Jeudi 29 janvier, au Campus Cyber de Nouvelle-Aquitaine à Bordeaux, le Gouvernement a rendu public son cap cybersécurité 2026-2030, sur fond d’attaques plus fréquentes et d’enjeux de souveraineté.
La ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne Le Hénanff, a présenté le 29 janvier la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030, aux côtés du directeur général de l’ANSSI, à Bordeaux. Le texte fixe la trajectoire de l’action publique face à l’intensification des menaces numériques et réaffirme la priorité donnée par le Premier ministre à la souveraineté, à la sécurité nationale et à la protection de la démocratie. Dans le prolongement de la Revue nationale stratégique de 2025, et d’une dynamique engagée dès 2018, la stratégie s’articule autour de cinq piliers et quatorze objectifs opérationnels.
Un cap 2026-2030 pour une menace qui monte
La scène choisie n’est pas neutre : un Campus Cyber, à Bordeaux, et une annonce portée à deux voix, celle d’Anne Le Hénanff et celle du directeur général de l’ANSSI. Jeudi 29 janvier, le Gouvernement a officialisé sa Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030 dans un climat décrit comme une intensification continue des menaces numériques. Le document, présenté comme structurant, cherche à transformer un constat anxiogène en plan d’action, en fixant le cap de l’État pour cinq ans.
L’axe politique est assumé : faire de la cybersécurité une priorité stratégique, au service de la souveraineté, de la sécurité nationale et de la protection de la démocratie. L’objectif affiché, sans détour, est de positionner la France comme une puissance cyber de premier plan, capable de protéger dans la durée citoyens, institutions, économie et infrastructures critiques face aux attaques. Dans cette formulation, on lit une double exigence : tenir sur la durée, et couvrir tout le spectre, du quotidien numérique des particuliers aux fondations vitales de l’État.
Le texte se place dans une continuité revendiquée. Il prolonge la Revue nationale stratégique de 2025, qui a fait de la cyber-résilience de la Nation un objectif stratégique, et promet d’en traduire les orientations en actions opérationnelles. L’exécutif inscrit aussi cette trajectoire dans une histoire plus longue, amorcée dès 2018 avec la Revue stratégique de cyberdéfense impulsée par le président de la République. Autrement dit, la stratégie 2026-2030 ne se présente pas comme un virage, mais comme une accélération, avec une ambition de mise en œuvre élargie, au-delà du seul cercle des spécialistes.
Cinq piliers, quatorze objectifs, une logique de souveraineté
La charpente annoncée repose sur cinq piliers, déclinés en quatorze objectifs, tous orientés vers la résilience cyber de la Nation. Le premier pilier mise sur le facteur humain : faire de la France le plus grand vivier de talents cyber d’Europe. Cela passe par une culture de la cybersécurité installée dès le plus jeune âge et pensée comme inclusive, par des investissements dans l’ensemble de la formation en cybersécurité, et par un soutien à la dynamique des ressources humaines au niveau européen. Derrière ces formules, une réalité implicite : sans effectifs formés, la réponse technique et la défense collective restent fragiles.
Le deuxième pilier s’attaque au nerf de la guerre, la capacité à encaisser et à continuer : renforcer la résilience cyber de la Nation. Il est question de préparer le pays aux crises liées aux cyberattaques, de relever le niveau général de cyber-protection, et de simplifier les trajectoires permettant d’améliorer sa cybersécurité. L’idée est d’éviter une France à deux vitesses, entre structures capables d’investir et organisations laissées à elles-mêmes, avec des parcours plus lisibles pour progresser.
Le troisième pilier vise la menace elle-même : entraver l’expansion de la cybermenace. Le Gouvernement affirme vouloir activer tous les leviers pour décourager les agressions cyber et intégrer davantage les acteurs privés dans la cyberdéfense de la Nation. Ici, le message est autant opérationnel que dissuasif : réduire l’espace de manœuvre des attaquants, sans isoler l’État du tissu économique, souvent en première ligne.
Le quatrième pilier touche aux dépendances et au contrôle : garder la maîtrise de la sécurité des fondements numériques. La stratégie prévoit d’investir dans la sécurité des technologies numériques, de soutenir la structuration d’un marché européen des produits et services de cybersécurité, et de maîtriser les dépendances technologiques dans le champ de la sécurité numérique. Ce triptyque signale une volonté de cohérence : protéger, produire, et réduire les points de fragilité liés à des choix technologiques subis.
Enfin, le cinquième pilier projette cette ambition au-delà des frontières : soutenir la sécurité et la stabilité du cyberespace en Europe et à l’international. Il s’agit de promouvoir un cadre et une gouvernance internationale, d’agir en allié fiable au sein d’une communauté d’intérêt cyber, et de développer une capacité de cyber-solidarité. La logique est claire : la menace circule, la réponse doit coopérer.
Deux prises de parole encadrent le récit. Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances, et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, relie cyber et compétitivité : « La cybersécurité est un enjeu déterminant pour l’avenir des entreprises et la souveraineté économique de notre pays. Je salue le travail mené par Anne Le Hénanff pour déployer une stratégie qui accompagne nos entreprises pour renforcer leur résilience face aux menaces, et leur offre un cadre qui leur permet d’innover pour devenir les leaders cyber de demain. » Anne Le Hénanff, elle, insiste sur la continuité politique et l’élargissement du cercle des acteurs : « Cette Stratégie nationale cybersécurité fixe un cap et prolonge l’engagement de la France sous l’impulsion du président de la République depuis 2018. Sous l’autorité du Premier ministre Sébastien Lecornu et avec Roland Lescure, j’ai à cœur de le mettre en œuvre en associant le Gouvernement mais aussi les entreprises, les collectivités territoriales et tous les citoyens. La cybersécurité ne doit plus être un sujet d’experts mais l’affaire de tous. »
Dans le champ cyber et renseignement, cette stratégie acte une évidence : la résilience se construit autant par l’anticipation collective que par la capacité à lire l’adversaire et à réduire ses marges d’action.











