d’agir en allié fiable au sein d’une communauté d’intérêt cyber, et de développer une capacité de cyber-solidarité. La logique est claire : la menace circule, la réponse doit coopérer.

Deux prises de parole encadrent le récit. Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances, et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, relie cyber et compétitivité : « La cybersécurité est un enjeu déterminant pour l’avenir des entreprises et la souveraineté économique de notre pays. Je salue le travail mené par Anne Le Hénanff pour déployer une stratégie qui accompagne nos entreprises pour renforcer leur résilience face aux menaces, et leur offre un cadre qui leur permet d’innover pour devenir les leaders cyber de demain. » Anne Le Hénanff, elle, insiste sur la continuité politique et l’élargissement du cercle des acteurs : « Cette Stratégie nationale cybersécurité fixe un cap et prolonge l’engagement de la France sous l’impulsion du président de la République depuis 2018. Sous l’autorité du Premier ministre Sébastien Lecornu et avec Roland Lescure, j’ai à cœur de le mettre en œuvre en associant le Gouvernement mais aussi les entreprises, les collectivités territoriales et tous les citoyens. La cybersécurité ne doit plus être un sujet d’experts mais l’affaire de tous. »

Dans le champ cyber et renseignement, cette stratégie acte une évidence : la résilience se construit autant par l’anticipation collective que par la capacité à lire l’adversaire et à réduire ses marges d’action.

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La CNIL sanctionne une publicité ciblée sans consentement valable

Données de fidélité détournées, information défaillante et sécurité insuffisante, la CNIL inflige une lourde sanction financière pour rappeler les règles encadrant la publicité ciblée sur les réseaux sociaux.

En janvier 2023, la CNIL a mené plusieurs contrôles auprès d’une société utilisant les données de son programme de fidélité à des fins de publicité ciblée sur un réseau social. Depuis février 2018, les adresses électroniques et numéros de téléphone de plus de 10,5 millions de personnes avaient été transmis afin d’afficher des publicités personnalisées. À l’issue de l’enquête, la formation restreinte de la CNIL a prononcé une amende de 3,5 millions d’euros pour plusieurs manquements au RGPD et à la loi Informatique et Libertés. La décision, adoptée en coopération avec 16 autorités européennes, met en lumière les risques juridiques et cyber liés à l’exploitation des données marketing à grande échelle.

Une exploitation massive des données de fidélité

Les contrôles réalisés par la CNIL ont mis en évidence une pratique installée dans la durée. Depuis février 2018, la société concernée transmettait les coordonnées électroniques des membres de son programme de fidélité à un réseau social. Ces informations permettaient d’afficher des publicités ciblées visant à promouvoir les produits vendus par l’entreprise. Le traitement portait sur un volume très important de données, concernant plus de 10,5 millions de personnes.

À l’issue de l’enquête, la formation restreinte, organe chargé des sanctions, a estimé que plusieurs obligations essentielles n’étaient pas respectées. Elle a prononcé une amende de 3,5 millions d’euros, un montant justifié par la gravité des manquements et l’ampleur du public concerné. La décision a été prise en coopération avec 16 homologues européens, les données de résidents de ces pays étant impliquées.

La CNIL a également choisi de rendre publique sa délibération. Elle a considéré que la publicité ciblée sur les réseaux sociaux étant largement répandue, il était nécessaire de rappeler les règles applicables. L’autorité a toutefois estimé qu’il n’était pas utile de nommer la société, privilégiant une démarche pédagogique plutôt qu’exemplaire sur le plan réputationnel.

Consentement et information, des fondements fragilisés

Le premier manquement concerne l’absence de base légale au sens de l’article 6 du RGPD. La société invoquait le consentement recueilli lors de l’adhésion au programme de fidélité, lorsque les clients acceptaient de recevoir de la prospection par SMS ou par courrier électronique. Pour la CNIL, cet argument ne tient pas.

Le formulaire d’adhésion ne mentionnait pas la transmission des données à un réseau social à des fins de publicité ciblée. Les documents accessibles depuis le site web, notamment la politique de protection des données, étaient soit silencieux sur cette transmission, soit insuffisamment clairs quant à sa finalité. Le parcours d’accès à l’information était jugé complexe, empêchant toute compréhension réelle du traitement. Dans ces conditions, le consentement ne pouvait être ni explicite ni éclairé, contrairement aux exigences du RGPD.

L’autorité a également relevé un manquement aux obligations d’information prévues aux articles 12 et 13 du règlement. Les finalités des traitements n’étaient pas clairement associées à leurs bases légales. Certaines informations manquaient, comme la finalité précise de la publicité ciblée ou la durée de conservation des données. D’autres étaient erronées, notamment les mentions relatives aux transferts internationaux, encore fondées sur le Privacy Shield, pourtant invalidé.

Failles de sécurité et gouvernance défaillante

Au-delà des aspects juridiques, la CNIL a pointé des insuffisances techniques. Les règles de complexité des mots de passe des comptes utilisateurs ont été jugées trop faibles. L’autorité a rappelé que l’utilisation de la fonction de hachage SHA-256 ne garantit pas, à elle seule, un stockage sécurisé des mots de passe, exposant les comptes à des risques accrus en cas de compromission.

Un autre manquement majeur concerne l’absence d’analyse d’impact relative à la protection des données. Aucun AIPD n’avait été réalisée avant la mise en œuvre du ciblage publicitaire. Or, le traitement combinait un volume élevé de données et des opérations de croisement, susceptibles d’engendrer un risque élevé pour les droits et libertés des personnes. Une analyse préalable aurait dû être conduite.

L’AIPD est un outil clé de conformité RGPD, à la fois juridique, organisationnel et technique, indispensable pour sécuriser les traitements de données à risque élevé. Il comprend la description détaillée du traitement et de ses finalités ; Analyse de la nécessité et de la proportionnalité ; Évaluation des risques pour les personnes et des Mesures prévues pour réduire ces risques (sécurité, gouvernance, procédures). Testez notre outil en ligne GRATUIT qui vous explique l’AIPD.

Enfin, la CNIL a relevé des violations des règles encadrant les cookies. Lors de la visite du site, onze cookies soumis à consentement étaient déposés avant tout choix de l’utilisateur. Même en cas de refus explicite, ces traceurs n’étaient ni supprimés ni désactivés, continuant à être lus en violation de la loi Informatique et Libertés.

Cette décision illustre une réalité du renseignement cyber, la conformité juridique, la sécurité technique et la transparence constituent un tout indissociable face aux usages intensifs des données personnelles.

CNIL, Transmission de données à un réseau social à des fins publicitaires, 2026 : https://www.cnil.fr/fr/transmission-de-donnees-un-reseau-social-des-fins-publicitaires-sanction

Journées de la Cyber 2026, la maturité numérique à l’épreuve

Face à l’intensification des cybermenaces, décideurs publics et privés d’Auvergne-Rhône-Alpes sont invités à deux journées pour évaluer leurs risques, tester leur maturité et préparer des réponses opérationnelles.

Les Journées de la Cyber 2026 se tiendront les jeudi 5 et vendredi 6 mars 2026 au Campus Région du numérique. Cinquième édition d’un événement devenu une référence en Auvergne-Rhône-Alpes, elles réuniront décideurs, cadres, acteurs de la transformation numérique et professionnels de la cybersécurité. Portée par Digital League, le Clusir, l’ADIRA, l’ENE, Minalogic et le Campus Région du numérique, cette rencontre vise à aider les organisations à comprendre les enjeux cyber, mesurer leur niveau de maturité et se préparer à l’action. Conférences, ateliers, tables rondes et temps de networking structureront deux journées centrées sur les risques numériques, les cyberattaques et les réponses concrètes à mettre en œuvre.

Un rendez-vous régional face à la pression cyber

En Auvergne-Rhône-Alpes comme ailleurs, la cybersécurité s’impose désormais au sommet des priorités stratégiques. Les Journées de la Cyber 2026 s’adressent explicitement aux décideurs, dirigeants et cadres du secteur public et privé, confrontés à une exposition croissante aux risques numériques. L’événement, organisé sur deux journées consécutives, se positionne comme un espace de prise de recul et d’évaluation. Il ne s’agit pas seulement de sensibiliser, mais de permettre aux participants de mesurer concrètement leur maturité cyber, d’identifier leurs fragilités et de comprendre les menaces qui pèsent sur leurs organisations.

La cinquième édition confirme l’ancrage régional de ce rendez-vous. Soutenu par un écosystème d’acteurs institutionnels et économiques reconnus, il reflète la structuration progressive d’une communauté cyber locale. Le choix du Campus Région du numérique comme lieu d’accueil souligne cette volonté de lier transformation numérique et sécurité des systèmes d’information. Dans un contexte où les cyberattaques, notamment les ransomwares, touchent indistinctement collectivités, hôpitaux, PME et grands groupes, la question n’est plus théorique. Elle devient opérationnelle et immédiate.

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Des formats pour passer de la prise de conscience à l’action

Le programme annoncé repose sur une alternance de formats destinés à favoriser l’échange et le retour d’expérience. Keynotes, plénières et tables rondes doivent apporter une vision d’ensemble des enjeux cyber, tandis que les ateliers thématiques visent un niveau plus opérationnel. L’objectif affiché est clair : permettre aux participants de poser leurs questions, confronter leurs pratiques et repartir avec des pistes concrètes.

Les organisateurs mettent en avant des témoignages et des échanges autour des bonnes pratiques et des solutions existantes en matière de cybersécurité. Cette approche collective traduit une réalité du terrain. La défense numérique ne repose plus uniquement sur des outils, mais sur des choix de gouvernance, des arbitrages budgétaires et une compréhension partagée des risques. Les temps de networking, déjeuners et cocktail de fin de journée inclus, participent de cette logique de mise en relation entre décideurs et experts.

En filigrane, les Journées de la Cyber 2026 interrogent la capacité des organisations à passer d’un discours sur la transition numérique à une maîtrise réelle de leurs risques. Cybersécurité, cyberattaques, gestion des risques et menaces comme les ransomwares constituent le socle des discussions. Pour les décideurs régionaux, l’enjeu dépasse l’événement lui-même. Il s’agit de transformer la prise de conscience en action durable, dans un environnement numérique devenu un terrain d’affrontement permanent.

La cybersécurité s’affirme ici comme un levier de souveraineté organisationnelle et de résilience face aux menaces informationnelles.

Journées de la Cyber, Journées de la Cyber 2026, 2025 : https://www.journees-cyber.com/

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L’IA responsable, pilier de la souveraineté numérique marocaine

L’intelligence artificielle s’impose au Maroc comme un enjeu de gouvernance, de sécurité et de souveraineté, dépassant la seule innovation technologique pour toucher aux droits fondamentaux et à la maîtrise de la donnée.

Lors de la journée AI Made in Morocco, le président de la CNDP, Omar Seghrouchni, a défendu une vision structurée d’une intelligence artificielle responsable au Maroc. Cette approche repose sur un cadre national intégrant exigences réglementaires, éthiques, sécuritaires et respect des droits fondamentaux. L’initiative conjointe avec le ministère de la Transition numérique vise à encadrer techniquement et juridiquement la conception des systèmes d’IA. L’accent est mis sur la fiabilité, la qualité des données, l’adaptation locale des modèles de langage et la souveraineté numérique. La donnée devient un actif stratégique, au cœur des enjeux géopolitiques et de confiance numérique.

Un cadre national pour maîtriser les risques de l’IA

Le 12 janvier 2026, lors de l’événement AI Made in Morocco, Omar Seghrouchni, président de la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel, a posé les fondations d’une doctrine marocaine de l’intelligence artificielle responsable. Son discours s’inscrit dans une logique de prévention des risques liés aux traitements algorithmiques, à un moment où l’IA s’infiltre dans les services publics, l’administration et l’économie numérique partout dans le monde.

La démarche portée conjointement par la CNDP et le ministère de la Transition numérique ne se limite pas à une déclaration d’intentions. Elle se matérialise par un cadre national de référence, conçu comme un ensemble cohérent d’exigences architecturales, structurelles et fonctionnelles. Chaque système d’IA est envisagé comme une chaîne complète, depuis la phase de conception jusqu’à son déploiement opérationnel. Cette approche vise à intégrer la sécurité et la fiabilité dès l’origine, plutôt que de tenter de corriger des dérives a posteriori.

Dans une perspective cyber, cette exigence est déterminante. Une faiblesse dans l’architecture d’un système d’IA peut ouvrir la voie à des manipulations, à des décisions biaisées ou à des atteintes aux droits des personnes. En posant des standards rigoureux, le cadre national cherche à réduire ces vulnérabilités structurelles, tout en instaurant un langage commun entre développeurs, décideurs et autorités de contrôle.

Langues, données et souveraineté numérique

L’un des axes les plus structurants du discours concerne le développement de plateformes reposant sur des Modèles de Langage de Grande Taille adaptés au contexte marocain. Ces LLM sont conçus pour intégrer les langues locales, les spécificités culturelles et le cadre juridique national. Cette orientation marque une rupture avec l’usage de modèles génériques, souvent entraînés sur des corpus étrangers et porteurs de biais exogènes.

L’enjeu dépasse la simple performance linguistique. En adaptant les modèles au contexte national, le Maroc cherche à renforcer l’acceptation sociale de l’IA et à garantir la pertinence des services numériques destinés aux citoyens, aux entreprises et aux administrations. Cette localisation des modèles participe également à la construction d’une identité numérique souveraine, limitant la dépendance technologique et les risques d’exposition des données à des acteurs extérieurs.

Omar Seghrouchni a rappelé que la mission de la CNDP ne consiste pas à protéger les données en tant qu’objets, mais à encadrer les traitements qui en sont faits. L’IA illustre parfaitement cette distinction. Des données licites peuvent produire des effets préjudiciables lorsqu’elles sont croisées, inférées ou exploitées par des algorithmes puissants. D’où la nécessité d’un accord social et éthique, comparé à un code de la route, définissant les usages acceptables de l’IA.

La fiabilité des systèmes repose enfin sur la qualité des données et l’intégrité des processus tout au long du cycle de vie de l’IA, de l’entraînement à l’apprentissage continu. Des données biaisées ou des pratiques non éthiques conduisent mécaniquement à des résultats erronés, avec des impacts potentiellement durables sur les individus et les institutions.

En élargissant son propos à la géopolitique de la donnée, le président de la CNDP a souligné que les données personnelles sont devenues des actifs stratégiques, de véritables instruments de gouvernance. À l’ère de l’IA, leur maîtrise conditionne la souveraineté numérique et la confiance collective, plaçant le Maroc à la croisée des enjeux cyber, renseignement et innovation en Afrique du Nord.

Force technologique américaine, l’État recrute ses remplaçants

Après des coupes massives dans les équipes numériques fédérales, Washington lance une « Force technologique américaine ». L’initiative promet l’efficacité, mais déplace le risque cyber vers la dépendance, l’accès et les conflits d’intérêts.

Une note de l’Office américain de gestion du personnel (OPM) annonce la création de la « Force technologique américaine », après des réductions drastiques menées début 2025 par le DOGE d’Elon Musk. Selon le récit, des entités comme l’USDS, 18F et des équipes de la CISA ont été dissoutes ou amputées, dont une équipe « cyber » d’environ 100 personnes, tandis que l’IRS aurait perdu 2 000 professionnels IT et la SSA fermé son bureau de modernisation. Le nouveau programme recruterait des « chercheurs » pour deux ans, encadrés par des cadres issus du secteur privé, avec des partenaires cités comme Anduril, Palantir, OpenAI, Google, Microsoft et xAI. La bascule soulève des enjeux de gouvernance, d’audit et de souveraineté numérique.

Services numériques démantelés, sécurité fragilisée

Le fil rouge est celui d’une politique de rupture, puis d’un retour contraint à la réalité. Début 2025, le Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE), dirigé à l’époque par Elon Musk, mène une campagne de réduction des effectifs dits « redondants » au sein du gouvernement fédéral. Le texte affirme que l’unité d’élite de transformation numérique, le Service numérique des États-Unis, a été particulièrement visée, avec la dissolution de l’USDS et de l’équipe 18F de la GSA. Même la CISA, pivot de la cybersécurité nationale, est touchée, avec le départ de centaines d’experts et la perte d’une équipe rouge (red team) de haut niveau composée d’environ 100 personnes.

L’impact décrit est celui d’une mécanique qui ne pardonne pas : licencier ne modernise pas un système, et renommer une structure ne maintient pas des serveurs. Le texte évoque des « données publiques » selon lesquelles l’IRS aurait perdu environ 2 000 professionnels IT durant cette période, tandis que la Social Security Administration aurait fermé son bureau de modernisation technologique, jugé comme un outil de « gaspillage« . La conséquence, telle qu’elle est racontée, est une inertie opérationnelle : projets stoppés, défenses affaiblies, et une capacité de simulation d’attaque réduite, précisément au moment où les systèmes fédéraux sont décrits comme obsolètes.

Un détail de gouvernance renforce ce constat : Elon Musk aurait reconnu que les actions de DOGE n’ont été que « partiellement fructueuses » et aurait indiqué qu’il y a des choses qu’il ne referait pas. Même sans chiffres supplémentaires, l’aveu vaut signal. Dans le renseignement cyber, la perte de compétences internes ne se mesure pas seulement en postes supprimés, mais en routines cassées : analyses, audits, exercices, et gestion fine des accès. Une « Red Team » n’est pas un luxe. C’est un dispositif de prévention, qui teste les angles morts avant qu’un adversaire ne les transforme en incident.

C’est dans ce contexte qu’intervient l’annonce de l’OPM sur la création de la « Force technologique américaine ». Le message implicite, presque ironique, est que l’administration a découvert un manque : après les coupes, « personne ne faisait le travail » (Sic!). La note attribuée à Scott Kupor, directeur de l’OPM, insiste sur une « qualité essentielle » qui aurait manqué aux structures précédentes. Vu de l’extérieur, la séquence ressemble à un effet boomerang : supprimer, rebaptiser, recruter.

Silicon Valley intégrée, dépendance et risque d’accès

La rupture la plus sensible n’est pas le retour du recrutement, mais la manière. Le programme décrit ne se contente pas de réembaucher des fonctionnaires. Il formalise une intégration profonde du secteur privé dans la conduite des projets. Les participants sont appelés « chercheurs« , pour un mandat de deux ans. Le texte précise que le recrutement s’affranchit d’exigences scolaires ou professionnelles traditionnelles, au profit d’une logique de « talent » plus large.

Surtout, la gouvernance projetée change de nature : l’équipe dirigeante serait composée de personnes issues du secteur technologique. Des partenaires sont cités, Anduril et Palantir, et des géants comme OpenAI, Google, Microsoft et xAI seraient appelés à détacher des employés auprès d’agences fédérales pour piloter des chantiers d’IA, de modernisation des données et de développement d’applications. Le mécanisme décrit crée deux effets. D’abord, un circuit de mobilité : après deux ans au gouvernement, les entreprises participantes seraient incitées à recruter en priorité ces chercheurs, transformant l’État en vivier. Ensuite, une dépendance technique : quand des cadres d’un fournisseur guident un projet, les choix d’outils et d’architectures ont tendance à suivre la trajectoire du fournisseur.

Les inquiétudes évoquées se concentrent sur deux axes. Le premier est le conflit d’intérêts, lorsque des décisions de réduction d’effectifs et des choix technologiques peuvent se répondre. Le second est la cybersécurité, plus structurelle : peut-on bâtir une défense durable en s’appuyant sur des détachements courts, renouvelés tous les deux ans, alors que les équipes licenciées étaient décrites comme chevronnées ? Dans une administration, la sécurité tient à la mémoire : qui a accès à quoi, pourquoi, depuis quand, et comment on le retire sans casser l’opérationnel. Une rotation rapide complique l’audit, l’imputabilité et la maîtrise des privilèges.

Bref, passer d’un modèle d’ »ADN numérique » interne, incarné par USDS et 18F, à une reliance assumée aux géants technologiques. Pour le cyber-renseignement, le point critique est simple : plus l’accès et la gouvernance se privatisent, plus l’État doit durcir ses garde-fous, sinon la modernisation devient une surface d’attaque.

Europol alerte sur le crime autonome à l’horizon 2035

Drones, robots sociaux, véhicules sans pilote : Europol décrit un futur où la machine sert autant à surveiller qu’à frapper. D’ici 2035, la criminalité pourrait devenir plus discrète, plus rapide, plus scalable.

Dans son rapport « L’avenir sans pilote : l’impact de la robotique et des systèmes autonomes sur les forces de l’ordre », Europol avertit que robots, drones et systèmes autonomes peuvent transformer la criminalité d’ici 2035. L’agence estime que l’usage criminel existe déjà et pourrait s’étendre à la contrebande, l’intimidation de masse, la fraude et l’exploitation sexuelle des enfants. Le document identifie quatre tendances motrices : convergence IA-technologies, essor industriel de la robotique, intégration sociale croissante et guerre comme accélérateur d’innovation. Europol envisage des scénarios incluant reconnaissance longue durée, attaques coordonnées contre infrastructures, manipulation via robots sociaux, et défis juridiques sur responsabilité et preuve.

Des machines pour voler, suivre, intimider

Europol ne parle pas d’un gadget de plus, mais d’un changement de décor. Dans « L’avenir sans pilote : l’impact de la robotique et des systèmes autonomes sur les forces de l’ordre », l’agence projette un monde où les machines se glissent partout, dans les rues, les entrepôts, les foyers, et deviennent des outils de crime aussi banals que le smartphone l’a été pour les escrocs. Catherine De Bolle, directrice exécutive d’Europol, pose le cadre : l’intégration des systèmes sans pilote dans des actes illégaux « est déjà une réalité », et la question n’est plus de savoir si ces technologies seront détournées, mais comment criminels et terroristes s’en empareront dans les prochaines années. Son parallèle avec Internet et les téléphones intelligents est un avertissement : les opportunités sont immenses, les angles morts aussi.

Le rapport attribue cette bascule à quatre forces. D’abord la convergence, l’IA mêlée au reste, capteurs, navigation, communications, fabrication. Ensuite l’expansion industrielle de la robotique, qui rend ces objets plus accessibles, plus variés, plus remplaçables. Puis l’intégration sociale, car la machine n’est plus cantonnée à l’usine, elle entre dans la vie quotidienne. Enfin la guerre, décrite comme moteur d’innovation, qui accélère la diffusion de méthodes et d’outils.

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À partir de là, Europol déroule des scénarios. L’un imagine des centres-villes confrontés à davantage d’attaques impliquant des robots, tandis que des travailleurs déplacés manifestent devant des entrepôts automatisés. La tension est double : choc économique et montée de délits, cybercriminalité, vandalisme, vol organisé. Les autorités, elles, doivent concilier l’efficacité d’un monde automatisé avec une exigence qui ne s’automatise pas : la confiance du public.

Europol insiste aussi sur une criminalité plus « fonctionnelle« . Des drones employés pour des vols. Des véhicules autonomes provoquant des blessures à des piétons. Et surtout la reconnaissance longue durée, le renseignement patient, effectué par des systèmes sans pilote capables de surveiller, de suivre, de collecter, au service d’intentions malveillantes comme ce fût le cas pour une tentative d’enlévement d’une professionnelle de la cryptomonnaie. Le fil conducteur est clair : l’autonomie abaisse le coût de la présence. On n’a plus besoin d’un guetteur humain en bas d’un immeuble si une machine observe à sa place.

Le rapport convoque également l’exemple des « drones de garage » popularisés par la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, avec une référence à l’opération « Toile d’araignée« , décrite comme une frappe coordonnée contre cinq bases aériennes russes majeures. L’enseignement, côté criminalité, est inquiétant : si des plans circulent et que des chaînes d’approvisionnement se structurent, des capacités jadis militaires peuvent devenir « assemblables », adaptables, et donc imitables.

Quand la vie privée s’efface, la loi vacille

Le scénario le plus anxiogène est celui d’une quasi-disparition de la vie privée. Europol imagine des systèmes assez puissants pour observer presque tout le monde, presque partout, presque tout le temps. Selon leur configuration, ils pourraient collecter des données à l’insu des personnes, sans consentement explicite. Dans un monde déjà saturé de capteurs, l’autonomie n’ajoute pas seulement des yeux, elle ajoute de la persistance, et donc une mémoire exploitable.

Le rapport pousse la fiction opérationnelle plus loin : de petites cellules extrémistes dotées de quadricoptères de poche guidés par IA et de drones sous-marins chenillés, construits à partir de plans CAO disponibles mondialement, avec blindage composite imprimé en 3D. Il évoque aussi des liaisons, anciennes fibres optiques enroulées ou lasers à impulsions courtes, qui rendraient ces machines presque invisibles jusqu’aux dernières secondes, ouvrant la voie à des attaques coordonnées contre des infrastructures critiques. Le message sous-jacent est une convergence des domaines : innovations militaires, criminalité, maintien de l’ordre, tout se mélange.

Ce brouillage pose des questions que les forces de l’ordre se posent déjà et qui deviendront quotidiennes. Comment « interroger » un robot ? Comment évaluer l’intention d’un humanoïde, ou reconstituer la cause d’un incident impliquant une voiture autonome ? Le problème n’est pas philosophique, il est probatoire. La machine produit des logs, mais qui les détient, qui les altère, qui les comprend, et selon quelles règles ?

Vient alors la question de la responsabilité. Si un système autonome enfreint la loi, qui répond ? Le propriétaire, le fabricant, le développeur, ou le système lui-même ? Europol estime que le droit actuel ne permet pas de trancher avec certitude. Face à ces menaces, les chercheurs recommandent une approche conjointe pour renforcer les capacités des forces de l’ordre, au niveau national et européen. Et le rapport renvoie aussi les entreprises à une obligation simple, mais rarement anticipée : intégrer la sécurité dès l’adoption de l’IA ou de la robotique, identifier les risques avant le déploiement, et les traiter avant qu’ils ne deviennent des usages criminels.

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La dérive des domaines parqués, nouvel angle mort cyber

Longtemps réduits à des pages de publicité sans enjeu, les domaines parqués basculent vers une fonction d’aiguillage massif vers l’arnaque, le malware et l’illégal.

Une étude d’Infoblox décrit un renversement net du risque associé aux domaines parqués. Alors qu’ils étaient surtout perçus comme des sites « oubliés » affichant des annonces, ces domaines serviraient désormais de relais d’attaque. Plus de 90 % des visites observées, soit plus de neuf cas sur dix, aboutissent à des redirections vers des arnaques, des logiciels malveillants, des contenus illicites ou des malwares. Le mécanisme central s’appuie sur des systèmes publicitaires dits de direct search, ou zero-click, qui peuvent réorienter l’internaute sans action. La complexité de l’écosystème rend l’abus difficile à signaler.

Quand le « parking » devient une infrastructure de redirection

Le domaine parqué appartient à l’archéologie vivante du Web. Un nom de domaine est enregistré, mais le site n’est pas développé. À la place, une page de parking s’affiche, typiquement alimentée par de la publicité. Cette pratique a longtemps été traitée comme un bruit de fond : une conséquence banale de la spéculation sur les noms, des projets abandonnés, ou de stratégies défensives autour de marques. L’étude soutient que ce décor a changé de nature. Ce qui comptait surtout comme un résidu numérique se transformerait en vecteur fiable pour des opérations malveillantes.

Le point de rupture, tel que présenté, se situe dans la manière dont les visiteurs sont monétisés. Plus de 90 % des visites dirigées vers des domaines parqués finissent désormais sur des pages à risque. Le chiffre, pris au pied de la lettre, signifie qu’au-delà de neuf visites sur dix se traduisent par une redirection vers des arnaques, des scarewares, des contenus illégaux ou des logiciels malveillants. L’intérêt de ce résultat, s’il se confirme dans la durée, est moins la surprise statistique que le signal opérationnel : l’utilisateur n’atterrit plus sur une page publicitaire statique, il est « emmené » ailleurs, souvent immédiatement.

Un basculement dû à l’exploitation d’un mécanisme publicitaire qualifié de direct search, aussi décrit comme zero-click. La promesse implicite est simple : un internaute arrive sur un domaine parqué, et la chaîne publicitaire choisit une destination finale supposée pertinente, sans exiger de clic. En pratique, cette absence d’action humaine est précisément ce qui intéresse un acteur malveillant. Elle réduit les frictions, accélère le parcours et complique l’enquête, car l’infection ou l’arnaque se déclenche après une redirection automatique, pas après un choix explicite de l’utilisateur.

Le rapport insiste aussi sur un paradoxe technique. Les plateformes de parking et les grands intermédiaires publicitaires déploient des protections antifraude. Ces garde-fous, conçus pour filtrer le trafic artificiel, les robots ou les campagnes trop visibles, peuvent produire un effet inattendu : offrir aux cybercriminels des moyens supplémentaires pour camoufler leurs manœuvres. Autrement dit, une logique de conformité publicitaire et de lutte contre la fraude pourrait, involontairement, améliorer la discrétion de campagnes abusives en leur permettant de se fondre dans des flux considérés comme « normaux » par l’écosystème.

 

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Le direct search, ou comment capter l’attention sans clic

L’intérêt cyber du direct search ne se limite pas à la redirection. Il touche à la mesure, au ciblage et à l’attribution, trois piliers des systèmes publicitaires modernes. Un schéma où l’internaute, venu parfois par erreur ou par habitude, est pris en charge par une mécanique d’enchères et d’orientation. La page de parking devient un sas : elle ne présente pas un contenu, elle aiguillonne vers un autre domaine, choisi par un « annonceur ». Le mot compte, car l’étude affirme que ces annonceurs diffusent fréquemment, non pas des produits légitimes, mais des escroqueries et des malwares.

Le zéro clic a aussi un autre effet : il réduit la capacité de l’utilisateur à se rendre compte qu’il a « changé de site ». Dans une séquence rapide, surtout sur mobile, l’internaute peut ne retenir qu’un seul geste, entrer une adresse, puis se retrouver devant une interface agressive, une fausse alerte de sécurité, un service illégal, ou un téléchargement piégé. Pour le renseignement de sécurité, l’enjeu est la traçabilité. Plus la chaîne est courte et automatique, plus il est difficile de distinguer l’accident (mauvaise saisie, domaine expiré) de l’abus systémique.

Des évolutions récentes des politiques de Google « semblent » avoir accru l’exposition des utilisateurs. Le texte ne détaille pas ces changements, mais la formulation est importante : le risque ne viendrait pas uniquement des attaquants, il serait amplifié par des ajustements de règles, de filtrage ou d’acceptation, côté plateformes. Dans l’économie du Web, une modification de politique, même bien intentionnée, peut déplacer la pression d’un endroit à un autre. Pour les acteurs malveillants, il suffit souvent d’une fenêtre de compatibilité pour industrialiser une tactique.

« Il y a dix ans, les recherches montraient que les domaines parqués étaient majoritairement inoffensifs et représentaient tout au plus un bruit de fond numérique » explique Renée Burton, vice-présidente d’Infoblox.  Aujourd’hui, nos travaux démontrent qu’ils sont devenus presque exclusivement malveillants. La transformation est frappante : ce qui n’était qu’un bruit de fond sur Internet est désormais une menace persistante, omniprésente et largement sous-estimée. » Pour une lecture cyber, cette déclaration pose une hypothèse forte : l’espace publicitaire associé aux domaines parqués ne serait plus marginalement pollué, il serait structurellement retourné.

Ce type de bascule intéresse aussi le renseignement au sens large, parce qu’il indique une capacité d’adaptation. Les attaquants ne se contentent pas d’exploiter des failles logicielles, ils réinvestissent des mécanismes économiques. Quand l’accès à une victime potentielle passe par une chaîne publicitaire, la défense doit combiner des réflexes de lutte anti-fraude, des contrôles DNS et une compréhension fine des redirections. La menace se situe moins dans la page visible que dans l’orchestration qui suit.

Trois portefeuilles de domaines, des tactiques avancées, un signalement quasi impossible

L’étude met en avant trois grands détenteurs de portefeuilles de domaines, décrits comme des « domainers », associés à des tactiques évoluées. Ce point compte, car il déplace l’attention du domaine isolé vers la capacité industrielle. Un acteur qui contrôle un large inventaire de noms peut tester, segmenter, puis optimiser. Cela ressemble moins à une campagne opportuniste qu’à une chaîne d’approvisionnement, avec des variantes selon la géographie, le terminal, l’heure, ou le profil supposé du visiteur.

Dans un contexte de parking et de redirections, le profilage des internautes peut servir à choisir la charge utile : afficher une page publicitaire anodine à un enquêteur, mais envoyer un utilisateur « ordinaire » vers une arnaque plus agressive. Cette logique de double visage est un classique de l’évasion. Elle rend les reproductions difficiles : deux visites successives peuvent produire deux destinations différentes, ce qui complique l’établissement d’une preuve stable.

Le rapport cite aussi l’exploitation de lookalike/typo squatting domains. L’idée est d’utiliser des noms qui ressemblent à des marques ou à des services connus, sans être identiques. Dans la pratique, la ressemblance suffit parfois à capter une fraction du trafic, surtout quand l’utilisateur tape vite, sur un clavier mobile, ou suit un lien tronqué. La collecte de mails via des fautes de frappe. Là encore, la logique est d’extraire de la valeur d’un écart minuscule. Une adresse saisie avec une erreur peut envoyer un message vers un domaine contrôlé par un tiers, offrant une opportunité de collecte, de phishing secondaire, ou de revente.

L’étude mentionne aussi l’usage de techniques DNS rares comme le fast flux. Le fast flux consiste à faire bouger rapidement les adresses IP associées à un nom, afin de compliquer le blocage et l’attribution. Si ce mécanisme est réellement observé dans l’écosystème des domaines parqués, il indique une maturation. On n’est plus seulement sur de la publicité douteuse, mais sur des méthodes historiquement liées à la résilience d’infrastructures malveillantes.

Pour finir, une difficulté centrale apaprait clairement : chaque acteur viserait des marques et des publics différents, ce qui rend la menace diffuse. Cette dispersion a un effet de brouillard. Une entreprise qui surveille sa marque peut détecter certains typo squatting, mais pas l’ensemble. Un utilisateur peut être touché une fois, sans que cela produise une vague visible. Les équipes de réponse à incident, elles, risquent de voir des cas isolés, sans relier immédiatement le symptôme, une redirection depuis un domaine parqué, à une infrastructure plus large.

La phrase la plus opérationnelle, dans ce cadre, concerne le signalement. Selon l’étude, l’empilement d’intermédiaires et la sophistication des redirections rendent la dénonciation des abus « quasiment impossible ». Pour la cybersécurité, ce n’est pas qu’un problème administratif. C’est un indicateur de surface d’attaque durable. Si la boucle de remontée est lente, fragmentée, ou opaque, l’attaquant bénéficie d’un temps d’exploitation long. Et dans un système publicitaire, la vitesse joue pour celui qui sait itérer, mesurer et ajuster.

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Caméras de vidéosurveillance : une base de plaques d’immatriculation ouverte à tous.

En Ouzbékistan, une base liée à la lecture automatique des plaques a été trouvée accessible sans protection. Derrière l’incident, un risque massif de traçage des déplacements et d’abus de données.

Le chercheur en sécurité Anurag Sen a identifié une exposition majeure : la base de données d’un système ouzbek de reconnaissance de plaques d’immatriculation était consultable en ligne sans contrôle d’accès. Selon TechCrunch, des centaines d’ensembles de caméras routières scannent en continu véhicules et occupants, enregistrant quotidiennement des milliers d’infractions. La base exposée donnerait accès à une interface web, aux coordonnées des caméras, ainsi qu’à des millions de photos et vidéos en 4K. Le dispositif est rattaché au ministère de l’Intérieur, via son Département de la sécurité publique, sans réponse officielle. Le système serait présenté comme une solution “intelligente” de trafic, fournie par Maxvision.

Une base ouverte, un pays cartographié

L’alerte part d’un constat simple, et glaçant : une base de données nationale, pensée pour surveiller la route, se retrouvait ouverte comme un dossier public. Le spécialiste en sécurité informatique Anurag Sen dit avoir découvert que le système ouzbek de reconnaissance des plaques d’immatriculation exposait librement ses informations en ligne. N’importe quel internaute pouvait, selon lui, consulter l’ensemble des données, sans authentification. Personne ne sait depuis quand l’accès était ainsi possible. En revanche, le calendrier du dispositif est connu : la base aurait été mise en service en septembre 2024, tandis que la surveillance du trafic aurait commencé au milieu de l’année 2024.

Selon TechCrunch, l’Ouzbékistan s’appuie sur une centaine de groupes de caméras de circulation, capables de scanner en continu plaques et occupants. L’infrastructure ne se contente pas de constater un excès de vitesse. Elle consignerait chaque jour des milliers d’infractions très diverses : feux rouges franchis, ceinture non bouclée, circulation de véhicules non immatriculés. L’industrialisation est visible dans le déploiement : une analyse évoque au moins une centaine d’ensembles installés dans les grandes villes, aux carrefours les plus fréquentés et près des nœuds de transport.

La géographie citée dessine un maillage précis. Des dispositifs seraient présents à Tachkent, mais aussi à Jizzakh et Karshi au sud, à Namangan à l’est. Certains se trouveraient hors des centres urbains, le long de routes proches de l’ancienne frontière contestée entre l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. Ce détail compte : placer des lecteurs de plaques dans des zones rurales ou frontalières transforme un outil de “gestion du trafic” en instrument de suivi des flux, donc de repérage des itinéraires.

 

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L’autre élément aggravant tient à la qualité des preuves collectées. Ces équipements enregistreraient de la vidéo et prendraient des photos en 4K. Le système exposé donnerait accès à une interface web, avec tableau de bord, permettant à des opérateurs de consulter les dossiers d’infractions. Dans ce contexte, l’ouverture de la base ne signifie pas seulement fuite de texte. Elle implique l’accès à des images exploitables, à des séquences, à des plaques lisibles, et potentiellement à des scènes de vie saisies sur la voie publique.

Sen explique que cette exposition offrirait une occasion unique d’observer comment fonctionnent les systèmes nationaux de lecture de plaques, quels champs sont collectés, et comment ces données peuvent servir à suivre les déplacements de millions de personnes. Sur le plan cyber, l’argument est double : comprendre l’outil, mais aussi mesurer l’impact lorsqu’il tombe entre de mauvaises mains. Une base de plaques et de vidéos n’est pas une simple archive. C’est une mémoire des mouvements, des routines, des rencontres, et parfois des vulnérabilités.

Silence institutionnel et effet miroir international

L’administration responsable est identifiée : le système dépendrait du Département de la sécurité publique du ministère de l’Intérieur ouzbek. Pourtant, selon TechCrunch, aucune réponse n’aurait été apportée aux demandes de commentaire. Même scénario côté réponse aux incidents : l’UZCERT aurait seulement renvoyé un accusé de réception automatique. Dans les affaires d’exposition de données, ce silence a un coût opérationnel. Il prolonge l’incertitude sur la période d’ouverture, donc sur le nombre de consultations possibles, et il retarde la communication de mesures de réduction du risque pour les personnes potentiellement traquées.

Le dossier comporte aussi une dimension industrielle. La plateforme déployée en Ouzbékistan est présentée comme un “système intelligent de gestion du trafic” attribué à l’entreprise chinoise Maxvision. D’après des documents publics cités, Maxvision exporterait des solutions de sécurité et de surveillance vers plusieurs pays, dont le Burkina Faso, le Koweït, Oman, le Mexique, l’Arabie saoudite et l’Ouzbékistan. Cette circulation des technologies compte autant que la faille elle-même : quand une solution est déployée à grande échelle, une faiblesse de conception, une mauvaise configuration ou un défaut de durcissement peut se reproduire, d’un site à l’autre, avec des conséquences transfrontalières.

L’incident ouzbek n’est pas présenté comme isolé. Wired aurait révélé plus tôt dans l’année que plus de 150 caméras de lecture de plaques aux États-Unis étaient accessibles en ligne sans protection. 404 Media aurait, de son côté, décrit des caméras Flock exposées publiquement, permettant d’observer en temps réel des usages de traçage. Ces rappels ne servent pas à relativiser, mais à caractériser un phénomène : l’infrastructure de surveillance, quand elle est connectée, devient une surface d’attaque. Et lorsqu’elle est mal protégée, la surveillance bascule en fuite de renseignement sur la population.

Dans une logique de cyber-renseignement, l’enjeu n’est pas la caméra, mais l’index central qui transforme des images en trajectoires exploitables.

 

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Sources :

Inside Uzbekistan’s nationwide license plate surveillance system


https://www.wired.com/story/license-plate-reader-live-video-data-exposed/
https://www.404media.co/flock-exposed-its-ai-powered-cameras-to-the-internet-we-tracked-ourselves/

La Corée du Sud impose la reconnaissance faciale pour les SIM

Après deux fuites massives en 2025, Séoul change de doctrine. Les opérateurs devront vérifier l’identité des acheteurs de cartes SIM par scan du visage, pour freiner le fléau des numéros frauduleux.

Le gouvernement sud-coréen lance un programme obligeant les opérateurs télécoms à vérifier l’identité des acheteurs de cartes SIM par reconnaissance faciale. La procédure s’appuiera sur l’application PASS, utilisée par SK Telecom, LG Uplus et Korea Telecom, qui stocke des données numériques des abonnés. Lors de l’activation d’un nouveau numéro, le visage du client sera comparé aux données biométriques disponibles dans PASS. L’objectif est de compliquer l’achat de lignes au nom de tiers, pratique alimentant des escroqueries comme le voice phishing. La mesure intervient après deux grandes fuites en 2025, touchant environ 52 millions de personnes.

Quand une carte SIM devient une arme de fraude

En Corée du Sud, la vente d’une carte SIM ne relève plus d’un simple acte commercial. Le gouvernement annonce une nouvelle étape : obliger les opérateurs à vérifier l’identité des acheteurs en scannant leur visage. La logique est assumée par le ministère des Sciences et des Télécommunications : trop de numéros sont enregistrés sur la base de données volées, puis utilisés dans des arnaques, notamment le voice phishing, cette fraude par appel où l’usurpation d’identité fait le reste.

Jusqu’ici, les vendeurs demandaient des documents. Désormais, ce ne sera « plus suffisant ». Le dispositif vise précisément la faille opérationnelle décrite par les autorités : des criminels parviennent à enregistrer en masse des SIM en utilisant les informations personnelles d’autrui. Une fois la ligne activée, elle devient un outil jetable, dissocié de la vraie identité du fraudeur, mais redoutablement efficace pour appeler, piéger, extorquer ou détourner des comptes.

Le programme s’appuie sur PASS, une application utilisée par les trois principaux opérateurs du pays, SK Telecom, LG Uplus et Korea Telecom. PASS centralise des données numériques des utilisateurs. Dans la nouvelle procédure, l’activation d’un numéro sera liée à ce canal : le visage de l’acheteur, capturé lors de la souscription, sera comparé aux données biométriques stockées dans PASS. L’objectif est clair : réduire l’écart entre l’identité affichée sur un contrat et la personne réelle qui repart avec une ligne active.

Pour le cyber et le renseignement, l’intérêt n’est pas seulement la biométrie. C’est l’idée d’un verrou ajouté au point le plus banal, l’achat d’une SIM, parce que ce geste alimente ensuite une chaîne entière d’abus. Les autorités parient qu’en liant l’activation à une vérification faciale, les fraudeurs auront plus de mal à « consommer » des identités volées, même s’ils disposent de documents ou de données complètes. C’est une réponse de type contrôle d’accès, appliquée non pas à un réseau, mais à l’attribution d’un numéro, c’est-à-dire à la capacité d’entrer en contact avec une victime.

Deux fuites en 2025, une pression politique immédiate

Ce durcissement se comprend à la lumière d’un contexte que le gouvernement décrit comme devenu explosif. En 2025, deux fuites majeures auraient touché plus de la moitié de la population, environ 52 millions de personnes. L’ampleur, citée par les autorités, joue ici le rôle de déclencheur : quand les bases d’identité se diffusent, la fraude à la SIM devient mécaniquement plus simple, parce qu’elle repose sur des pièces « valables » en apparence.

Un premier épisode concerne Coupang. Selon les éléments rapportés, l’enseigne de commerce en ligne aurait exposé plus de 30 millions d’enregistrements. Environ un mois après, le directeur général a perdu son poste. Le message implicite est brutal : l’incident n’est pas traité comme une simple panne de sécurité, mais comme un événement de gouvernance.

L’autre cas touche SK Telecom, déjà cité comme un pilier de l’écosystème PASS. Plus tôt dans l’année, l’opérateur a subi une attaque et des acteurs ont volé des informations concernant 23 millions d’abonnés. La réaction réglementaire a été lourde : une amende de 100 million $ (92,0 millions d’euros) et l’obligation de compenser les victimes. Les autorités justifient cette sanction par des manquements graves en sécurité, dont la divulgation d’identifiants d’infrastructure “en clair” et l’existence d’un serveur accessible depuis Internet.

SK Telecom a aussi été contraint d’indemniser l’ensemble des personnes affectées : 100 000 wons, annoncés comme environ 67 $ (61,6 €), par utilisateur, dont la moitié en crédits sur le compte et l’autre en points utilisables en magasin. Un dernier chiffre nuance la cible réelle de la réforme : près de 92 % des numéros frauduleux détectés en 2024 auraient été enregistrés via des opérateurs virtuels. Dit autrement, le front n’est pas uniquement chez les trois géants, mais dans les circuits de vente et d’activation où l’identité est la plus difficile à verrouiller.

Dans une approche de cyber-renseignement, la reconnaissance faciale n’est qu’un outil : la vraie bataille vise la chaîne d’enrôlement des identités, là où la fraude transforme une fuite de données en capacité d’action.

 

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