Tous les articles par Damien Bancal

Damien Bancal, expert reconnu en cybersécurité Damien Bancal est une figure incontournable de la cybersécurité, reconnu à l’international pour son expertise et son engagement depuis plus de 30 ans. Fondateur de ZATAZ.com en 1989 (et DataSecurityBreach.fr en 2015), il a fait de ce média une référence majeure en matière de veille, d’alertes et d’analyses sur les cybermenaces. Auteur de 17 ouvrages et de plusieurs centaines d’articles pour des médias comme Le Monde, France Info ou 01net, il vulgarise les enjeux du piratage informatique et de la protection des données personnelles. Lauréat du prix spécial du livre au FIC/InCyber 2022, finaliste du premier CTF Social Engineering nord-américain (2023), et vainqueur du CTF Social Engineering du HackFest Canada (2024), il est reconnu pour sa capacité à allier pratique du terrain et transmission pédagogique. Le New York Times ou encore Le Big Data ont salué son parcours, et l’agence Tyto PR l’a classé parmi les 500 personnalités tech les plus influentes en 2023. Il est aujourd’hui 9ᵉ influenceur cyber en Europe. Chroniqueur à la radio et à la télévision (France Info, RTL, M6, Medi1...), il est également réserviste citoyen au sein de la Gendarmerie Nationale (Lieutenant-Colonel - Unité Nationale Cyber) et de l'Éducation Nationale (Hauts-de-France). Médaillé de la Défense Nationale (Marine) et des réservistes volontaires, il poursuit son engagement au travers de son entreprise veillezataz.com, lancée en 2022.

Email, première brèche pour les entreprises en 2025

En 2025, l’email reste la porte d’entrée la plus rentable pour les attaquants. Un rapport mondial décrit des violations fréquentes, coûteuses et liées au ransomware, avec une réponse freinée par l’humain et l’automatisation.

Selon le Rapport 2025 sur les violations de la sécurité des emails de Barracuda, fondé sur une enquête auprès de 2 000 décideurs IT et sécurité (avril-mai 2025), 78 % des organisations interrogées ont subi une violation liée à l’email sur douze mois . Les attaques les plus citées mêlent phishing et spear phishing (27 % des victimes), compromission de messagerie professionnelle, dite BEC (24 %), et piratage de compte (22 %). L’étude souligne un enchaînement typique, le phishing ouvrant la voie à des compromissions plus profondes, jusqu’au ransomware. Elle chiffre aussi l’impact, de la réputation aux arrêts d’activité, et met en évidence un point dur pour les petites structures, qui supportent un coût par employé nettement plus élevé.

Une chaîne d’attaque structurée autour de l’email

L’enquête, menée dans plusieurs zones (États-Unis, Royaume-Uni, France, DACH, Benelux, Nordiques, Australie, Inde, Japon) auprès d’organisations de 50 à 2 000 employés, décrit un paysage où les menaces s’emboîtent. Le rapport insiste sur un mécanisme de « premier domino » : l’hameçonnage sert souvent de point de départ, puis les identifiants volés alimentent l’usurpation d’identité interne, le piratage de comptes et, dans certains cas, la livraison de charges malveillantes .

Dans les réponses, les victimes citent aussi virus et malwares (29 %), spam (28 %), usurpation de marque (23 %), détournement de conversations (17 %) et menace interne intentionnelle (19 %). Cette diversité est un indicateur utile côté renseignement : la surface d’attaque ne se limite pas au « mail piégé », elle inclut la crédibilité de l’expéditeur, la continuité des fils de discussion et les techniques de spoofing. Le rapport rappelle que les attaquants peuvent falsifier le nom d’affichage, le domaine ou recourir à des domaines sosies pour obtenir un clic, un virement ou un identifiant.

La BEC est décrite comme une menace ciblée et financièrement motivée : l’objectif n’est pas seulement l’intrusion, mais la tromperie opérationnelle, pousser un employé à transférer de l’argent ou à divulguer des informations sensibles. Dans une logique renseignement, cela met l’accent sur la connaissance de l’organisation par l’adversaire, ses procédures de paiement, ses habitudes d’échanges et ses « signaux de confiance » internes.

Des dégâts mesurables, une réputation fragile

Le rapport situe la conséquence la plus fréquente au niveau de la marque : 41 % des répondants citent une atteinte à la réputation, avec, pour une partie d’entre eux, une perte d’opportunités commerciales qui pèse sur la croissance . Les effets opérationnels suivent de près : interruptions d’activité et temps d’arrêt (38 %), baisse de productivité (36 %). La perte de données sensibles est également mentionnée par 36 % des organisations, et les impacts commerciaux se traduisent par une perte de nouvelles affaires (27 %) et de clients (25 %) .

Le rapport note que l’atteinte à la réputation peut dépasser la perception immédiate, en entraînant des conséquences juridiques, contractuelles et stratégiques. Dit autrement, l’email n’est pas qu’un vecteur technique : c’est une zone de confiance. Lorsqu’elle est compromise, la capacité d’une organisation à convaincre, signer et encaisser peut se dégrader, même après remise en état des systèmes.

Pour objectiver l’impact, l’étude donne un coût moyen de réponse et de récupération de 217 068 $ (199 702,56 €), conversion indicative calculée avec l’hypothèse 1 $ = 0,92 € (217 068 × 0,92 = 199 702,56) . Cette moyenne cache un point clé : le choc relatif est plus violent pour les petites structures. La mesure d’atténuation la plus coûteuse atteint en moyenne 145 921 $ (134 247,32 €) pour les organisations de 50 à 100 employés, contre 364 132 $ (335 001,44 €) pour celles de 1 000 à 2 000 employés, toujours avec la même hypothèse de conversion . Le rapport traduit surtout cette asymétrie en coût par employé : 1 946 $ (1 790,32 €) dans les petites organisations, contre 243 $ (223,56 €) dans les plus grandes. Le calcul est direct, 1 946 × 0,92 = 1 790,32 et 243 × 0,92 = 223,56.

News & alertes actualités cyber

Enquêtes, cyberveille, fuites, actu sécurité : recevez nos informations cyber là où vous êtes.

S’abonner à notre NewsLetter

Chaque samedi matin, le meilleur moyen de ne rater aucune info cyber.

YouTube
Whatsapp
GNews
Autres

Détection, réponse, ransomware : le temps comme facteur de risque

La donnée la plus opérationnelle concerne la vitesse. La moitié des organisations indiquent avoir détecté la violation en moins d’une heure . Pourtant, le rapport relie les retards à un risque accru de ransomware : 71 % des organisations ayant subi une violation email déclarent aussi un ransomware sur la même période . L’explication avancée est une continuité de chaîne : un message de phishing « anodin » sert de tremplin, via identifiants volés ou accès compromis, puis les pièces jointes et liens malveillants facilitent la livraison et l’extension de l’attaque.

L’étude compare les profils. Parmi les victimes de violations email non touchées par un ransomware, 58 % détectent en moins d’une heure et 47 % atténuent la menace dans l’heure suivant la détection. À l’inverse, chez celles touchées aussi par ransomware, 51 % mettent de deux heures à une journée ouvrée pour détecter, et 56 % nécessitent de deux à huit heures après détection pour atténuer . Le rapport résume : 64 % des victimes de ransomware mettent plus de deux heures à corriger une violation email.

Pourquoi ce délai ? Trois familles d’obstacles ressortent. D’abord, la sophistication et l’évasion : 47 % citent les techniques d’évasion avancées comme principal frein à une réponse rapide, et 43 % pointent des emails plus convaincants dans le langage et la mise en forme . Ensuite, l’humain : 46 % observent une forme de complaisance, les employés supposant que les outils les protègent quoi qu’il arrive, et 34 % indiquent que les mails suspects ne sont pas signalés. Enfin, l’outillage : 44 % estiment que l’absence de réponse automatisée retarde détection, confinement et nettoyage des boîtes de réception, tandis que 40 % évoquent le manque de personnel qualifié .

La recommandation implicite côté renseignement est claire : réduire la fenêtre d’exploitation exige des signaux exploitables vite, des procédures d’isolement, et des capacités de suppression post-livraison. Le rapport évoque une approche intégrée, mêlant détection avancée, formation, automatisation, authentification multifacteur et protocoles d’authentification (SPF, DKIM, DMARC), ainsi que l’usage de flux de renseignements sur les menaces pour suivre domaines malveillants et tactiques émergentes .

Le tableau dressé est celui d’une menace email industrialisée, où la compromission initiale conditionne la suite, BEC ou ransomware, et où le facteur temps, plus encore que l’outil, décide souvent de l’ampleur des dégâts. Si 44 % des organisations lient leurs retards au manque d’automatisation, jusqu’où une réponse orchestrée et nourrie par le renseignement sur les menaces peut-elle raccourcir la fenêtre qui sépare l’email reçu de l’attaque réussie ?

 

SERVICE DE VEILLE ZATAZ

Nous retrouvons vos données volées/perdues avant qu’elles ne se retournent contre vous.

Fuites de données, Veille web & dark web, alertes et priorisation des risques.

 
DÉCOUVRIR LA VEILLE

Dédiée aux entreprises, institutions et particuliers.

A PARTIR DE 0,06€ PAR JOUR

GhostPairing, l’arnaque qui contourne votre vigilance

Sans casser le chiffrement, sans voler de mot de passe, sans SIM swapping, des cybercriminels peuvent désormais accéder à WhatsApp. Une attaque qui pousse l’utilisateur à autoriser lui-même l’intrusion.

Des chercheurs en cybersécurité de Gen alertent sur une nouvelle méthode, baptisée GhostPairing, permettant de prendre le contrôle d’un compte WhatsApp sans dérober de mot de passe, sans attaquer le chiffrement et sans détourner la carte SIM. Le scénario repose sur la confiance : un message d’un contact proche, du type « Salut, j’ai trouvé ta photo« , entraîne la victime vers une fausse page imitant Facebook. Sous couvert de vérification d’identité, l’utilisateur saisit un code d’appairage WhatsApp authentique, ce qui ajoute, à son insu, le navigateur de l’attaquant comme appareil connecté. Le téléphone reste normal, l’espionnage devient discret et durable.

Le piège : une fausse photo, un vrai appairage

L’attaque ne commence pas par une faille technique spectaculaire. Elle démarre par un réflexe humain, la curiosité, et par un ressort social, la confiance. Un message arrive d’un contact connu :  » Salut, j’ai trouvé ta photo » ; « Hello, c’est toi sur la vidéo ?« . Ce type de phrase fonctionne précisément parce qu’elle semble banale, presque intime. Elle abaisse la méfiance, surtout quand elle vient d’une personne proche, et elle donne envie de cliquer sans trop réfléchir. Une approche qui n’est pas nouvelle, mais prend une nouvelle tournure.

Le lien conduit ensuite vers une page frauduleuse qui copie l’apparence de Facebook. Là encore, l’attaquant joue sur un automatisme. Les internautes ont intégré l’idée qu’un site peut demander une « vérification » avant d’afficher un contenu. Cette étape est le cœur du piège. Ce qui ressemble à un contrôle d’identité n’est pas un écran de sécurité, c’est le processus de connexion d’un appareil WhatsApp.

La victime se retrouve à saisir un code d’appairage parfaitement légitime. Le détail est crucial : il ne s’agit pas d’un code inventé ou d’un contournement du chiffrement. C’est un mécanisme normal de la plateforme, prévu pour relier un nouvel appareil à un compte existant. En entrant ce code, l’utilisateur ajoute involontairement le navigateur du cybercriminel dans la liste des appareils connectés. L’accès s’installe sans bruit, sans alerte évidente, et surtout sans que le compte principal ne soit « déconnecté ».

 

SERVICE DE VEILLE ZATAZ

Nous retrouvons vos données volées/perdues avant qu’elles ne se retournent contre vous.

Fuites de données, Veille web & dark web, alertes et priorisation des risques.

 
DÉCOUVRIR LA VEILLE

Dédiée aux entreprises, institutions et particuliers.

A PARTIR DE 0,06€ PAR JOUR

Pourquoi c’est inquiétant : l’accès est invisible, la confiance devient vecteur

Plusieurs raisons de s’inquiéter, et elles ont un point commun : GhostPairing s’appuie sur le fonctionnement prévu de WhatsApp. Aucun mot de passe n’est nécessaire, ce qui réduit les signaux classiques d’attaque. Il n’y a pas non plus de SIM swapping, donc pas de coupure de ligne ou de perte de réseau qui pourrait alerter la victime. Et le chiffrement n’est pas « cassé », la manœuvre se déroule avant tout au niveau de l’autorisation d’accès.

La conséquence opérationnelle est claire : le téléphone continue de fonctionner normalement. L’utilisateur envoie et reçoit ses messages comme d’habitude, pendant qu’un second appareil lit, copie et observe. Dans une logique de renseignement, c’est précisément le scénario recherché : accès continu, discret, et à fort contenu informationnel. Les messages, les photos, les contacts, mais aussi les échanges privés qui révèlent des habitudes, des relations, des trajets, des fragilités, deviennent accessibles.

Le risque de propagation est aussi central. L’arnaque se diffuse via des comptes déjà compromis, qui écrivent ensuite à des proches, à des groupes familiaux ou à des cercles professionnels. L’effet boule de neige est alors mécanique : la confiance circule plus vite que les mises en garde. Une fois à l’intérieur d’un réseau social de proximité, l’attaquant gagne un avantage psychologique sur chaque nouvelle cible.

Insistons sur l’escalade possible. Avec un accès aux conversations, l’attaquant peut préparer des fraudes plus lourdes : usurpation d’identité, escroqueries ciblées, chantage. Les contenus vocaux, les photos et les échanges privés servent de matière première. Ce n’est pas seulement une atteinte à la vie privée, c’est un levier d’action contre la victime et son entourage.

Ce qui change : l’attaque ne casse rien, elle fait accepter

GhostPairing illustre une évolution majeure : au lieu de forcer la porte, l’attaquant obtient les clés en demandant poliment. Il ne s’agit pas d’un exploit complexe, mais d’une mise en scène qui amène l’utilisateur à valider lui-même l’accès. Les mécanismes de connexion rapides, QR codes, appairage, confirmations “en un geste”, sont conçus pour faciliter la vie. Ils deviennent aussi des surfaces d’abus, car ils réduisent la visibilité de ce qui est réellement accordé.

Le signal dépasse WhatsApp. DataSecuritybreach.fr y voit un avertissement pour toutes les plateformes où les connexions entre appareils se font vite, avec peu de friction et peu d’explications. Dans un monde où l’authentification se fluidifie, l’attaquant investit la persuasion. Il ne cherche pas seulement une faille, il cherche un réflexe.

Face à ce type d’attaque, la première défense consiste à regarder ce qui est déjà autorisé. Data Security Breach recommande de contrôler la liste des appareils liés au compte WhatsApp via les paramètres puis la section des appareils connectés, et de retirer tout appareil inconnu. Ensuite, il faut traiter comme suspect tout site qui demande de scanner un QR code WhatsApp ou d’entrer un code d’appairage pour accéder à une photo ou à un contenu. Cette demande est un signal d’alarme, car elle mélange deux univers, un prétexte « photo » et une action « connexion ».

Enfin, l’activation de la vérification en deux étapes est présentée comme une mesure utile, mais l’élément décisif reste la sensibilisation de l’entourage. Comme l’arnaque exploite les relations, prévenir famille, collègues et groupes devient une mesure de protection collective. La sécurité se joue alors autant dans la technique que dans la culture du doute.

Avec GhostPairing, voici une prise de contrôle qui ne ressemble pas à un piratage classique : elle s’installe par consentement trompé, sans bruit, et transforme un mécanisme d’appairage en porte d’entrée. Dans un écosystème où les connexions « sans friction » se multiplient, la question cyber et renseignement est directe : comment rendre visibles, compréhensibles et contestables ces autorisations, avant qu’elles ne deviennent l’arme favorite des escrocs ?

News & alertes actualités cyber

Enquêtes, cyberveille, fuites, actu sécurité : recevez nos informations cyber là où vous êtes.

S’abonner à notre NewsLetter

Chaque samedi matin, le meilleur moyen de ne rater aucune info cyber.

YouTube
Whatsapp
GNews
Autres

Des extensions espionnent vos chats avec des IA

Des extensions censées protéger la vie privée ont siphonné des conversations avec des chatbots. Selon des chercheurs, plus de 8 millions d’utilisateurs ont été exposés, via une collecte activée par défaut.

D’après une enquête rapportée par The Register et une analyse de Koi Security, quatre extensions diffusées sur Chrome Web Store et Microsoft Edge Add-ons, Urban VPN Proxy, 1ClickVPN Proxy, Urban Browser Guard et Urban Ad Blocker, auraient capturé le texte de conversations menées sur des plateformes d’IA. Les services visés incluent notamment ChatGPT, Claude, Gemini, Microsoft Copilot, Perplexity, DeepSeek, Grok et Meta AI. La collecte serait activée par un paramètre codé en dur, sans option visible pour la désactiver, l’arrêt passant par la désinstallation. Les données interceptées seraient ensuite envoyées vers des domaines liés à Urban VPN.

Quatre extensions populaires, une collecte invisible

L’histoire commence par un paradoxe : des outils présentés comme des remparts, bloqueurs de publicité, « browser guard » et VPN, se comportent comme des micros. Koi Security affirme que quatre extensions ont été conçues pour capter et transmettre le texte des interactions avec des chatbots, et que plus de 8 millions de personnes les auraient installées. Les extensions citées sont Urban VPN Proxy, 1ClickVPN Proxy, Urban Browser Guard et Urban Ad Blocker. Elles sont distribuées via les boutiques d’extensions de Chrome et d’Edge, donc dans un espace censé filtrer les comportements abusifs.

Selon Idan Dardikman, cofondateur et directeur technique de Koi, Urban VPN Proxy cible des conversations sur dix plateformes d’IA. La liste mentionnée couvre un éventail large : ChatGPT, Claude, Gemini, Microsoft Copilot, Perplexity, DeepSeek, Grok et Meta AI figurent parmi les services nommés. L’enjeu dépasse la simple confidentialité d’un historique : une conversation avec un chatbot peut contenir des données personnelles, des questions de santé, des éléments professionnels, des secrets d’entreprise, ou des fragments d’identité. Ici, la collecte est décrite comme activée par défaut, via un paramètre de configuration intégré au code. Dardikman affirme qu’aucun réglage côté utilisateur ne permet de l’arrêter, la seule façon de stopper la collecte étant de désinstaller l’extension.

News & alertes actualités cyber

Enquêtes, cyberveille, fuites, actu sécurité : recevez nos informations cyber là où vous êtes.

S’abonner à notre NewsLetter

Chaque samedi matin, le meilleur moyen de ne rater aucune info cyber.

YouTube
Whatsapp
GNews
Autres

Comment l’extension intercepte vos requêtes et réponses

Le mécanisme décrit est agressif et s’appuie sur la position privilégiée d’une extension dans le navigateur. Dardikman explique qu’Urban VPN Proxy surveille les onglets et, lorsqu’un utilisateur visite une plateforme ciblée, par exemple un site de chatbot, l’extension injecte un script dédié, qualifié d’“executor”. Ce script ne se contente pas d’observer : il s’interpose sur les fonctions réseau du navigateur. Concrètement, il remplace ou enveloppe fetch() et XMLHttpRequest, les deux APIs fondamentales par lesquelles transitent les requêtes et réponses web. Résultat, chaque échange réseau sur la page passe d’abord par le code de l’extension.

Le script analyse ensuite les réponses d’API interceptées, isole le contenu conversationnel, puis prépare l’exfiltration. Le transfert interne s’effectue via window.postMessage avec un identifiant, PANELOS_MESSAGE, vers le “content script” de l’extension. Ce composant relaie ensuite les données à un service worker en arrière-plan, chargé de les envoyer sur le réseau. Les domaines cités pour la sortie sont analytics.urban-vpn.com et stats.urban-vpn.com. Dans ce schéma, l’utilisateur ne voit rien : aucune fenêtre, aucune notification, aucun indice visuel. L’extension exploite une logique simple, capter au niveau où tout transite, avant même que la page ou le service d’IA ne puisse “protéger” la conversation.

The Register précise avoir contacté Urban VPN, une société affiliée nommée BiScience, ainsi que 1ClickVPN via leurs adresses mail dédiées à la confidentialité. Les demandes auraient échoué, les messages étant revenus en erreur. Ce dossier est relié à des travaux antérieurs attribués au chercheur Wladimir Palant et à John Tuckner de Secure Annex, évoquant une collecte de données de navigation par BiScience. Selon Dardikman, l’enjeu serait désormais l’extension de cette collecte aux conversations avec des IA.

Consentement, « protection » affichée et zone grise des boutiques

Le débat se déplace alors sur le terrain de la conformité et de la gouvernance. Dardikman affirme qu’Urban VPN mentionne la collecte de données d’IA lors d’un écran de configuration et dans sa politique de confidentialité. Mais il souligne un décalage : la fiche de l’extension sur le Chrome Web Store indiquerait que les données ne sont pas vendues à des tiers en dehors de cas d’usage approuvés, et les conversations avec des IA ne seraient pas nommées explicitement. Il ajoute que le texte de consentement présenterait la surveillance comme une mesure de protection, tandis que la politique de confidentialité indiquerait une vente des données à des fins marketing.

Un point de chronologie compte, car il conditionne le consentement. Dardikman dit que les utilisateurs ayant installé Urban VPN avant juillet 2025 n’auraient jamais vu l’écran de consentement, ajouté plus tard via une mise à jour silencieuse en version 5.5.0. Il estime aussi que l’extension ne signalerait pas que la collecte se poursuit même quand le VPN n’est pas actif, ce qui change la perception de risque : l’utilisateur pense activer un service ponctuel, alors qu’une surveillance persistante serait en place.

Autre élément sensible : Urban VPN aurait obtenu un badge “Featured” sur le Chrome Web Store, ce qui implique, selon Dardikman, une revue humaine. Il en déduit un dilemme : soit la revue n’a pas vu le code collectant des conversations, y compris sur un produit d’IA de Google comme Gemini, soit elle l’a vu sans y voir de problème. Palant pointe, dans l’analyse citée, une possible faille d’interprétation de la règle « Limited Use », qui autorise des transferts de données vers des tiers dans des scénarios limités ne couvrant pas, selon cette lecture, les courtiers en données. Il avance que des acteurs malveillants peuvent invoquer des exceptions, « nécessaire au fonctionnement », ou « sécurité », en ajoutant des fonctions comme le blocage de publicités ou la navigation sécurisée. Google, selon The Register, n’a pas répondu immédiatement à une demande de commentaire.

Ce dossier rappelle que la menace ne vient pas seulement d’un site web ou d’un malware classique, mais d’un composant de confiance installé dans le navigateur, capable de regarder avant tout le monde et d’envoyer ailleurs ce qu’il voit. Côté recommandation, DataSecurityBreach.fr conseille fortement : désinstaller ces extensions et considérer que les conversations avec des IA depuis juillet 2025 ont pu être collectées.

 

SERVICE DE VEILLE ZATAZ

Nous retrouvons vos données volées/perdues avant qu’elles ne se retournent contre vous.

Fuites de données, Veille web & dark web, alertes et priorisation des risques.

 
DÉCOUVRIR LA VEILLE

Dédiée aux entreprises, institutions et particuliers.

A PARTIR DE 0,06€ PAR JOUR

La CNIL sanctionne Nexpubica pour le logiciel PCRM

Une fuite fonctionnelle a exposé des dossiers d’usagers à des tiers dans des portails d’action sociale. Trois ans plus tard, la CNIL inflige 1,7 million d’euros pour défauts de sécurité jugés élémentaires.

Le 22 décembre 2025, la CNIL a condamné NEXPUBLICA FRANCE à 1 700 000 euros d’amende pour insuffisance de mesures de sécurité autour de PCRM, un progiciel de gestion de la relation usagers utilisé dans l’action sociale, notamment par des MDPH. Fin novembre 2022, des clients ont signalé à la CNIL que des utilisateurs accédaient à des documents appartenant à des tiers. Les contrôles ont mis en évidence des faiblesses techniques et organisationnelles, des vulnérabilités connues via des audits, et des corrections tardives, après la violation. La sensibilité des données, dont certaines révèlent un handicap, a pesé lourd.

Le déclencheur : des usagers voient les documents d’autrui

Le dossier démarre par une alerte venue du terrain. Fin novembre 2022, des clients de NEXPUBLICA FRANCE notifient à la CNIL une violation de données personnelles après des signalements d’usagers : sur le portail, certains auraient consulté des documents concernant des tiers. Ce type d’incident est redouté en environnement social, car l’accès indu, même « par erreur », produit un dommage immédiat pour les personnes, et expose l’organisation à une perte de confiance durable.

La CNIL intervient alors par des contrôles auprès de l’éditeur. Le contexte est celui d’un logiciel métier, PCRM, destiné à gérer la relation avec les usagers de l’action sociale et utilisé, selon les éléments fournis, par des maisons départementales des personnes handicapées dans certains départements. Autrement dit, la chaîne de traitement ne se limite pas à un site web : elle relie des collectivités, des agents, des workflows administratifs, et des espaces de dépôt ou de consultation de pièces justificatives.

Dans une lecture cyber, l’incident ressemble à une brèche de cloisonnement. Quand un usager obtient des pièces qui ne lui appartiennent pas, l’hypothèse la plus simple n’est pas un « piratage spectaculaire » mais un défaut de contrôle d’accès, de gestion de session ou de logique applicative. C’est précisément ce que la CNIL sanctionne ici : une sécurité qui n’a pas été pensée au niveau du risque réel, alors que le produit traite des données particulièrement sensibles.

Pourquoi l’article 32 du RGPD pèse si lourd dans ce cas

La CNIL fonde la sanction sur l’obligation de sécurité prévue par l’article 32 du RGPD. Le principe est connu, mais il mérite d’être traduit en termes concrets : le responsable de traitement et le sous-traitant doivent mettre en place des mesures adaptées au risque, en tenant compte de l’état de l’art, du coût de mise en œuvre, et de la nature et des finalités du traitement. Ici, la nature du traitement est déterminante : le dossier concerne l’action sociale et inclut des informations pouvant révéler un handicap. La sensibilité intrinsèque augmente mécaniquement le niveau d’exigence attendu.

La formation restreinte, organe de la CNIL chargé des sanctions, retient une faiblesse « généralisée » du système d’information et une forme de négligence, avec des problèmes structurels laissés en place dans la durée. L’autorité relève aussi que la plupart des vulnérabilités constatées relevaient d’un manque de maîtrise de l’état de l’art et de principes de base en sécurité. C’est un point clé : ce reproche ne vise pas une sophistication technique manquante, mais l’absence de fondamentaux.

Le raisonnement suivi par la CNIL, tel qu’il est décrit, tient en trois étapes. Premièrement, des failles existent dans PCRM et exposent des données. Deuxièmement, ces failles étaient identifiées, notamment au travers de plusieurs audits. Troisièmement, malgré cette connaissance, les corrections n’ont été apportées qu’après les violations. Cette chronologie aggrave l’appréciation, car elle transforme une vulnérabilité en manquement persistant, donc en risque accepté par défaut.

Une sanction calibrée sur la sensibilité, l’ampleur et la posture d’éditeur

Le montant, 1 700 000 euros, est justifié par plusieurs critères mentionnés : capacités financières de la société, non-respect de principes élémentaires, nombre de personnes concernées, et sensibilité des données. L’addition de ces facteurs compose une logique de proportionnalité : plus les données sont intimes et le public vulnérable, plus l’exposition est grave ; plus les failles sont « basiques » et connues, plus l’inaction est difficile à défendre.

Le dossier comprend un élément de contexte qui pèse lourd politiquement : NEXPUBLICA FRANCE est spécialisée dans la conception de systèmes et logiciels informatiques. Pour la CNIL, cette spécialisation rend l’argument de l’ignorance moins crédible. Dans une approche de renseignement économique, cela renvoie aussi à l’enjeu de chaîne d’approvisionnement logicielle : quand un éditeur fournit des briques à des acteurs publics, la faiblesse d’un produit peut se répercuter sur des services essentiels et sur des populations sensibles, sans qu’il y ait besoin d’une attaque sophistiquée.

La formation restreinte n’a pas assorti la sanction d’une injonction de mise en conformité, car l’entreprise a déployé les correctifs nécessaires après les violations. Ce détail compte : il montre que l’autorité a choisi de sanctionner l’insuffisance initiale et la gestion tardive des risques, tout en constatant une remédiation effective. En clair, la conformité obtenue après coup n’efface pas le défaut de sécurité au moment où les données étaient exposées.

Aisuru pousse le DDoS IoT à 29,7 Tbit/s

En trois mois, le botnet Aisuru a enchaîné 1 304 attaques DDoS et signé un pic à 29,7 Tbit/s. Cloudflare et Microsoft décrivent un basculement vers l’hypervolume, où quelques secondes suffisent à provoquer des dégâts durables.

Le botnet Aisuru, composé de routeurs et d’objets connectés compromis, continue d’alimenter une hausse des attaques DDoS de très grande ampleur. Cloudflare estime qu’il s’appuie sur 1 à 4 millions d’hôtes infectés et affirme avoir atténué 1 304 incidents au seul troisième trimestre, dont près de 45 % en “hypervolume” au-delà de 1 Tbit/s. L’entreprise dit avoir stoppé une attaque record culminant à 29,7 Tbit/s pendant 69 secondes, menée via bombardement UDP sur environ 15 000 ports de destination par seconde. Microsoft rapporte aussi une offensive de 15 Tbit/s visant Azure depuis 500 000 IP.

Aisuru est décrit comme un service de botnet, une offre opérée comme une capacité louable, alimentée par une “armée” d’équipements réseau et IoT. Le mode d’infection mentionné est banal et donc inquiétant : exploitation de vulnérabilités connues, et attaques par force brute sur des identifiants faibles. Ces deux vecteurs prospèrent sur un terrain que beaucoup d’organisations contrôlent mal, les routeurs domestiques, les caméras, les boîtiers, et plus largement les objets connectés exposés, rarement mis à jour, souvent configurés avec des mots de passe faibles.

Cloudflare estime la taille du parc compromis entre un et quatre millions d’hôtes à l’échelle mondiale. Même si cette fourchette est large, elle donne l’ordre de grandeur : Aisuru n’est pas un botnet “de niche”, c’est une capacité capable de générer un volume de trafic suffisant pour affecter des infrastructures en dehors de la cible, notamment des fournisseurs d’accès, selon Cloudflare. Autrement dit, l’attaque DDoS devient un phénomène de zone, qui déborde, crée de la congestion et casse des services par effet domino.

29,7 Tbit/s en 69 secondes : l’hypervolume comme arme de choc

Le fait marquant est le record revendiqué par Cloudflare : une attaque stoppée au troisième trimestre, culminant à 29,7 Tbit/s pendant 69 secondes. La précédente référence, 22,2 Tbit/s, avait déjà été repoussée par Cloudflare et attribuée avec une confiance modérée à Aisuru. Dans la même période, une autre attaque mentionnée atteint 14,1 milliards de paquets par seconde, ce qui souligne une réalité : le débit en bits et le débit en paquets sont deux façons différentes de “casser” une infrastructure, l’une saturant des liens, l’autre épuisant des équipements par le traitement.

Le vecteur décrit est un bombardement UDP. Concrètement, il s’agit de projeter du trafic indésirable à grande vitesse, en multipliant les ports visés, ici une moyenne de 15 000 ports de destination par seconde. Cette dispersion complique le filtrage par règles statiques et force l’infrastructure défensive à suivre un rythme élevé de changements. La cible du record n’est pas divulguée, mais la durée, 69 secondes, suffit à illustrer la logique actuelle : frapper très fort, très vite, puis disparaître. Cloudflare précise que la plupart de ces attaques se terminent en moins de 10 minutes, ce qui réduit la fenêtre de réaction humaine à presque rien.

 

SERVICE DE VEILLE ZATAZ

Nous retrouvons vos données volées/perdues avant qu’elles ne se retournent contre vous.

Fuites de données, Veille web & dark web, alertes et priorisation des risques.

 
DÉCOUVRIR LA VEILLE

Dédiée aux entreprises, institutions et particuliers.

A PARTIR DE 0,06€ PAR JOUR

Un ordre de grandeur – 29,7 térabits par seconde, c’est 29 700 gigabits par seconde. Si votre fibre à la maison fait 1 Gbit/s, l’attaque au pic équivaut à environ 29 700 connexions fibre « plein débit » qui envoient en même temps. Prenons un film HD de 5 Go. 5 Go, c’est environ 40 gigabits (car 1 octet = 8 bits). À 29 700 Gbit/s, on peut théoriquement « faire passer » environ 742 films HD de 5 Go par seconde (29 700 / 40 = 742,5). Sur 69 secondes, ça fait environ 51 200 films HD (742,5 × 69 = 51 232,5). Bref. Même si l’attaque ne dure qu’une minute, ce volume peut saturer des équipements réseau (routeurs, firewalls), boucher des liens chez un opérateur, et provoquer des pannes en cascade, y compris chez des acteurs qui ne sont pas la cible directe.

Cloudflare affirme avoir contré 2 867 attaques attribuées à Aisuru depuis le début de l’année, et indique que près de 45 % sont des attaques hypervolumes, au-delà de 1 Tbit/s, ou 1 milliard de paquets par seconde selon la définition citée. Le troisième trimestre à lui seul représente 1 304 incidents. La dynamique est décrite comme une hausse constante, avec une augmentation de 189 % des attaques dépassant 100 Mbit/s par rapport au trimestre précédent. Le nombre d’attaques au-delà de 1 Tbit/s aurait plus que doublé, avec une hausse de 227 %. Ces progressions signifient que l’attaquant n’augmente pas seulement la fréquence : il augmente la capacité maximale, donc la probabilité de dépasser les seuils techniques des réseaux de transit et des opérateurs.

Le texte note que le volume du dernier trimestre n’égale pas celui du premier trimestre, mais que les statistiques de 2025 restent supérieures aux années précédentes, à l’exception des mois de novembre et décembre. Cette précision suggère un cycle saisonnier ou une anomalie temporelle, sans en donner la cause. Elle rappelle surtout qu’une lecture annuelle masque parfois des pics d’intensité plus dangereux que la moyenne.

Cibles et géographie : l’attribution par télémétrie

Sur les secteurs, les chercheurs cités indiquent qu’Aisuru vise des entreprises dans les jeux vidéo, l’hébergement web, les télécoms et la finance. Ce choix colle aux profils où la disponibilité est monétisable, chaque minute d’arrêt coûte, et où la menace de DDoS peut servir de levier, extorsion, concurrence, ou diversion pendant une autre intrusion.

Cloudflare affirme avoir atténué en moyenne 3 780 attaques DDoS par heure au troisième trimestre, “la plupart” provenant d’Indonésie, de Thaïlande, du Bangladesh et d’Équateur, et ciblant la Chine, la Turquie, l’Allemagne, le Brésil et les États-Unis. Ce type de cartographie repose sur des signaux réseau, géolocalisation d’IP, observation de sources et destinations, et il faut le lire comme une photographie de routage plus que comme une preuve d’intention nationale. Néanmoins, ces flux donnent aux défenseurs un indicateur : la dispersion géographique des nœuds IoT compromis rend les blocages simples moins efficaces.

Aisuru incarne une mutation du DDoS : des salves ultra-courtes, d’un volume capable de saturer des réseaux tiers, et pilotées par un parc IoT immense et bon marché. Dans ce contexte, la protection ne se joue plus seulement “au moment de l’attaque”, mais en amont, sur la capacité à absorber, filtrer dynamiquement et basculer automatiquement. La question cyber et renseignement est désormais la suivante : comment identifier, puis tarir, les gisements d’objets compromis, quand la puissance de feu se mesure en térabits et que l’attaque n’accorde que quelques dizaines de secondes pour réagir ?

 

News & alertes actualités cyber

Enquêtes, cyberveille, fuites, actu sécurité : recevez nos informations cyber là où vous êtes.

S’abonner à la NewsLetter ZATAZ

Chaque samedi matin, le meilleur moyen de ne rater aucune info cyber.

YouTube
Whatsapp
GNews
Autres

La stratégie Trump met le renseignement au service du commerce

Un document de 33 pages publié jeudi soir redéfinit la sécurité nationale américaine. Il demande aux services de renseignement de surveiller les chaînes d’approvisionnement mondiales, avec un objectif assumé de découplage économique.

La nouvelle stratégie de sécurité nationale du président Donald Trump charge les agences de renseignement américaines de suivre les chaînes d’approvisionnement et les avancées technologiques dans le monde. Le texte, long de 33 pages et publié jeudi soir, traite la politique économique comme un volet central de la sécurité nationale, dans un contexte de tensions tarifaires. Il demande d’identifier et réduire les vulnérabilités pesant sur la sécurité et la prospérité des États-Unis, tout en soutenant un découplage vis-à-vis d’adversaires étrangers. La stratégie évoque aussi l’hémisphère occidental comme réservoir de ressources stratégiques, et pousse à une cybersurveillance plus appuyée sur le privé, avec attribution et réponse « en temps réel ».

Renseignement mis au service du découplage économique

Le message politique est clair : l’administration Trump inscrit l’économie au cœur du périmètre « sécurité nationale » et en fait une mission explicite pour la communauté du renseignement. La stratégie affirme que les agences américaines « surveilleront les principales chaînes d’approvisionnement et les avancées technologiques dans le monde entier » afin de comprendre, puis d’atténuer, les vulnérabilités et menaces pesant sur la sécurité et la prospérité nationales. Ce glissement est important, car il place l’analyse industrielle, logistique et commerciale dans le même registre que la contre-ingérence ou la lutte antiterroriste : collecte, cartographie, anticipation, et production d’alertes au décideur.

Le document insiste sur une finalité : réduire la dépendance de l’économie américaine à des adversaires étrangers, dans une logique de découplage. Les autorités américaines martèlent depuis des années que des acteurs comme la Chine et la Russie doivent être écartés des chaînes d’approvisionnement liées aux intérêts américains. La stratégie reprend cette idée, tout en reconnaissant une difficulté structurelle : l’économie est mondialisée, et séparer des filières imbriquées est à la fois complexe et coûteux. Le texte souligne en outre que la numérisation des chaînes d’approvisionnement rend l’objectif encore plus difficile, car les flux matériels se doublent désormais de flux de données, d’outils de pilotage et de services numériques partagés.

Cette orientation éclaire aussi le contexte mentionné : des mois de conflits tarifaires devenus un marqueur du programme économique du président. La stratégie apparaît comme une tentative de “tenir” une ligne politique dans la durée en la convertissant en exigences opérationnelles pour les agences fédérales. En pratique, la mission annoncée, surveiller où les entreprises expédient, produisent et stockent, implique une observation fine des trajectoires logistiques, des dépendances technologiques et des points d’étranglement, donc un effort massif d’analyse et de priorisation.

SERVICE DE VEILLE ZATAZ

Nous retrouvons vos données volées/perdues avant qu’elles ne se retournent contre vous.

Fuites de données, Veille web & dark web, alertes et priorisation des risques.

 
DÉCOUVRIR LA VEILLE

Dédiée aux entreprises, institutions et particuliers.

A PARTIR DE 0,06€ PAR JOUR

 

Chaînes d’approvisionnement numérisées, un terrain cyber

L’angle cyber du document ne se limite pas à la protection classique des réseaux. Il relie directement l’effort de souveraineté économique à la réalité technique de chaînes d’approvisionnement devenues pilotées par des plateformes. La stratégie appelle les agences fédérales à s’appuyer davantage sur les opérateurs privés et des partenaires régionaux pour détecter des intrusions sur les réseaux américains. Autrement dit, le privé n’est plus seulement “une victime à protéger”, mais un capteur et un partenaire de détection, car c’est lui qui administre une large part des infrastructures, des logiciels et des données utiles à l’alerte.

Le texte va plus loin en évoquant une évolution vers une attribution et une réponse « en temps réel ». Cette formule dit deux choses. D’abord, la volonté d’accélérer le cycle, détection, qualification, attribution, action, afin de réduire le temps laissé à l’attaquant. Ensuite, l’idée que l’attribution, souvent longue et juridiquement délicate, doit devenir plus opérationnelle, au risque de se heurter aux zones grises : sources incomplètes, attaques via des relais, faux drapeaux, et dépendance à des données détenues par des prestataires. Dans une chaîne d’approvisionnement numérisée, un incident n’est pas seulement un accès illégitime à un réseau. C’est potentiellement une altération de données logistiques, une perturbation de services, une manipulation de l’information, ou une dégradation de confiance entre partenaires.

La stratégie met donc en scène un triangle de sécurité : l’État, les entreprises, et les partenaires régionaux. Ce choix suggère que l’administration accepte un fait technique : l’État ne voit pas tout, en temps réel, sur des infrastructures majoritairement privées. Pour compenser, elle cherche à institutionnaliser le partage de signaux et la coordination, avec une doctrine plus rapide de réponse. Le document ne détaille pas les garde-fous, mais il fixe une direction : la cybersécurité devient un outil de continuité économique, pas seulement un sujet de conformité.

Hémisphère occidental, ressources et infrastructures sous surveillance

Autre axe structurant : l’hémisphère occidental est présenté comme un espace fournissant des ressources précieuses aux intérêts américains. La stratégie indique que des analystes du renseignement appuieront les efforts visant à « identifier les points et les ressources stratégiques » de la région, afin de les protéger et de les mobiliser dans des développements avec des partenaires. L’objectif combine défense et opportunité : sécuriser des nœuds jugés critiques et soutenir des projets économiques alignés.

Le texte parle aussi d’opportunités d’investissement « stratégiques » pour des entreprises américaines dans la région. Il propose de nouer des partenariats publics-privés afin de bâtir une infrastructure énergétique “évolutive et résiliente”, d’investir dans l’accès aux minerais critiques, et de renforcer les réseaux de cybercommunications existants et futurs. La phrase insiste sur un avantage américain en matière de chiffrement et de sécurité. Le lien cyber est direct : sécuriser l’énergie, les minerais et les télécoms, c’est sécuriser les dépendances matérielles et les réseaux qui les orchestrent.

Ce passage révèle une conception du renseignement comme outil de préparation économique. Identifier des « points stratégiques », ce n’est pas seulement repérer des risques, c’est aussi cartographier des leviers : infrastructures, ressources, routes et partenaires. Dans ce cadre, la cybersécurité devient une condition de confiance pour les investissements, et la surveillance des chaînes d’approvisionnement devient un moyen de réduire l’incertitude.

Le document de 33 pages trace une doctrine : traiter l’économie comme un théâtre de sécurité nationale, avec une communauté du renseignement mobilisée sur les chaînes d’approvisionnement, les technologies et les ressources de l’hémisphère occidental. Sur le plan cyber, l’ambition d’attribution et de réponse « en temps réel » s’appuie explicitement sur le secteur privé. Une stratégie nationale de cybersécurité est par ailleurs annoncée pour début janvier, selon une personne citée par Nextgov/FCW, avec un accent sur les cyberattaques et un rôle accru des partenaires privés. La question de fond est désormais opérationnelle : jusqu’où peut-on accélérer l’attribution et la riposte, sans fragiliser la preuve, la coordination et la confiance entre l’État et les entreprises ?

News & alertes actualités cyber

Enquêtes, cyberveille, fuites, actu sécurité : recevez nos informations cyber là où vous êtes.

S’abonner à la NewsLetter ZATAZ

Chaque samedi matin, le meilleur moyen de ne rater aucune info cyber.

YouTube
Whatsapp
GNews
Autres

CrowdStrike sanctionne un « initié » après business pirate

CrowdStrike a licencié un employé accusé d’avoir transmis des informations internes à un collectif de hackers. L’affaire illustre une menace difficile à neutraliser : l’abus de confiance, parfois plus simple qu’une intrusion technique.

CrowdStrike a confirmé le licenciement d’un employé ayant divulgué des informations internes à un groupe baptisé Scattered Lapsus Hunters, présenté comme une alliance mêlant des profils liés à Scattered Spider, LAPSUS$ et ShinyHunters. Des captures d’écran publiées sur un canal Telegram public montraient un tableau de bord interne de CrowdStrike, avec des liens vers des systèmes d’entreprise, dont l’authentification unique Okta. Les attaquants ont d’abord évoqué une compromission via le prestataire Gainsight et des cookies d’authentification. CrowdStrike nie toute intrusion externe et affirme qu’il s’agissait de photos prises par l’employé. ShinyHunters aurait proposé 25 000 $ (23 000 €) pour obtenir un accès.

Une fuite « par l’intérieur » plutôt qu’une brèche technique

Le cœur du dossier est une clarification d’attribution. Le groupe a, dans un premier temps, revendiqué une compromission de CrowdStrike via une plateforme tierce, Gainsight, en affirmant avoir récupéré des cookies d’authentification. CrowdStrike répond en niant catégoriquement toute attaque externe réussie. Selon l’entreprise, les images ne démontrent pas une intrusion : ce sont des captures prises par un employé depuis son propre écran, puis divulguées.

Les captures publiées sur Telegram auraient montré l’interface d’un tableau de bord interne, avec des liens vers des systèmes de l’entreprise, dont la page d’authentification unique Okta. Même sans accès direct, ce type d’éléments peut alimenter un repérage : cartographie des outils, vocabulaire interne, chemins d’accès, et indices sur la manière dont l’organisation structure ses contrôles.

Le récit insiste sur le risque interne. CrowdStrike place ce danger au même niveau que les vulnérabilités techniques, parce qu’un initié n’a pas besoin de “casser” la sécurité pour faire sortir de l’information. Il peut simplement la copier, la photographier ou la raconter, en profitant d’un accès déjà légitime.

L’offre financière et la tactique de « super alliance »

Une enquête plus poussée, selon CrowdStrike, a établi que ShinyHunters avait offert 25 000 $ (23 000 €). Cette somme suggère une logique de recrutement : payer pour accélérer l’accès, réduire les risques d’attaque directe, et contourner des défenses techniques coûteuses à franchir.

Le groupe cité, Scattered Lapsus Hunters, est décrit comme une « super alliance » rassemblant des membres de plusieurs collectifs connus. L’intérêt de ce type de bannière, dans une opération, est d’agréger des compétences et de maximiser l’impact psychologique, tout en brouillant les responsabilités. En prétendant à une intrusion via un tiers, l’attaquant peut aussi tester la réaction publique et pousser la cible à se défendre, ce qui révèle parfois des informations supplémentaires.

SERVICE DE VEILLE ZATAZ

Nous retrouvons vos données volées/perdues avant qu’elles ne se retournent contre vous.

Fuites de données, Veille web & dark web, alertes et priorisation des risques.

 
DÉCOUVRIR LA VEILLE

Dédiée aux entreprises, institutions et particuliers.

A PARTIR DE 0,06€ PAR JOUR

 

CrowdStrike affirme que son centre de sécurité a détecté l’anomalie à temps, que les attaquants n’ont pas réussi à établir un accès valide, et que l’événement a été rapidement contenu. L’entreprise indique que ses systèmes n’ont pas été compromis et que ses clients sont restés protégés. L’employé mis en cause a été licencié, et l’affaire a été transmise aux forces de l’ordre.

Ce passage met en avant une distinction essentielle : fuite d’information ne veut pas dire prise de contrôle. Ici, CrowdStrike sépare l’exposition, captures et éléments de connexion, d’une compromission effective de ses systèmes. Cette nuance compte, car les récits d’attaque jouent souvent sur l’ambiguïté entre “preuve de présence” et “preuve d’accès”, surtout lorsqu’une publication sur un canal public vise à créer une perception de défaillance.

Une leçon de chaîne d’approvisionnement, mais aussi de gestion RH

L’incident est rattaché à une série d’attaques récentes attribuées à ce même ensemble d’acteurs contre de grandes entreprises. Le texte souligne leur appétit pour les fournisseurs externes et prestataires, citant Salesforce et Gainsight comme exemples de surfaces privilégiées. Mais l’épisode CrowdStrike rappelle qu’un prestataire n’est pas la seule porte d’entrée : un employé peut jouer ce rôle, volontairement, sous contrainte ou contre rémunération.

Pour les organisations, le message est concret. Renforcer les défenses techniques reste indispensable, mais l’angle mort se situe souvent dans la gouvernance des accès : qui voit quoi, à quel moment, avec quelles traces, et avec quelles barrières contre l’exfiltration “banale”, photo d’écran, export, copie. La prévention passe aussi par la détection comportementale interne et par une politique claire sur les dispositifs personnels, les canaux de messagerie, et la gestion des alertes quand un salarié devient un point de risque.

Cette affaire illustre une réalité opérationnelle : l’attaquant n’a pas toujours besoin d’exploiter une faille, il peut acheter ou manipuler un accès humain, puis fabriquer un récit d’intrusion externe pour amplifier l’effet. La question, côté cyber et renseignement, est désormais de savoir comment mesurer et réduire la probabilité de trahison opportuniste, sans bloquer le travail quotidien : quelles combinaisons de contrôle d’accès, de traçabilité et de signaux RH permettent de détecter un initié avant la fuite publique ?

News & alertes actualités cyber

Enquêtes, cyberveille, fuites, actu sécurité : recevez nos informations cyber là où vous êtes.

S’abonner à la NewsLetter ZATAZ

Chaque samedi matin, le meilleur moyen de ne rater aucune info cyber.

YouTube
Whatsapp
GNews
Autres

SmartTube compromis, un détournement par clé de signature

Un client YouTube tiers très utilisé sur Android TV et boîtiers multimédias a diffusé une mise à jour infectée. La compromission des clés de signature a transformé un canal de confiance en vecteur d’implant silencieux.

Le développeur de SmartTube, application open source prisée sur Android TV, Fire TV Stick et décodeurs, a reconnu la compromission de ses clés de signature. Cette fuite aurait permis à des attaquants d’injecter un composant malveillant dans une mise à jour officielle, provoquant une vague d’alertes : Play Protect a commencé à bloquer l’application et à la signaler comme menace, après de nombreuses plaintes d’utilisateurs en fin de semaine dernière. Des analyses communautaires de la version 30.51 ont repéré la bibliothèque libalphasdk.so, absente du code source public. Le module collecte des informations appareil, les envoie à distance et peut recevoir de nouvelles fonctions.

Une chaîne de confiance retournée contre les utilisateurs

Le point critique n’est pas seulement la présence d’un malware, c’est le chemin qu’il emprunte. Selon Yuri Yuliskov, développeur de SmartTube, les clés de signature ont été compromises. Dans l’écosystème Android, la signature est la preuve d’authenticité qui autorise une mise à jour à remplacer une version existante. Quand cette clé tombe, l’attaquant n’a plus besoin de convaincre l’utilisateur : l’update “officielle” devient le cheval de Troie. C’est précisément ce que suggère l’alerte Play Protect, déclenchée après une série de retours utilisateurs en fin de semaine dernière, avec blocage automatique de l’application sur certains appareils.

SmartTube, gratuit et open source, est populaire car il bloque la publicité et reste stable sur du matériel modeste, un profil fréquent dans les parcs de téléviseurs Android, Fire TV Stick et boîtiers TV. Ce contexte compte : ces appareils sont souvent moins surveillés que les smartphones, partagés au sein du foyer et connectés à des comptes Google, ce qui augmente l’intérêt d’un implant discret.

Le module suspect : libalphasdk.so et une collecte furtive

Des passionnés ayant disséqué la version 30.51 affirment y avoir découvert une bibliothèque inconnue, libalphasdk.so, absente du dépôt public. Yuliskov précise que ce composant n’appartient pas au projet et n’est rattaché à aucun outil utilisé pour construire l’application. L’élément le plus inquiétant tient au comportement décrit : fonctionnement silencieux, aucune action visible, collecte d’informations sur l’appareil, envoi vers un serveur distant, et échanges réguliers via un canal chiffré. Le choix d’une bibliothèque native, au format .so, peut aussi compliquer la lecture du code et masquer des fonctions derrière du binaire.

À ce stade, aucun vol de compte ni enrôlement dans un botnet n’est rapporté. Mais le texte insiste sur le risque : l’architecture observée permettrait d’activer à distance des fonctions additionnelles. Dit autrement, la version livrée pourrait n’être qu’un socle, avec des capacités modulaires déclenchées ultérieurement. Pour des opérations d’influence ou de renseignement, ce modèle est pratique : déployer large, rester discret, puis activer seulement sur certaines cibles.

Yuliskov affirme avoir révoqué immédiatement les clés compromises. Il annonce une nouvelle version avec un nouvel identifiant, et pousse les utilisateurs à mettre à jour dès que possible. Il dit aussi avoir publié une bêta sécurisée et une version de test stable via sa chaîne Telegram. Bleeping Computer relève toutefois qu’un déficit d’informations techniques alimente la défiance dans la communauté. Le développeur promet une analyse complète après la disponibilité de la nouvelle version sur F-Droid, ce qui situe la communication dans une logique de transparence différée : d’abord remettre en circulation une build saine, ensuite documenter l’incident.

Les adresses IP ukrainiennes volées, angle mort européen

À Kherson, des identifiants auraient été extorqués sous contrainte pour détourner des adresses IP ukrainiennes. En toile de fond, la “neutralité” revendiquée par RIPE NCC nourrit une zone grise aux effets directs sur l’attribution des cyberattaques.

Dans les territoires ukrainiens occupés, des opérateurs télécoms auraient été forcés de céder leurs identifiants, permettant la captation d’adresses IP ukrainiennes aujourd’hui exploitées par Moscou. Un mécanisme : re-enregistrement auprès d’entités russes via RIPE NCC, registre basé à Amsterdam, malgré les alertes ukrainiennes et des sanctions européennes visant des structures liées aux RPD et RPL. En masquant des attaques et des opérations de désinformation derrière des IP “ukrainiennes” ou “européennes”, ces détournements compliquent l’attribution et accroissent le risque pour la cybersécurité du continent. La question devient juridique, politique et opérationnelle.

Des “passeports” numériques au rendement stratégique

Le cœur du problème tient à la nature même d’une adresse IP : un identifiant unique qui sert à acheminer le trafic et, dans de nombreux cas, à inférer une localisation. Dans un environnement où les IPv4 sont décrites comme quasi épuisées, la ressource prend une dimension à la fois marchande et stratégique. Une fourchette de prix, 35 à 50 € par IPv4 sur des marchés non officiels. Pour mesurer l’ordre de grandeur, la perte de 1 000 adresses représente entre 35 000 et 50 000 € ; 10 000 adresses, entre 350 000 et 500 000 € ; 100 000 adresses, entre 3,5 et 5 millions d’euros. Oleksandr Fedienko, député ukrainien et ex-président de l’Association ukrainienne de l’Internet, relie ces volumes aux portefeuilles des grands opérateurs, qui compteraient des centaines de milliers d’adresses, et évoque des pertes de plusieurs millions dès lors que quelques milliers d’unités disparaissent.

Mais l’argent n’est qu’un volet. Fedienko insiste sur l’usage de ces adresses par des communications gouvernementales, des transactions bancaires et des signaux d’infrastructures critiques. Dans cette lecture, contrôler des blocs d’IP revient à contrôler une partie de l’identité réseau d’un pays, et donc une capacité de se dissimuler, de filtrer, d’interrompre ou de tromper. L’affirmation, “leur contrôle est une question de sécurité nationale”, situe l’enjeu au niveau du renseignement : une IP n’est pas seulement un numéro, c’est un point d’ancrage pour le camouflage, l’usurpation et l’influence.

Kherson, la contrainte physique et la capture des ressources

Une bascule après les occupations russes de 2014 et de 2022 : des fournisseurs d’accès ukrainiens auraient perdu leurs locaux et leurs adresses IP, ensuite réenregistrées au bénéfice de sociétés russes via RIPE NCC. La spécificité de Kherson, rapportée par Fedienko, est la méthode. Il dit connaître un cas où des ressources ont été « confisquées de force sous la torture« , et précise l’élément opérationnel clé : sans identifiant et mot de passe, la prise de contrôle est difficile. Autrement dit, l’occupation territoriale devient un moyen d’acquérir l’accès administrateur aux actifs numériques, pas seulement de saisir des équipements.

SERVICE DE VEILLE ZATAZ

Nous retrouvons vos données volées/perdues avant qu’elles ne se retournent contre vous.

Fuites de données, Veille web & dark web, alertes et priorisation des risques.

 
DÉCOUVRIR LA VEILLE

Dédiée aux entreprises, institutions et particuliers.

A PARTIR DE 0,06€ PAR JOUR

 

Nous voici face à des entités présentées comme pivots de l’extension informationnelle russe dans les zones occupées, via des entreprises de communication unitaires d’État créées sous les administrations installées comme Ugletelecom, Comtel, l’opérateur Phoenix et Republican Digital Communications. Leur intérêt, dans cette architecture, est double : utiliser « les plus grands volumes » d’IP volées et offrir une façade administrative pour l’exploitation courante, notamment dans la diffusion de contenus et l’organisation technique de services.

Sanctions, « neutralité » et risque d’attribution pour l’Europe

L’angle juridique est porté par Andriy Pylypenko, avocat participant à un groupe de travail sur le gel des adresses IP volées. Il attribue à ces entités un rôle de soutien informationnel aux administrations d’occupation, avec des actions décrites comme structurantes : organisation de référendums et d’élections truqués, propagation, cyberattaques, et détournement des paiements d’accès à Internet vers les budgets des RPD et RPL. Dans ce cadre, l’IP devient une ressource logistique au service d’un système politique illégal, et un outil pour frapper l’Ukraine tout en compliquant les preuves.

En 2018 l’Association ukrainienne d’Internet a alerté RIPE sur toute coopération avec les RPD et RPL, sans réaction, RIPE arguant que les adresses IP n’étaient pas des ressources économiques, donc pas concernées par les sanctions de l’UE. Puis, en 2021, le ministère néerlandais des Affaires étrangères a précisé que les ressources IP entraient bien dans la catégorie des ressources économiques au sens du régime européen, ce qui a contraint RIPE à geler l’enregistrement d’IP détenues par des entités sanctionnées. Le conseil d’administration de RIPE a néanmoins contesté publiquement cette interprétation et demandé une exemption, refusée par La Haye faute de base juridique pour des dérogations générales.

L’effet cyber est direct : si des acteurs russes opèrent avec des IP ukrainiennes, ils peuvent faire passer des actions hostiles pour des activités « ukrainiennes » ou « européennes ». Cela brouille l’attribution, ralentit la réponse, et peut déclencher des erreurs d’escalade, au moment même où la reconnaissance par l’OTAN, dès le sommet de Varsovie de 2016, du cyberespace comme domaine opérationnel, et l’idée qu’une cyberattaque majeure pourrait activer la défense collective via l’article 5. Le risque, vu de l’Europe, n’est donc pas abstrait : c’est la possibilité de décisions politiques et techniques prises sur une attribution fragilisée.

NEWS & ALERTES ACTUALITÉS

Enquêtes, cyberveille, fuites, actu sécurité : recevez nos informations cyber là où vous êtes.

S’abonner à la NewsLetter ZATAZ

Chaque samedi matin, le meilleur moyen de ne rater aucune info cyber.

YouTube
Whatsapp
GNews
Autres

Antivirus en 2026 : toujours indispensable ?

En 2026, les protections intégrées progressent, mais les attaques aussi. La vraie question n’est plus « antivirus ou pas », c’est quel niveau de contrôle vous voulez sur vos postes et vos données.

Faut-il encore installer un antivirus en 2026, alors que Windows, macOS, iOS et Android intègrent déjà des défenses solides ? La réponse dépend moins d’un réflexe d’achat que d’un modèle de risque : usages, exposition, valeur des données et capacité à réagir vite. Un antivirus moderne n’est plus seulement un « scan » de fichiers, il sert à bloquer des comportements, filtrer le web, durcir le navigateur, surveiller des processus et produire des traces utiles après incident. Pour un particulier, il peut réduire l’impact des arnaques et des téléchargements piégés. Pour une entreprise, il devient une brique d’hygiène et de preuve, surtout face au phishing, aux rançongiciels et aux vols d’identifiants.

Ce qui a changé : l’antivirus n’est plus un simple “scanner”

Pendant longtemps, l’antivirus a été résumé à une image : un programme qui repère une « signature » dans un fichier, puis le met en quarantaine. En 2026, cette vision est trop étroite, parce que la menace ne se limite plus à un exécutable grossier déposé sur le disque. Les attaques s’insinuent via le navigateur, des documents piégés, des scripts, des extensions, des publicités, ou des identifiants volés. Elles misent souvent sur la vitesse, l’automatisation et la confusion, plutôt que sur un code facilement reconnaissable.

L’antivirus moderne, quand il est bien conçu, travaille donc sur plusieurs couches. Il peut analyser des comportements, détecter des enchaînements suspects, bloquer des connexions vers des destinations risquées, empêcher un processus de modifier massivement des fichiers, ou alerter sur des tentatives d’accès aux mots de passe du navigateur. Ce glissement est important pour comprendre le débat. Si vous pensez « antivirus = signatures », vous conclurez trop vite que les protections intégrées suffisent. Si vous pensez « antivirus = surveillance, blocage, et preuves », vous verrez qu’il reste une valeur, à condition de choisir une solution adaptée et de ne pas la laisser fonctionner en roue libre.

Il faut aussi regarder l’adversaire tel qu’il opère réellement. Le cybercrime industrialisé ne cherche pas forcément à « infecter » au sens classique, comme une grippe ,hivernale. Il cherche à monétiser, en volant des comptes, en extorquant, en détournant une session, ou en poussant à payer une fausse assistance comme on peut le lire dans cet article. Dans ce théâtre, la prévention ne se limite pas à éviter un fichier. Elle consiste à réduire les occasions de cliquer, à limiter les permissions, à contrôler les scripts, à contenir l’exécution, et à récupérer des indices quand quelque chose a dérapé. L’antivirus, dans sa version 2026, est souvent l’un des rares outils grand public capables d’apporter ces protections sans exiger une équipe sécurité.

Enfin, il y a un aspect rarement assumé : la charge mentale. Beaucoup d’incidents naissent d’un moment d’inattention, d’un faux message « urgent », d’une fenêtre qui se superpose, d’une page qui imite un service. Dans ces scénarios, un bon produit ne remplace pas le discernement, mais il peut casser la chaîne, au bon moment, en bloquant un site, un script, un téléchargement ou une action à risque. C’est moins spectaculaire qu’un « nettoyage » après coup, mais c’est là que se joue l’essentiel.

Protections natives : suffisantes pour qui, et dans quels usages ?

Les systèmes actuels intègrent des mécanismes de défense sérieux. Pour beaucoup d’utilisateurs, c’est déjà une base efficace, à condition d’activer les options de sécurité, de maintenir le système à jour, et de ne pas transformer l’ordinateur en terrain d’essai. Dans ce cadre, la question “faut-il encore un antivirus ?” devient une question de couverture. Qu’est-ce qui est déjà pris en charge, et qu’est-ce qui reste fragile dans votre usage quotidien ?

Le premier facteur, c’est l’exposition. Un poste utilisé pour consulter des sites connus, avec peu d’extensions, des mises à jour automatiques et des comptes protégés, court moins de risques qu’un poste où l’on télécharge souvent, où l’on installe des utilitaires, où l’on partage des fichiers, ou où l’on jongle entre plusieurs comptes. Le second facteur, c’est la valeur des actifs. Si votre machine contient des documents sensibles, des accès professionnels, des identifiants bancaires, ou si elle sert de « coffre-fort » à vos vies numériques, alors votre seuil d’acceptation du risque est plus bas. Le troisième facteur, c’est votre capacité à réagir. Un incident n’est pas seulement un “virus”. C’est du temps perdu, des mots de passe à changer, des comptes à récupérer, parfois des démarches, et une incertitude sur ce qui a été vu ou copié.

Dans cet arbitre, l’antivirus tiers peut ajouter des couches de protection ou de visibilité. Il peut offrir une interface plus lisible, des contrôles web plus agressifs, des règles plus strictes sur les scripts, un suivi d’événements, et des outils de remédiation. Il peut aussi fournir une forme de redondance utile. Une défense n’est pas parfaite, donc deux lignes de défense, si elles ne se gênent pas, peuvent réduire la probabilité qu’un même angle mort soit exploité.

C’est là que le choix devient concret. Chercher le meilleur antivirus n’a de sens que si vous définissez vos critères, simplicité, impact sur les performances, protection web, gestion des alertes, et qualité des journaux en cas d’incident. Sinon, vous achetez un logo et vous espérez. En cybersécurité, l’espoir n’est pas une stratégie, la clarté des règles l’est.

Le vrai risque en 2026 : l’arnaque qui ressemble au normal

Si l’on devait résumer le danger dominant côté grand public, ce ne serait pas « le virus » au sens des années 2000. Ce serait l’arnaque parfaitement plausible, livrée au bon moment, avec les bons codes visuels, et parfois une assistance téléphonique qui imite un support officiel. Les ransomwares et les vols d’identifiants continuent de peser, mais ils arrivent souvent par un point d’entrée très banal : un lien, une pièce jointe, une connexion sur un faux site, un mot de passe réutilisé.

Dans ces attaques, l’antivirus joue un rôle moins visible mais décisif, casser des redirections, empêcher un téléchargement, détecter un script inhabituel, bloquer un domaine récemment utilisé pour des campagnes, alerter sur un comportement de chiffrement massif, ou isoler une action suspecte. Ce sont des micro-interruptions qui peuvent éviter un incident majeur. La défense la plus efficace est celle qui vous épargne l’étape où vous devez « récupérer » votre vie numérique. Un logiciel de cybersécurité qui produit des traces compréhensibles n’est pas seulement une barrière, c’est un instrument d’enquête à l’échelle du poste.

En 2026, la question n’est pas de savoir si l’antivirus « sert encore », mais si votre environnement exige une couche supplémentaire de blocage, de contrôle web et de traçabilité. Pour un usage simple et discipliné, les protections natives peuvent suffire. Dès que l’exposition augmente, téléchargements, usages professionnel, données sensibles, famille peu technophile, une solution dédiée redevient rationnelle, indispensable. Le point décisif est la capacité à prévenir, mais aussi à comprendre, quand une tentative a eu lieu : sans traces, on subit, avec des preuves, on corrige. (Image : Pixabay)